Jean-Lou: On part pour 6 mois et finalement on revient 8 ans plus tard

J’ai jamais été un grand voyageur, il faut dire ce qui est. C’est plutôt la vie qui m’a fait voyager en fait. Je suis parti pour 6 mois d’Erasmus, j’y suis finalement resté 5 ans. Ensuite mon boulot suédois m’a catapulté pour 6 mois en Australie, finalement j’y reste quasiment 2 ans. Enfin je décroche mon boulot et m’embarque pour 9 mois en Nouvelle-Zélande et j’y reste… 9 mois, comme quoi tout fini par arriver. 8 ans ça fait un poil long en 6 minutes, donc je vais me cantonner à quelques trucs qui m’ont vraiment marqué!

La Suède, on y reste clairement pour la clémence du climat, la beauté des paysages et pour assister à la conférence des prix nobel. Je vous fais pas un dessin, 6 mois d’Erasmus, c’est de la picole à foison, des soirées de partout et puis surtout une très belle rencontre qui vous fait rester en suède pour une durée indéterminée.

Après ces 6 mois en anglais, c’est le bon timing pour ENFIN faire le grand saut: apprendre la langue autochtone! Et là c’est un véritable enfer: le syndrome de la statue, tu comprends rien, t’as rien à dire, les rares fois où tu comprends tu voudrais rebondir avec une réponse pleine d’esprit et ben non … tu réponds avec « oui, un peu » ou bien un grandiose « j’aimais beaucoup film, beaucoup drôle » … (un peu léger pour une critique du festival de Cannes)

Après des mois où tu trimes sec (vocabulaire, navets à la télé parce que c’est en suédois, diners où tu captes rien) finalement, c’est bon, tu passes un cap: la veille t’as quasiment eu une conversation cohérente avec quelqu’un. Et là t’arrives dans le bar, tu te la joues t’es du coin, tu demandes une bière: “Jag vill ha en öl”. Et là, la meuf te regarde avec les yeux ronds comme des billes et te demande : “I beg your pardon sir, what would you like?

Finalement on y arrive. Après 5 ans de douceur climatique, par une magnifique journée de décembre (-10, il est 15h00, il fait nuit noire et y’a de la neige partout) je suis dans le bureau de mon boss. Là il me propose de partir pour 6 mois en Australie pour une mission, et là moi: “mmmmmmmmmmh, je sais pas, ça dépend des conditions” (esprit de négociation, quand tu nous tiens …)

Un mois plus tard, je suis là. Je me rends compte que ce déménagement là a été 20 fois plus naturel et facile que le précédent, la première fois que vous déménagez vous vous faites une montagne de tout (les papiers, le logement, le nombre de slips), la deuxième fois une montagne de rien, le déménagement est rentré dans votre zone de confort en quelque sorte! Bon, on est un peu à la rue mais ça passe :)

Là je prends mes 50 degrés d’amplitude, nouvelle vie, nouveau climat, nouveau boulot, nouveaux voyages. A Uluru notamment (ce gros caillou au milieu de l’Australie), là je rencontre un couple de vieux qui me raconte qu’ils ont vu toute l’Europe quand ils étaient jeunes et qu’ils prennent enfin le temps pendant leur retraite de visiter leur propre région et là et ils me disent: “C’est super chouette, on ne réalisait pas ce qu’il y avait juste à côté de chez nous (enfin à 500 km, on est en Australie tout de même)

Ma vie en Australie sur le papier, c’était parfait : le soleil, la plage, l’argent, les bikinis, courir en portant sa planche de surf puis aller se noyer dans les rouleaux en tentant d’éviter les kelly slater locaux qui te prenne pour une algue. Au final, malgré cette vie “idyllique”, c’est étrange mais il me manquait vraiment quelque chose, je ne me voyais pas “vivre” ou bien “construire” là bas.

Et c’est quoi le contraire du club med? C’est par exemple en chier méchamment en vélo en traversant la nouvelle Zélande de part en part, en trainant entre autres : une slackline, un ordi, un pavé de développement personnel de 800 pages, etc. Je voulais découvrir la Nouvelle Zélande en vélo avec ma petite maison-cariole. Grand projet grand projet!!!

Bon le vélo c’était sympa 2 minutes mais bon 1500 km plus tard la voiture m’a quand même semblé beaucoup plus sympa! Notamment après une journée infame sur un col, l’asphalte qui fond, le genou en vrac et la carriole qui se fait la malle … Et là, je me suis simplement laissé porter par les évènements: de woofing en randonnées et de randonnées en Woofing!

Le meilleur Wwoofing c’était chez un ancien bucheron suisse, plus bourru tu meurs! Et pourtant on sentait chez lui une finesse incroyable. Une de ses passions, c’était de planter des arbres, sur 25 ans il avait planté 400 hectares de forets. Ce mec, il était incroyable, casanier et surtout inspirant. Il se dégageait de lui un immense contentement d’être juste … là : dans sa ferme, à observer sa forêt qui changeait, qui grandissait, qui évoluait. Pour rien au monde Il aurait voulu être ailleurs

Et alors, la randonnée au pays du seigneur des anneaux? Ben physiquement c’est ardu, tu te dépasses, t’es face à de paysages magnifiques, tu rencontres des gens intéressants, en gros ça déchire. Le soir, dans le refuge ou la tente, après des journées comme ça, t’es peinard, détendu avec ta tasse de thé tout pourri. Et là tu te poses une grande question philosophique: “Est ce qu’il est aussi bon le thé de Bill Gates?”

Et y’a encore plus puissant: avec 2 potes, il pleut des cordes depuis 48 heures, on doit traverser deux rivières à gué, à l’aller ça nous arrivait aux genoux, au retour, ben c’est simple y’a plus qu’une seule rivière… Nous, complètement inconscients, on se dit qu’en se donnant la main, ça passerait crème. T’as raison raymond … On s’est juste fait emporter comme des brindilles en un instant.

Bon, on a eu un pot insensé, la rivière nous a bien secoué puis rejeté sur l’autre rive. Sur l’instant on est un peu sous le choc mais plus tard une fois arrivée au village, au resto le soir, la bouche pleine de frites décongelées auprès d’une cheminée allumée: c’est simple, c’est la plénitude, vivant comme jamais! Et là tu te rends vraiment compte de la puissance de l’état d’esprit: vous imaginez si on arrivait à être dans cet état d’esprit en permanence????

Une rencontre improbable, c’est 4 kiwis qui pendant une rando au milieu de nulle part, à 3 jours de marche du premier village me proposent de camper avec eux. Moi trop content, je propose tous mes trucs, cacahuetes, raisins, poudre de lait et là les mecs me sortent … des bières. J’étais halluciné, les mecs portent des bières sur des randos entières pour pouvoir les déguster le soir …

Après la rando, j’ai squatté un peu chez Andrew et Emmy, les mecs qui sortent des bières magiques de leur sac. Chez eux y’avait ce panneau: “Happiness is not a destination, it is a way of life” : ça les caractérisait tout à fait, on avait l’impression que quoiqu’il faisait, c’était juste trop bien. Le voyage, c’est exactement pareil, c’est pas une destination, c’est vraiment une manière de voir le monde

Et là finalement, après ces 7 années de pérégrinations, je rentre en France pour rejoindre un projet qui a pour moi du sens et qui me tient à coeur. Le premier été je vais faire une petite rando à Bassiès pas loin de chez mes parents et je me rend vraiment compte que la seule chose que les paysages des Pyrénées pouvaient envier à ceux de Nouvelle Zelande, c’est simplement de ne pas être chez moi. Tout ça pour dire que les voyages ça nous aide quelque part à redevenir des enfants et à s’émerveiller de tout. Y a un grand monsieur qui l’a formulé ainsi “le voyage ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux”. Et au final, depuis mon retour, j’essaie juste de garder ces “nouveaux yeux” et de regarder mon quotidien, ma vie “classique” avec ces yeux parce qu’au final notre vie, c’est en quelque sorte notre plus beau et notre seul voyage. Et du coup j’aimerai souhaiter à tout le monde un très bon voyage!