Mercredi dernier, j’ai eu la chance d’animer une journée de débat passionnante à l’ICAM de Toulouse (lien externe) qui aurait très bien pu s’appeler “Est ce que l’avènement de l’intelligence artificielle (IA) va envoyer le changement climatique au bac à sable des enjeux sociétaux?”. 60 élèves ont débattu avec fougue de ces questions pendant une journée, le résultat des courses avait une allure de “même pas peur et même si on crée quelque chose de beaucoup plus intelligent que nous, on sera toujours supérieur”. En soi, pourquoi pas, ils ont raison, il faut avoir confiance en l’avenir mais je pense qu’il faut se donner les moyens de cette confiance et pour ça, il faut être vraiment conscient de ce qui se joue et ne surtout pas être condescendant de ce que l’homme peut créer car comme le disait Paul Valéry: “L’homme sait assez souvent ce qu’il fait, il ne sait jamais ce que fait ce qu’il fait.” Ça n’a jamais été aussi vrai que dans le cas de l’intelligence artificielle (IA).
Salut Arthur, [50 prénoms de personnes nées dans la fin des 90's], Léopold,
Avant d’aborder le nerf de la guerre (qui a très peu de chance d’ailleurs de ressembler à ça (lien externe)) de la thématique, c’est important, comme dans toute réflexion sur la technique, sur l’innovation, de commencer par mettre 2/3 points sur 2/3 “i”:
Premier point:
L’intelligence artificielle, comme toute autre innovation technique, doit être développée au nom d’un projet de société qu’on aura choisi collectivement. L’intelligence artificielle pourra peut-être nous aider à dire ce qui est mais elle ne nous dira jamais ce qui doit être, ou bien pour être plus juste: peut être nous aidera-t-elle aussi à construire ce qui, selon l’humain, doit être. Tout ça on l’a déjà un peu abordé là (lien externe).
Deuxième point:
Comme toute technologie, l’intelligence artificielle viendra avec son lot évident d’avantages mais aussi avec son lot beaucoup moins évident et beaucoup moins évoqué de désavantages. Après on peut toujours se la jouer Amish et stopper le progrès à l’année que l’on trouve opportune:
“Moi l’iphone 8? Jamais! J’ai tout stoppé en 2016, je me contente du 7, c’est clairement et à jamais le meilleur!”
Mais l‘aventure et la curiosité humaine étant ce qu’elles sont, je pense qu’il y a très peu d’intérêt sociétal à freiner des quatre fers, si l’humain peut développer une IA qui modifiera profondément le monde, il le fera, point barre. Que vous et votre communauté Amish 2.0 ne soyez pas pour n’y changera absolument rien.
Vous ne serez de toute manière même pas tranquilles car le jour où ça lui semblera utile, l’IA hackera vos iphones 7 avec la même facilité que notre matheux national calcule la CSG sur les fiches de paie (lien externe) de l’institut Poincaré.
Le seul combat qui compte est donc de faire en sorte que cette IA serve notre projet collectif et que ça ne soit pas nous qui la servions ou bien pire qu’on ne lui serve tout simplement à rien et qu’elle commence à nous traiter comme nous traitons les fourmis: avec le plus total désintérêt de leur existence comme de leur disparition.
Comment faire en sorte que cette technologie participe à notre liberté et non à un nouveau type d’asservissement? On a déjà un peu parlé de ça avec Ellul (lien externe) mais il y a aussi Illich (lien externe) qui en parle très bien.
Troisième point:
On pourrait croire que je suis un grand fan du sujet depuis toujours et que ça a toujours été pour moi l’enjeu du XXIème siècle, que petit je rêvais de me transformer en R2D2 pour pouvoir manger au p’tit déj mes tartines de nutella en faisant des vocalises:



