Moi? Gober une “fake news”?

Bien abrités derrière un perrier pour moi (les bières se faisant rares quand on s’engage dans des courses irraisonnées (lien externe)) et une pinte d’IPA pour François, on parvient, entre 2/3 rencontres fortuites (la magie du regroupement social du début de la rue Riquet (lien externe)), à parler de science, de pseudo-science, de crédulité et d’une douce et opportune discipline: la zététique!

Yo François,

Dans ce contexte, on parlait avec François, et donc avec vous les plus de 10 milliards (preuve à l’appui ci-dessous) de lecteurs d’apreslabiere (lien externe), de l’importance capitale de l’esprit critique.

Tout le monde pense pouvoir remplir le parc du capitole de son esprit critique, tel un Obama en 2009 (voir plus haut) parce que le manque d’esprit critique, c’est comme tous les drames de la vie, le sida, la connerie, la mort d’un enfant, ça n’arrive qu’aux autres:

Alors que si chaque information erronée continue à autant convaincre certaines personnes qui y “croient” et à aussi peu révolter ceux qui n’y “croient” pas, c’est peut-être que nous sommes dans une société où la quantité d’informations qui circule augmente aussi vite que notre esprit critique perd du terrain. Nous pensons tous en avoir car il y a toujours ces 2/3 sujets où nous veillons au grain (l’énergie (lien externe) pour ce qui est de mon cas) et puis nous oublions que sur d’autres, nous avons tendance à nous endormir sur le laurier de nos croyances. Ces sujets ont le droit à une espèce de wild card (lien externe)de l’esprit critique, pour ceux-là, nous baissons notre garde et développons des facultés ébouriffantes à tout gober.

A ce propos, je suis tombé sur une chaîne youtube qui parle magnifiquement de ces sujets justement: “esprit critique”, “démarche scientifique”, “connaissance”, “pseudo-science”, “phénomènes paranormaux”. Il s’agit de la chaîne Hygiène mentale (lien externe) qui traite de la discipline de la “zététique”:

La zététique est présentée comme « l’étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges »

Bon soyons francs, c’est également un concept qui a, de manière évidente, pas été inventé par des génies du marketing. On peut bien se cacher derrière toutes les origines hellénistes du monde, n’empêche que pour le commun des mortels, instinctivement et surtout phonétiquement, le concept a l’air aussi crédible que les théories new ages qu’il se propose de passer au tamis de la raison, aussi sérieux que le prénom “Ocatarinetabellatchixtchix”:

On entend souvent (trop à mon goût) les phrases du genre “la science, de toute manière, c’est une croyance comme les autres”, “toi aussi tu crois en quelque chose, sauf que toi ça s’appelle la science”, “l’intelligence du cœur, ça existe aussi non?”, etc etc. Pour précision, le verbe croire a plusieurs sens en français, dans cet article: croire = avoir un avis sur une question sans preuves solides pour étayer cet avis.

C’est souvent difficile de réagir à ces phrases tellement elles peuvent sembler dures à comprendre. Elles peuvent déranger, titiller, fasciner mais surtout elles peuvent et doivent nous pousser à faire avancer le débat et la discussion. Ces phrases, elles me semblent non seulement erronées mais surtout dangereuses, non seulement pour celui qui les énonce mais aussi et surtout pour la société qui découlerait de l’accumulation de ce genre de certitudes et d’intuitions. D’où peut-être l’enjeu d’y répondre correctement, sincèrement et avec le moins de jugement à priori possible?

Pour toutes ces phrases, pour tous ces positionnements, basés sur la croyance et où l’esprit critique s’envole, Hygiène mentale prend le temps d’expliquer “proprement” (rationnellement et pédagogiquement donc) ce qu’il en est, à grand renfort de schémas, tous plus limpides les uns que les autres et d’énonciations hyper-ar-ti-cu-lé-es (le mec pourrait pas avaler ses mots comme tout le monde?). Cet esprit critique, il l’applique et nous le décortique en s’appuyant assez souvent sur des exemples issus de la zététique (étude des phénomènes paranormaux), mais c’est bien ces mêmes stratégies, ces mêmes méthodes, cette même rigueur qu’il faut appliquer aussi souvent que possible, notamment et surtout quand les politiques, les médias nous servent leur soupe (il en parle (lien externe), dans sa série sur l’éducation aux médias justement).

Voici un petit florilège des phrases que les vidéos d’Hygiène mentale remettent en perspective!

Il y a par exemple la fameuse phrase “tu sais, la science n’explique pas tout”, souvent prononcée pour donner de la valeur à toutes les croyances, un peu en mode “vu que la science n’explique pas tout, je peux bien croire en n’importe quoi et d’autres démarches de connaissance (l’intelligence du coeur, la connaissance ancestrale permise par l’ayahuasca (lien externe)) valent bien la démarche scientifique”.

Hygiène mentale a une magnifique réponse/explication à cette phrase qui se conclue par un schéma clair:

Les points sont nos observations du monde extérieur, les zones coloriés en marron sont ce que prévoient nos modèles théoriques. Le jeu de la science, c’est justement de faire en sorte que les zones marrons recouvrent les points et vice versa. Et évidemment, il existe des endroits où on a observé des choses qu’aucun modèle théorique ne nous permettent (encore) d’expliquer et des modèles théoriques qui prévoient des choses qu’on a jamais pu observer. Il y également des choses sur lesquelles on ne sait encore rien (zone orange: ni observations, ni modèles théoriques pour l’instant) mais qui pourront un jour être éclairées par la torche de la démarche scientifique et puis enfin il y a les choses qu’on ne saura vraisemblablement jamais, en tout cas, pas grâce à la démarche scientifique.

Donc bien sûr que non, la science n’explique pas tout, mais par contre pour tous les sujets où elle s’applique, on a plus de chance d’aller vers la “connaissance”, vers la “vérité” en l’utilisant qu’au contraire si on choisit (et pourquoi pas, peut être …) de rester dans nos croyances et ce, parfois, en dépit des preuves. La démarche scientifique est la démarche de connaissance qui se trouve être (et de très loin) la plus “prédictive” du monde qui nous entoure, la démarche la plus efficace pour nous approcher de la vérité sans jamais vraiment l’atteindre.

Tout en disant ça, il faut bien avoir à l’esprit que la science (ensemble des connaissances issu d’une démarche scientifique) n’est pas et ne sera jamais:

Y’a également le classique: “mais toi, tu crois bien en la science”?

Oui mais en fait surtout non, la science ne peut pas être par définition une croyance donc je ne peux pas “croire” en la science.

Une croyance, c’est “le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits, ou de l’absence de faits, confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse.

Et la science, c’est justement “l’ensemble des connaissances et études d’une valeur universelle, caractérisées par un objet et une méthode fondés sur des observations objectives vérifiables et des raisonnements rigoureux.

Observations objectives vérifiables: faits

La science c’est justement, tenter par tout ce qui est en notre pouvoir d’accumuler le maximum de “preuves” pour s’approcher au maximum de la “vérité”, il y a d’après Hygiène Mentale différents niveaux de preuves allant de la “sagesse populaire” (le plus faible niveau) au “consensus scientifique”, le plus haut niveau où on a le plus de probabilité d’être dans ou tout du moins proche de la vérité:

Dans ces histoires, de croyance, on aborde toujours de près ou de loin, les questions de religion, forcément … Y a parfois cette remarque faite par les “croyants” aux “non-croyants”:

“Mais, si tu crois que dieu n’existe pas, c’est également de la croyance non? Tu crois que ça n’existe pas, alors que moi je crois que ça existe, on a simplement deux croyances différentes”

Remplacez “dieu” par “serpent cosmique (lien externe)”, ça marche pareil.

J’ai jamais été à l’aise avec cet argument qui me semblait fallacieux, seulement j’arrivais pas vraiment à m’en dépêtrer. J’essayais d’envoyer le traditionnel “oui mais en fait non!” mais ça tombait à plat, ça s’embourbait tel un poids-lourd judicieusement empêtré dans la boue au milieu de la jungle:

Pour Hygiène mentale, il ne faut pas dire justement “je crois que ça n’existe pas” mais plutôt que “je ne crois pas que ça existe”. De prime abord et d’un point de vue grammatical, on a l’impression qu’il s’agit de l’exacte même chose mais en fait il y a une différence énorme et fondamentale entre les deux propositions. Quand on dit qu’on “ne croit pas que ça existe”, ça veut dire qu’on se positionne justement hors de la croyance, on a pas de preuves donc on a aucune raison de “croire”, on décide donc de “ne pas croire” que ça existe et ça ne veut en aucun cas dire qu’on est sûr que ça n’existe pas:

Et ça lui permet dans la même vidéo de clarifier certains termes, en précisant pourquoi on peut être à la fois athée et agnostique (mon cas à priori). Il distingue l’axe de la croyance (notre avis sur la question) de l’axe de la connaissance (les preuves existantes sur la question donnée):

Pour plus de clarté, je pense qu‘il aurait pu remplacer “Je sais que ça existe” par “il y a des preuves que ça existe” et “Je sais que ça n’existe pas” par “il y a des preuves que ça n’existe pas”.

Je suis agnostique (au sens d’HM) car je pense qu’il n y a pas vraiment de preuves ni de l’existence ni de l’inexistence d’un dieu et je suis aussi athée parce que ma posture rationnelle me pousse à transformer mon agnosticisme en athéisme: je ne crois pas que dieu existe (au sens, je n’ai pas de croyance quant à l’existence de dieu) par manque de preuves.

Il en profite pour définir l’axe de la rationalité, la zone de “la foi” et celle “du déni”:

La rationalité, c’est lorsque sur une question donnée on indexe notre avis aux preuves qui la concerne: toutes les études scientifiques (le plus haut niveau de preuves donc) sur l’homéopathie concluent que ça ne soigne pas plus que l’effet placebo donc mon avis est que ça ne fonctionne pas plus que le placebo. On peut tout à fait avoir l’avis inverse en dépit d’un consensus scientifique et parce que ma tante dit que ça a soigné sa grippe en 73, de la même manière que je peux croire que la cigarette, c’est bon pour moi parce que mon grand-père, il fumait comme un pompier et il est mort à 95 ans écrasé par le camion ambulant du boulanger (non-fumeur lui). Fumez donc braves gens! On a tout à fait le droit d’être “déraisonnable” si on en a envie.

Il y a également, cet épisode fabuleux, où il pose la question de ces “croyances” qu’aucune preuve ne peut ébranler ainsi que celle du positionnement qu’il est le plus logique et rationnel d’avoir avant même d’avoir quelconque preuves (qui valident ou bien infirment) quant à une affirmation extra-ordinaire qui nous passe sous le nez du type:

“J’ai un poulpe chez moi, il s’appelle Paul et il voit l’avenir (lien externe)!”

La stratégie est assez simple: une affirmation extra-ordinaire entraîne un besoin de preuves extra-ordinaires et en attendant de les avoir, je privilégie les explications les moins extra-ordinaires de type “un fake énorme”, “une arnaque pour faire le buzz” et pas l’explication extra-ordinaire “le poulpe oracle qui grâce à ses tentacules magiques capte l’avenir du cosmos”. Maintenant, si le même type me dit:

Le type: J’ai un chat chez moi, c’est dingue, il retombe toujours sur ses pattes, tu veux que je te donne des preuves?

moi: Te casse pas, je te crois sur parole

Le type (qui adore son chat et meurt d’envie de m’exposer l’agilité extra-ordinaire de la bestiole): T’es sûr? Je te le prouve, j’ai fait des tas de vidéos, tu veux pas voir?

moi: Nanan, vraiment, je t’assure, te casse pas …

Affirmation ordinaire: pas forcément besoin de preuves

Il y a un dernier énoncé qui passe parfois tel un ange dans le ciel (lien externe):

Hygiène mentale appelle ça “le retournement de la charge de la preuve”, ce n’est plus au “croyant” de prouver que ça existe mais au sceptique de prouver que ça n’existe pas. Ce à quoi il répond très simplement “ce n’est pas à celui qui doute de prouver que ça n’existe pas mais bien à celui qui prétend de prouver que ça existe”, et ce pour deux raisons bien simples:

Voici une petite playlist (lien externe) avec les vidéos de la chaîne que j’ai trouvé particulièrement efficace et une autre vidéo de CrashCourse qui explique bien la différence entre une “science” et une “pseudo-science”, tout en prenant le temps d’expliquer le critère de discrimination de “Popper” (lien externe) qui est une des bases de la démarche scientifique:

Par contre, une question à laquelle la zététique et la chaîne d’hygiène mentale ne répondent pas vraiment et qui est au final plus complexe qu’il n’y parait, c’est:

“En quoi est-ce gênant pour soi ou bien plus largement pour la société de ne pas être rationnel, d’avoir des croyances sans preuves ou bien en dépit des preuves?”

Blaise Pascal (lien externe) avait tenté en son temps de faire un beau grand écart et de résoudre ses incohérences internes (rationalité scientifique et foi chrétienne) grâce à un pari osé mais au final pas très convaincant. Pour moi, la grande raison pour laquelle il faut prendre extrêmement garde à rester rationnel (dans les domaines où c’est possible), à remettre nos croyances en question en permanence, à aiguiser encore et encore notre esprit critique, c’est parce que c’est justement cette “hygiène préventive du jugement” (Jean Rostand (lien externe)) qui est notre plus grande arme contre les vérités alternatives, les mensonges, les embrigadements et les aliénations modernes. C’est grâce à ces outils, grâce à ce langage commun que nous pourrons continuer à échanger, à nous comprendre et à construire ensemble. Si nous n’apprenons pas à utiliser et à manier cette arme avec dextérité, quel rempart à tous les obscurantismes qui risquent de nous tomber sur le bout du museau? Sans ça, nous constituerons tous un terreau fertile pour les futures folies des hommes.

Pace é Salute,

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