Retrouver à Toulouse un vieil ami avec qui on a vécu en Suède, qui développait à l’époque un obscur site de rugby (lien externe), c’est des moments forts où on en vient assez naturellement à évoquer les dernières choses qu’on a découvertes et qui nous ont transformé depuis la dernière rencontre, des années auparavant. Ce jour là, devant le bar (lien externe) qui découle du fameux site (plus tout à fait obscur d’ailleurs), je tentais d’expliquer maladroitement à Nico, pourquoi l’improvisation était un trésor inestimable.
Yo Nico,
L’improvisation théâtrale, c’est pour moi bien plus qu’une métaphore de la vie. Découvrir et progresser en impro, c’est quelque part apprendre à vivre. La vie, telle la sociologie est un sport de combat (lien externe). Un heureux concours de circonstances nous a tous catapulté sur un ring sans qu’on ait jamais eu notre mot à dire, sans que personne ne nous ait jamais appris à nous battre, sans même qu’on sache contre qui il fallait se battre. Certains continuent de penser que “l’enfer, c’est les autres (lien externe)” pendant que d’autres estiment qu’au contraire la vie est un long combat intérieur contre certaines parties de nous-mêmes (auxquelles nous renvoient parfois les autres).
Nous avons tous la chance d’avoir devant nous un bout de vie pour continuer à progresser et à améliorer notre manière de la mener, tout en sachant que jamais nous ne pourrons, ne serait ce qu’un instant, la maîtriser.
En impro, comme dans la vie, on ne maîtrise quasiment rien:
Tu connais peut-être cette citation des 4 accords toltèques (un livre à la mode dont la recette marketing est terriblement efficace: 2/3 principes de développement personnel + une tribu ancestrale qui vivait dans des sequoias + des papillons et des loups en symbiose = succès garanti):
“Ne faîtes aucune supposition, ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.”
Pas bêtes ces Tolteks, car notre cerveau est en effet un maître dans l’art de construire lui même les suppositions qui vont ensuite le stresser et l’angoisser, il a cette capacité incroyable de s’auto-alimenter et de fonctionner en circuit fermé:
“j’ai un peu mal à la tête ce matin … et si c’était une tumeur au cerveau ? une méningite foudroyante? Ah non, c’est sûr, c’est Ebola, j’ai vu un reportage, ça commence exactement comme ça? Oh lalala, l’angoisse, je vais mourir”
L’impro est une forme de vie accélérée où tu payes tes suppositions et la rigidité qu’elles provoquent instantanément, l’espérance de vie de la supposition dans une impro est de l’ordre de l’instant, tu t’imagines être un pilote de chasse portant fièrement son casque face à un pauvre type qui nettoie le tarmac

