Sommes-nous seulement des marionnettes? (Libre arbitre 1/3)

Le libre arbitre, c’est un sujet qui m’a toujours paru fascinant et qui depuis quelques mois revient sur le tapis de mes lubies avec la même insistance qu’un enfant assoiffé de bonbons (lien externe). D’ailleurs, ai-je réellement choisi de m’intéresser à ce sujet ou bien était-il écrit d’avance que je m’y intéresse? De la même manière, était-il déjà écrit que les USA élise un jour un président qui fasse passer Homer Simpson pour un sommet d’intelligence et de finesse (lien externe)? C’est le genre de questions qu’on s’est posé l’autre soir, en mangeant un kebab en respectant une étiquette stricte, dignement installés sur un canapé en L sur lequel je ne me suis surtout pas assoupi.

Yo Adil et Cyrielle (lien externe),

Classiquement, ce qu’on appelle “notre libre arbitre”, ça regroupe en fait 2 notions liées certes mais qu’on peut distinguer: le déterminisme et le concept de source ultime.

Imaginons que hier, j’ai hésité un moment entre mes deux repas préférés:

Après de loooooooooongues tergiversations, j’ai finalement opté pour le bobun! La question du déterminisme est la suivante: si on devait rejouer la scène, aurait il pu se passer autre chose? Aurais-je plutôt pu choisir le banh mi (sandwich vietnamien pour les gens dont le triste chemin de vie n’a pas encore mené vers ce paradis gustatif)? Ou bien aurais-je pu ne pas choisir en craquant pour les deux à la fois (parce que bon, soyons honnête, il s’agit au final de l’option la plus vraisemblable)?

Si dans les mêmes exactes conditions, j’avais pu choisir le banh mi, ça voudrait donc dire qu’une partie du choix ne dépendait d’aucune condition antérieure, ni intérieure (état de mon cerveau à un instant donné, c’est à dire de ma génétique, mes expériences, mes conditionnements, mon histoire), ni extérieure (la météo, les horaires d’ouverture des vietnamiens, embouteillages dans le centre ville). Quelque chose d’autre, sans cause antérieure serait intervenu dans mon choix. L’avenir ne serait donc pas “déterminé”, il s’écrirait au fur et à mesure qu’il adviendrait, il y a un arbitre qui choisit de mettre une biscotte mais qui dans les mêmes conditions aurait très bien pu ne pas la mettre.

Cet arbitre est par conséquent “libre”. Attention, déterminé ne veut pas dire prévisible, il existe des choses qu’on ne sait pas prévoir (par manque de technologie, de connaissance, de maîtrise) mais qui peuvent très bien être déterminées tout de même.

2. Le concept de “source ultime”

Le concept de la source ultime, c’est de dire que cette autre chose, ce fameux “libre arbitre” (celui qui choisi tantôt “bo bun” et tantôt “banh mi” sans se baser sur aucune cause antérieure), réside en nous, vient de nous, c’est le “notre”, on en a la “maîtrise” et nous en sommes responsables. Si c’est dieu, qui du haut de son nuage (il habite bien sur un nuage, c’est ça?), a décidé, qu’aujourd’hui pour moi, ça serait Banh mi, je ne suis en rien la source ultime du choix, je subis un arbitrage, libre certes mais qui ne vient pas de moi, en ce qui me concerne, je n’ai aucune liberté. Pour que nous possédions un libre arbitre, il faut que ce soit un arbitre non déterminé certes mais il faut que ça soit nous qui le maîtrisions. Une partie au moins de mon choix a donc son origine et a été crée, en moi, par moi et nulle part ailleurs. Je suis au moins en partie la source ultime de mon choix. Il y a en moi, un truc bien costaud, sorti d’on ne sait pas trop où qui crée des “choix” hors de toutes conditions initiales.

Autrement dit, d’après Cashmore (le fameux, source à la fin):

“Le libre-arbitre est défini comme la croyance selon laquelle il existe une partie du comportement biologique qui soit la conséquence de quelque chose d’autre que les inévitables influences de l’histoire génétique et environnementale d’un individu, et des possibles lois stochastiques de la nature”. Et que ça soit “nous” qui maîtrisions ce quelque chose (je complète parce que le pauvre Cashmore oublie des trucs)

Lois stochastiques: les lois stochastiques sont les lois non déterministes qui donnent des probabilités de résultats en fonctions des conditions initiales (mécanique quantique par exemple)

Un peu d’organisation, aujourd’hui on va simplement se concentrer sur la première partie du problème:

Le déterminisme

Sur ce sujet, ça s’écharpe allègrement depuis des siècles. Ce n’est certainement pas en quelques bières (fussent-elles outrageusement nombreuses) qu‘on peut refaire l’histoire du grand combat d’idées autour du déterminisme, de ce qu’il représente, qui a raison, qui a tort, etc mais pour ma part il y a quelques grandes idées qui ont très clairement fait avancer ma réflexion.

Le déterminisme scientifique, des lois de l’univers

Le déterminisme, c’est la théorie selon laquelle la succession des événements et des phénomènes est due au principe de causalité (lien externe), tout ce qu’il se passe aujourd’hui était entièrement contenu dans ce qu’il s’est passé hier et il en va de même pour ce qu’il se passera demain. En d’autres termes, rien, absolument rien n’est dû au “hasard”. Pour certains scientifiques, quand on invoque le “hasard” justement, c’est tout simplement pour ne pas avoir à parler des limites de notre connaissance, quand on ne sait pas “prévoir”, quand on ne sait pas “expliquer”, au lieu de dire “nous n’avons pas les connaissances”, on préfère dire: “c’est le hasard”. Tant qu’on ne connait pas les lois de la gravitation de Newton, on dira que c’est un hasard si toutes ces immenses boules caillouteuses décrivent des ellipses autour du soleil. C’est ça qu’Etienne Klein, toujours performant en punchlines métaphysiques, exprime lorsqu’il dit:

“Le hasard est le purgatoire de la causalité”

Lorsqu’on ne parvient pas à trouver une explication à un événement, on lui enlève toute causalité et on dit de cet événement qu’il est dû au hasard. Cette vision du hasard qui n’existerait simplement parce qu’on ne sait pas, n’est pas surprenante dans la bouche d’un scientifique tel que Klein. Quand on y réfléchit, le rôle/la stratégie de la science c’est justement de comprendre et de décrire le monde en y trouvant, autant que faire se peut, des causes et du déterminisme qu’on explicitera ensuite sous forme de lois et de théories qui le régissent. Si notre seul outil pour comprendre et maîtriser le monde, c’est d’y trouver des déterminismes, il n’est pas étrange de forcément finir par tout voir sous cette forme. Ça fait penser à une autre jolie phrase:

« Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous la forme d’un clou. »

Mais force est de constater que plus la science avance et plus ses déterminismes expliquent, prévoient et construisent le monde qui est aujourd’hui le nôtre, crédibilisant chaque jour un peu plus une vision déterministe de ce même monde.

Certains pensent que ce déterminisme scientifique aurait peut être trouvé certaines limites, symbolisées par le célèbre chamaillage entre Einstein et Bohr sur la physique Quantique.

Einstein était partisan d’un déterminisme absolu: si on devait refaire un big-bang dans les exactes mêmes conditions initiales et laisser 13,8 milliards d’années s’écouler, il y aurait de nouveau, sur une petite planète, un chimpanzé d’une espèce un peu spéciale en train d’écrire un article sur le libre arbitre où cohabiteraient Bobun et Banh-mi. Sur le sujet de la mécanique quantique, Bohr était un poil plus réservé. Il était partisan de l’interprétation probabiliste du schlimblick, qui revient à dire que même si on connait parfaitement les conditions initiales d’une expérience (sur les allers et venues d’un petit électron par exemple), on est incapable de savoir à l’avance la position exacte de l’électron, on a 50% de proba qu’il soit là et 50% de proba qu’il soit ici, nous ne pouvons (et pourrons jamais) rien savoir de plus, il y aurait alors un indéterminisme physique fondamental, des événements qui ne seraient non complètement déterminés par leurs causes antérieures. Bohr est un peu à la physique ce que Tom Hanks est à la boite de chocolat #CaPartLoin

Par conséquent, comme l’univers n’est qu’une immense soupe d’électrons et d’autres particules dans le genre, quand on étend cet indéterminisme fondamental à l’univers tout entier, on obtient un univers où plusieurs histoires auraient pu advenir. La vie aurait très bien pu ne pas exister sur la terre, un type de chimpanzé aurait très bien pu ne pas se mettre à marcher sur ses membres antérieurs et j’aurai très bien pu grandir sans raffoler ni de banh mi ni de bobun (#tristesse). Einstein ne croyait pas à cette interprétation, ce qui lui fera dire affalé sur sa chaise tel un loukoum sous un soleil caniculaire: “Dieu ne joue pas aux dés dans l’univers”, ce à quoi Bohr lui répondra “cessez de dire à Dieu ce qu’il doit faire”. (PowPow! #PhysicianBattle)

A priori, l’histoire (lien externe) semble pour l’instant avoir donné un peu plus raison à Bohr qu’à Einstein mais in fine, le débat est il “tranchable” (car on peut toujours dire que le hasard est le purgatoire de la causalité)?

Et surtout a t-on réellement besoin de le trancher? Il n’est pas nécessaire de le trancher quand on se pose la question du libre arbitre de manière pragmatique et ce pour deux raisons:

C’est dans cette non prévisibilité des événements que réside une partie de notre impression de liberté, notre impression qu’un autre monde aurait pu advenir, comme d’habitude, les impressions et les ressentis priment sur notre compréhension.

La plus belle explication que j’ai lu sur le sujet compare le déterminisme à un chenapan:

“Le déterminisme, ce n’est pas un vieil homme sage qui dirait: « Voici ce qui va se produire dans le futur et tu n’y peux absolument rien »; l’idée de déterminisme, c’est plutôt un garnement qui dirait: « Je sais ce que tu vas faire dans un instant ». Alors vous lui demandez: « Admettons. Alors, qu’est-ce que je vais faire ? » et il répond: « Ça je ne peux pas te le dire ». Puis vous faites quelque chose et le gamin s’exclame: « Je savais que tu ferais ça ».

2. Et puis surtout, le débat du “déterminisme absolu” n’est pas à trancher car quelle que soit la position effective des dits électrons, aucun être vivant n’a à priori la capacité de faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre, la seule chose qu’on peut savoir c’est qu’on suit les probabilités des lois “stochastiques” de l’univers, on a vu mieux en terme de maîtrise.

Au final, même s’il reste un doute sur le fait que le déterminisme puisse être total, même si l’avenir ne sera surement jamais prévisible, même si je ne pourrai jamais prévoir à l’avance si je prendrai un bobun ou bien un banh mi, notre époque elle-même prouve qu’énormément de choses sont déterminées par des causes antérieures. Notre maîtrise énorme du monde est basée sur cette capacité à dompter et à comprendre les déterminismes, nous ne pourrions pas avoir développer cette formidable puissance technique si le monde n’était pas formidablement déterministe, pas de voiture, pas d’ordinateurs, pas d’avions sans déterminisme. Et dire que le monde est formidablement déterminé, ça implique de prendre conscience que nous aussi, qui malgré notre capacité effroyable à l’oublier, faisons partie du monde, sommes également fortement déterminés/conditionnés. Tout le principe de la sociologie, c’est justement d’étudier les déterminismes sociaux, qui si on les ajoute aux déterminismes génétiques et biologiques ne laissent pas non plus beaucoup de place aux choix “sans cause”. Tous mes choix sont immensément conditionnés par des causes qui me déterminent et sur lesquelles je n’ai eu aucune prise, je peux subir, composer ou bien jouer avec ces causes qui me façonnent mais à aucun moment j’en suis le maître.

Sur ces questions une vidéo excellente, “Le hasard existe-t-il?” un débat avec un Etienne Klein qui dépasse les autres de 3 têtes:

Selon certains, un monde absolument déterministe n’est pas incompatible avec un libre arbitre et pour d’autres, même dans un monde non déterministe, notre libre arbitre est impossible. J’ai mon idée sur la question, elle est tout à fait déterminée à ne pas changer, je suis tout aussi déterminé à vous l’exposer la semaine prochaine et elle est en lien avec le concept de “source ultime”.

Et en attendant la semaine prochaine, votre avis à vous, c’est quoi?

Pace é Salute,

La suite “Sommes nous plus responsables qu’un crocodile? (lien externe)

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