Sommes-nous plus responsables qu’un crocodile? (Libre arbitre 2/3)

Ce débat court sans fin depuis quelques mois, un de ses théâtres (au débat) est évidemment le Breughel (lien externe) où je me suis joliment vautré dans ma vaine tentative d’expliciter ma vision du sujet à Bertran après avoir non judicieusement “choisi” d’entamer l’explication au 4ème pichet … Tentative de rattrapage …

Yo Bertran,

Comme on en parlait dans “Sommes-nous seulement des marionnettes? (Le libre arbitre 1/3) (lien externe)”, il semblerait qu’il y ait peut-être (un “peut-être” balèze) un infime espace pour que des événements non totalement déterminés adviennent, mais pour qu’on puisse dire que nous avons un libre arbitre, il faut que nous puissions également dire que nous somme la “source ultime” de ces décisions non déterminées. Regardons ça de plus près.

II) Sur le concept de la source ultime

Ok, soit! Acceptons que certains événements soient non déterminés, qu’il y ait un truc qui puisse faire des choix me concernant qui ne soient donc pas dus à des événements antérieurs. En gros, prenons un truc un peu bizarre, complexe, pourquoi pas basé sur des réactions quantiques qui me sort des choix du chapeau. Disons que cette entité n’est pas basée sur un nuage (Zeus) mais dans mon corps (à priori et pour simplifier dans ma tête) et on obtient un truc qui fait penser à l’âme.

Non seulement, il y a un pouvoir qui peut faire des choix non déterminés par des causes antérieures mais en plus, ce truc un peu magique, il est en moi et j’en ai la maîtrise, c’est même un peu moi en fait.

Mais même dans ce cas, il y a clairement un truc qui cloche, à quel moment, j’ai choisi cette entité dans ma tête? On me l’a bien refilée à un moment donné? Imaginons que j’ai hérité au départ de ma vie d’une âme qui fait des choix qui se concluent par une personne adulte aux pulsions pédophiles, à quel moment j’ai choisi cette âme de départ? J’aurais très bien pu finir en abbé Pierre si on m’avait pas refilé une âme complètement foireuse! Manque de pot, c’est l’âme de Michel Fourniret qu’on m’a refourgué à la grande distribution de départ, c’est quand même balot …

En quoi serais-je plus responsable des pulsions de cette âme que d’avoir contracté la varicelle ou bien d’avoir une peau tellement sensible qu’elle considère qu’un rayon de soleil en février à travers un tee-shirt a les même effets qu’un coup de napalm dévastateur?

Comment peut-on considérer un sujet comme étant libre d’un choix qui est au final fait par une entité (l’âme donc) qu’on lui a refilé au départ sans lui demander son avis (avis qu’il n’était ceci dit pas en capacité d’avoir)?

Et si je n’avais pas hérité d’une “âme” corrompue à la base mais plutôt d’une âme “saine” qui a ensuite choisi de devenir “malsaine”?

Déjà on peut se dire que si elle choisit de devenir malsaine, c’est qu’elle l’était à la base … mais les aventures de Whitman nous poussent encore plus loin dans les cordes des contradictions de notre conception du libre arbitre.

L’histoire complètement folle de Charles Joseph Whitman

Charles était un jeune homme à priori sans histoire, qui à l’âge de 25 ans, commença par un beau jour de 1966 à tirer sans tergiverser sur tout ce qui bougeait. Il s’avère qu’hélas tout ce qui bougeait, c’était notamment des gens qui passaient par là, une femme enceinte, son mari agenouillé à ses côté pour la sauver, le conducteur de l’ambulance. Il lui a manqué 2/3 enfants pour que le tableau soit complet mais il est quand même parvenu à tuer 13 personnes avant que la police n’arrête sa folle promenade. On trouva ensuite chez lui sa mère et sa femme assassinées et une note de suicide où il expliquait entre autre qu’ :

Quand on lit avec attention son histoire (lien externe), lorsqu’on prend notamment connaissance des notes qu’il a laissées, c’est bouleversant. On s’aperçoit qu’il ne comprend sincèrement pas ce qui lui arrive, il se rend compte que quelque chose ne “tourne pas rond mais n’y peut rien. Il regrette tout ce qu’il fait et pourtant il semble impuissant. Il aime profondément sa mère (lien externe) et sa femme et il ne peut cependant pas s’empêcher de les assassiner et de tuer dans la foulée 13 personnes supplémentaires. En lisant ses écrits (notamment dans cette note (lien externe)) on est marqué par la sensation puis la conviction qu’il “subit” ses choix plus qu’il en est un acteur libre.

Et effectivement on découvrit lors de l’autopsie qu’une tumeur de la taille d’une noix de Pécan lui compressait l’hypothalamus, une partie du cerveau directement connectée avec le comportement violent et le jugement.

A la découverte de cette histoire, une fois son côté complètement incroyable digéré, des réflexions éclatent à la surface de notre conscience:

Dans ce cas, pourquoi nous considérons nous comme plus responsables de nos actes que Whitman des siens? Pourquoi nous considérons nous plus responsables qu’un crocodile qui concasse allègrement tout ce qu’il passe (car comme nous, il n’a pas d’autre choix que de faire ce qu’il fait) dans la gadoue dans laquelle il patauge, de l’antilope à la tortue en passant par un léopard:

Au final, on ne peut jamais se considérer comme la source ultime de nos choix car si on tire le fil un tant soit peu, on remonte cet enchaînement, cette cascade de causalités et on s’aperçoit rapidement que cette cascade remonte toujours hors de nous et que cette “source” doit par conséquent également être “hors” de nous. Ces choix sont soit le fait de l’ “âme” qu’on vous a refilée le jour de la grande distribution et sur laquelle vous n’avez pas été vraiment consulté, soit le fait d’états mentaux résultant d’un cerveau (mal)-façonné par une série d’événements (environnement, éducation, amis, génétique, concours de circonstances, hasard) que vous n’avez pas plus choisi que l’âme de départ ou bien la tumeur de Whitman.

On ne choisit ni notre âme (si tant et qu’elle existe), ni notre génétique qui dicte une partie de nos (ré)-actions, ni notre environnement qui nous conditionne à exécuter l’autre partie de nos (ré)-actions, comment peut on encore parler dans ce cas de libre arbitre? A quel moment sommes nous l’ultime source des choix qui nous façonnent et qui font de nous ce que nous sommes? Comment dans ce cas peut on encore croire au libre arbitre au sens classique?

Et c’est bien ce que Spinoza a aussi bien senti que formulé à son époque:

“Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs désirs 
mais ignorants des causes qui les déterminent.”

Et ce que dit Spinoza, c’est que nous n’avons aucune prise sur ces causes qui déterminent nos désirs et que nous n’avons par conséquent aucun libre arbitre, il s’agirait simplement d’une illusion, d’une illusion extrêmement bien faite certes mais illusion quand même.

Pour moi la personne qui explique et illustre cette vision du libre arbitre de la plus limpide des manières, c’est Sam Harris:

En français, il y a le coup de Phil’ qui explique également très bien cette vision du libre arbitre en se basant sur la pensée de Spinoza:

Y’a Monsieur Phi (lien externe) aussi qui fait une vidéo excellente sur la liberté et le “super pouvoir” que ça serait d’en jouir:

Mais qu’est ce que ça donne une société où plus personne ne croit au libre arbitre? Est ce que ce n’est pas quelque part la porte ouverte à tous les excès, tous les abus qui se cacheront derrière le grand paravent de “l’absence de responsabilités”?

Au contraire, une société qui ne croit plus au libre arbitre de ses individus pourrait être moins vengeresse, moins haineuse, simplement plus juste et plus sociale. Ne plus croire au libre arbitre, c’est quelque part se condamner à être de gauche, et ça, j’en parle dans la conclusion de cette série d’articles:

Pourquoi ne pas croire au libre arbitre pousse vers “la gauche” (lien externe)

Pace é Salute,

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Autres ressources:

La demande d’autopsie de Whitman fait penser à toutes les demandes d’autopsie des joueurs de football américain (lien externe) qui demandent à ce qu’on inspecte leur cerveau après leur mort pour qu’on se rende compte que de prendre des bus humains lancés plein fer sur la tirelire pendant 10 ans, ça a ses limites …