Pourquoi ne pas croire au libre arbitre, ça pousse vers la “gauche” (Libre arbitre 3/3)

Depuis ma plus tendre enfance, c’est toujours entre 2 coups de fourchette que j’ai pu aiguiser mes compétences de “plaidoirie”. Le “tu aurais du faire avocat toi” maternel tombe souvent entre le plat et le dessert, une sorte de tradition. La pomme ne tombant pas loin du pommier, ces joutes sont un sport familial que mes parents apprécient tout autant que moi, chacun avec ses stratégies et ses techniques propres. Le dernier match a eu lieu autour d’un magret non vegan au “Pyrénéen”, une brasserie invisible étrangement plantée entre une Fnac et un Mac Do. J’essayais d’y convaincre mon père que le libre arbitre n’existait pas et surtout de ce que ça impliquait.

Salut papa,

Dans ce premier article (lien externe), j’essayais de montrer à quel point une énorme partie, si ce n’est la totalité, du monde était déterminée.

Dans ce second article (lien externe), je voulais illustrer le fait que même sans déterminisme total, il n’y avait aucune raison de penser que nous avions un libre arbitre étant donné que tous nos choix étaient forcément la résultante de la combinaison de 3 choses sur lesquelles nous n’avions aucune prise: notre environnement/vie - notre génétique - un truc immatériel, inexplicable que certains appellent “âme”.

Mais au final, qu’est ce que ça change de ne plus croire au libre arbitre?

I) Dans quelle nouvelles directions nos lunettes vont regarder une fois qu’on ne croit plus au libre arbitre?

a) A bâbord toute!

Ne pas croire au libre arbitre, c’est un peu se condamner à être de gauche.

Au premier abord on peut se dire qu’il y a autant de connexions entre le libre arbitre et la politique qu’entre une barbe à papa et une clé à molette. Et pourtant non seulement il y a une connexion directe mais je pense qu’elle est essentielle. Qu’est ce qu’on veut dire quand on dit par exemple (à tout hasard et sans viser quiconque):

“ Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord.”?

Quand on dit “l’autre”, on insinue par extension “tout ce qui vient de l’extérieur”, la société en somme, on insinue qu’il faut trouver la solution en nous et ne pas trop compter sur la société. Parce que oui bien sûr, le chômeur, celui qui cherche un emploi mais qui n’en trouve pas, celui qui ne se sent pas épanoui dans sa situation de sans emploi, c’est un sacré “fainéant” (autre terme qui ne vise personne), avec un énorme cul scotché à son canapé tels des chewing-gums nonchalamment étalés sous une table de 6ème jaune:

Parce que comme chacun sait, il a choisi d’être ce qu’il est, une énorme fainéasse qui ne veut ni suer ni se battre pour gagner son pain. C’est évidemment lui qui est responsable de son état et surtout pas son environnement dont la société qui ne lui aurait pas donné les moyens d’exploiter son potentiel. Ce n’est absolument pas l’échec de la société qui n’a pas su l’aider à contourner les barrières et les obstacles de sa génétique et de sa condition sociale. C’était à lui, grâce à la puissance nucléaire de son libre arbitre (que tout un chacun possède) de faire sauter tous les verrous de sa condition.

Ce qu’on laisse entendre derrière ce genre de phrases, c’est qu’un beau jour il y a des gens qui sont nés ou bien se sont réveillés et qui se sont écriés:

“Et si je devenais un champion de canapé? Et si je passais mon temps à manger des chips en regardant des émissions de télé qui me lobotomisent le cerveau à petit feu en sombrant lentement mais surement dans une torpeur déprimée? Est ce que ça serait pas une idée lumineuse? Est ce que ça ne me dirait pas d’être l’acteur, le décideur de ma propre descente aux enfers?”

Quand on assène le fameux “Quand on veut, on peut!”, on sous entend que tout le monde peut “vouloir” justement, parce que sinon, la phrase ne veut plus rien dire.

Et quand on ne croit pas au libre arbitre, on pense qu’il n’est pas du ressort de tout le monde de “vouloir” justement donc la phrase devient “comme ce n’est pas donné à tout le monde de vouloir, à priori c’est donné à encore moins de monde de pouvoir”.

Mais justement, on tente de nous vendre le fait qu’absolument tout le monde “peut” vouloir, parce que RIEN n’est joué d’avance (petit lien avec le déterminisme :)). Regardez Patrick Bourdet, devenu PDG d’une filiale d’Areva (si ça, ce n’est pas de la réussite monsieur!) alors que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il partait de loin: ayant grandi dans une hutte au beau milieu d’une forêt, battu par un père alcoolique, sauvé in extremis d’une attaque de fourmis carnivores par un sanglier pour finalement finir son enfance nourris par une meute de loups … la vie ne lui avait vraiment rien offert …

Alors oui, bien entendu que cette histoire est incroyable et que Mr Bourdet (qui bien que je me permette un poil de chambrage a tout mon sincère respect) a fait preuve d’une incroyable force et d’un grand courage. Mais quelque part, il a surtout la chance d’avoir “hérité” de cette force et de ce courage, soit de sa génétique, soit de son environnement/histoire (une rencontre avec un instituteur, une fée, Baloo, que sais-je?), soit de son âme. Dans tous les cas, il n’a lui non plus rien choisi et peut s’estimer chanceux quelque part d’avoir eu la force d’arriver là où il en est.

Lorsque la société responsabilise à outrance l’individu, lorsqu’elle fait peser sur ses frêles épaules ses réussites comme ses échecs, c’est aussi qu’elle cherche à se dédouaner à outrance (en tous les cas, elle s’en laisse la possibilité). Ce ne serait donc pas parce que la société empêche, entrave ou conditionne à l’échec que la personne ne parvient pas à l’avenir qu’elle souhaite mais parce que la personne ne le méritait pas, tout simplement.

La base d’un concept comme la “méritocratie”, c’est qu’on évalue le “mérite” pour y indexer le pouvoir. Or sans libre arbitre, point de mérite donc point de méritocratie, simplement des institutions sociales visant à compenser au mieux les désavantages des individus défavorisés et à maximiser le potentiel de chacun.

b) Ne plus croire au libre arbitre, c’est aussi se condamner à ne pas pouvoir justifier sa colère, sa haine et son envie de vengeance.

De la même manière qu’on ne peut pas en vouloir au crocodile de l’article précédent qui découpe et concasse tout ce qui lui patauge autour ou qu’il est difficile d’en vouloir au pauvre Whitman, on ne peut pas plus en vouloir à un individu lorsqu’on estime qu’il est dépourvu de libre arbitre. Cette vision du monde nous économise la colère, la fureur, la vengeance qu’on s’épuise souvent à disperser pour … rien.

Cela n’implique pas qu’on arrête la justice, qu’on arrête les sentences et les condamnations, cela veut simplement dire qu’on enlève tout côté “punitif” et “vengeresque” des sentences. Les jugements seraient rendus au nom du bien commun et seulement en ce nom. L’unique question que le juge se poserait au moment de la sentence serait “Quel est le jugement qui serait le plus bénéfique pour la société?” et non “Quel jugement cet individu “mérite”?” qui n’aurait plus aucun sens, si tant est qu’il fut une époque où elle en eu un.

Ne plus croire au libre arbitre, c’est également essayer (et mon dieu que c’est dur) d’enlever les “je suis fier de” et les “je mérite de” de son vocabulaire et les remplacer par “j’ai eu la chance de” et “je suis hyper content que” … parce que les mots ont un sens et façonnent à “l’insu de notre plein gré” notre manière de penser.

II) Oui mais s’il n y a pas de libre arbitre, tout s’écroule?

Absolument pas, bien au contraire, simplement on changerait quelques principes du BTP sociétal. Pour un être humain, ne pas croire au libre arbitre, c’est accepté que “Le sentiment de la liberté est une illusion” tout en se rendant bien compte que “cette illusion est invincible.”

Non seulement c’est une illusion invincible mais c’est une illusion fantastique dans laquelle réside notre humanité. On peut tout à fait comprendre qu’il s’agit d’une illusion et pourtant continuer à la vivre à la ressentir pleinement. C’est comme dans cette scène de Matrix où le type sait pertinemment que le morceau de viande qu’il mange n’existe pas vraiment, et pourtant il parvient à se délecter pleinement de cette saignante illusion:

Il ressent et vie pleinement l’illusion mais n’y croit pas vraiment et il a par conséquent le pouvoir de ne pas tomber dans ses travers. Dans ce cas ci, ce sosie américain d’Obispo (oui, tous les types complètement rasés sont sosies les uns des autres, c’est un théorème prouvé) qui sait que ce morceau de viande n’existe pas et n’est en rien lié à un bœuf qui aurait souffert, arrêtera de faire des insomnies inutiles dues à son remord d’avoir causé de la souffrance animale et pourra profiter encore plus pleinement de son repas.

Mais là où la différence est pour moi encore plus claire, c’est sur nos règles de société, si l’illusion du libre arbitre est individuellement invincible, pourquoi devrions nous collectivement succomber à ses petitesses et à ses défauts? Pourquoi devrions nous bâtir une société qui reprend nos biais et nos défauts individuels, nos envies de responsables et de représailles? Pourquoi ne pourrions nous pas collectivement créer des lois, des règles, des stratégies pour pallier à ses lacunes plutôt que de s’y jeter collectivement avec encore plus de ferveur que ce que nous faisons chacun de notre côté?

On peut individuellement vivre notre illusion tout en œuvrant pour que la société conditionne petit à petit notre non libre arbitre à vivre et à s’épanouir pleinement dans cette invincible illusion qu’est la vie.

N’est ce pas justement pas ça le but de la société? D’aider chacun de nous à dépasser ses limitations et illusions individuelles issues de millions d’années d’une évolution surprenante qui nous a rendu à peine plus évolué qu’un mammifère dont le seul objectif est de se maintenir en vie en se sustentant et en se reproduisant dès que l’opportunité se présente?

Et ce projet collectif, où la société se responsabilise et oeuvre pour que chacun ait le minimum et puisse avoir la “chance” de développer tout le potentiel de son illusion personnelle, c’est ça que j’appellerais un projet de “gauche”!

Après ce n’est que mon avis, à chacun son libre arbitre ou non d’avoir le même :)

Pace é Salute,

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