Comment lutter contre ce temps qui, toujours plus vite, nous file entre les doigts ?

Des “retrouvailles” avec une pote qu’on connait sans vraiment connaître, de passage impromptu à Toulouse, c’est le risque d’un expresso à la fois court et trop long, mais ça peut également être une belle recette pour un moment sympa, dense et fluide. Le méli-mélo de gâteaux d’un des seuls lieux de Toulouse ouvert un 1er Janvier a sans doute participé au succès de ce temps passé à palabrer, notamment des années qui passent et de l’importance qu’il y a à ce qu’on “densifie” le temps que nous avons la chance de traverser.

Yo Claire,

Depuis toujours, j’ai une peur viscérale de la mort, le principe ne me convient absolument pas. J’ai beau le tourner dans tous les sens, j’ai beau comprendre qu’il y a quelque chose de magnifique à l’ “éphéméritude” de notre passage sur cette terre, j’ai beau me pilonner au fond du crâne que ce concept partagé par tous constitue la seule chose face à laquelle nous sommes TOUS égaux, je ne parviens toujours pas à avaler la pilule.

Plutôt que d’espérer, sans pouvoir y faire grand chose, que l’humanité gagne cette lutte séculaire contre la grande faucheuse, je me dis que guerroyer pour tirer le meilleur parti du temps qui m’est imparti est probablement la meilleure stratégie.

Etant de nature “dispersée” (énnéagramme type 7 pour les connaisseurs), je ne suis ni pré-disposé, ni équipé pour ce combat contre ce temps qui s’effiloche. J’évolue sur le terrain de la vie tel un maigrichon, terrorisé par les ballons et par les contacts violents, qui se serait épris de ce sport avec une passion immodérée.

Dans ce combat aride et sans fin pour utiliser au mieux notre maigre ration d’années sur terre, il y a deux axes tactiques distincts et complémentaires:

I) Eviter la dispersion et augmenter la concentration et

II) Augmenter la densité de notre temps en augmentant la densité de nos activités

I) Eviter la dispersion

La première étape est déjà de

a) prendre conscience qu’on évolue dans un contexte où tout (lire: “des milliers de milliards de dollars”) est mis en oeuvre pour qu’on se disperse

Nous sommes rentrés depuis de nombreuses années déjà dans une économie de la tension … ou plutôt de l’attention (lapsus révélateur). Des milliards sont investis chaque jour dans le seul but de capter 2 secondes de notre attention moribonde. “L’économie de l’attention”, Patrick Le Lay l’avait joliment défini en 2004 :

Et c’est tout un pan de l’économie qui a désormais jeté son dévolu sur la captation et la revente de cette ressource de nos jours si rare qu’est devenue ce “temps de cerveau disponible” : de Facebook à Twitter en passant par Youtube.

Quand des milliards sont investis chaque jour pour trouver des stratégies à grand coup de recherches neuroscientifiques, pour intercepter au mieux les millisecondes de frêle attention qu’il nous reste, penser que nous allons pouvoir gagner ce combat herculéen armés de notre seule schneck et d’un couteau est aussi illusoire qu’un alcoolique pensant mettre un casino en banqueroute grâce à son génie alcoolisé au Blackjack.

Et puis il y a le tempérament qui parfois - et c’est mon cas - mets toutes les poutres possibles dans les roues de notre propre volonté. Les gens comme moi dans un univers où les ressources étaient rares ont du redoutablement bien se débrouiller. Mes ancêtres gloutons devaient être capable de manger, sans moufter, un mammouth chacun afin de faire des réserves pour tout un hiver. Le moindre bruissement devait les alerter quant à un danger mortel ou une opportunité de reproduction imminente … Dans un environnement ou la bouffe, les bonbons et les distractions sont monnaies courantes par contre, ce tempérament est vite … ingérable … et ingéré du reste…

Si on admet donc que cette dispersion a une cause contextuelle/environnementale et une cause innée, c’est qu’il y a la également deux grandes familles de technique pour la ferrailler :

b) Les outils qui filtrent l’environnement

Soyons très clairs, quant il s’agit de taches qu’on pratique en tapotant sur un clavier, la source primaire et quasi unique de dispersion (si ce n’est les mouches qui sont tout à fait passionnantes lorsqu’elles nous passent sous le nez), c’est internet ! Ce truc est littéralement magique et a colonisé notre univers, nos usages et notre manière de penser à une vitesse sidérante, une telle allure d’ailleurs que parfois ça nous dépasse, en tous les cas ça ME dépasse. Tellement de choses fascinantes à lire, à regarder, à parcourir, à … survoler.

Si on commence par la sarbacane de l’artillerie anti-dispersion sur internet, il y a les plugins qui permettent d’aller sur facebook mais qui cache le contenu de ton mur : “au revoir, photos de bébé, de chats, de mariage et de palmiers”. Et on se rend compte petit à petit, grâce à ce plugin, que sans l’interaction avec le mur, le cercle vicieux de la notification s’éteint doucement tout en nous laissant accès aux fonctionnalités bien utiles:

Ensuite, si on passe directement sur de l’artillerie lourde, pour les plus touchés d’entre nous, l’arme la plus radicale s’appelle “Cold Turkey”, expression qui signifie “sevrage brutal”, tout simplement. Dès le nom, l’application commence son travail en vous susurrant à l’oreille:

L’application est simple mais d’une efficacité sourde. Il suffit de créer des listes de sites en fonction des différents types de distractions auxquelles vous pouvez succomber et d’activer leur “bannissement” temporaire en fonction de la tache à accomplir. Une fois le l’exil prononcé, pas moyen d’alléger la sentence, quelque soit les navigateurs. Surtout, surtout ne pas cliquer sur le mauvais jour …

Ça marche aussi pour le téléphone et c’est tout aussi efficace:

Pour ceux qui passent leur temps à désinstaller facebook de leur smartphone et qui à la première occasion le consulte via chrome et le site facebook. Avant d’installer ColdTurkey premium avec l’option “à vie” sur votre smartphone et ainsi de le transformer en un presse-papier inefficace d’une valeur de quelques centaines d’euros, vous avez l’option que j’ai choisi, laissez une application tel que KeePass (lien externe) créer tous vos mots de passe. Le seul mot de passe que vous connaissez, c’est le mot de passe qui vous ouvre le fichier où vous avez tous les autres mots de passe. Pas moyen dans ce cas de se logger sur facebook/twitter depuis votre téléphone sans avoir votre fichier de mots de passe sous la main, un peu tordu mais dramatiquement efficace!

Et enfin, il y a les les détonnantes AAM (Armes Anti-dispersives Massive). Pour les gens qui sont vraiment au bout, pour qui l’addiction à internet a pris des proportions insurmontables, avant le catapultage pur et simple de toute votre électronique dans la déchetterie la plus proche (#OnResteEcoloQuandMeme) il y a l’option “contrôle parental avec mot de passe envoyé à un ami”, c’est drastique et quasiment définitif: K9 Web Protection (lien externe)

Dans la même catégorie, des trucs pour vous auto-contraindre à faire ce que vous voulez au fond faire sans jamais y arriver, il y a stickk (lien externe), une plateforme internet pour vous aider à maintenir le cap de vos résolutions contre vents et marées:

c) Les outils et techniques qui incurvent l’esprit

Parce qu’au fond, souvent, le changement vers lequel on tend, c’est plutôt celui qui a lieu à l’intérieur, indépendant des conditions extérieures et de tous les stratagèmes qu’on a pu mettre en place pour modifier son environnement. il y aurait une sorte de changement “authentique”, qu’on imagine souvent être (à mon avis à tort) le seul vrai changement.

Le principal outil de cette catégorie, c’est à mon avis la méditation ou bien simplement la pratique de la pleine conscience, pour ça il y a l’exceptionnellement gratuite application “insight timer (lien externe)”. Et si tu veux en savoir plus sur le pourquoi du comment de la méditation, on en avait déjà parlé il y a un petit moment dans cet article:

Le temps c’est de l’argent!
Il y a 5 ans, pendant que je confrontais mon équilibre moribond au nouveau truc coolos du moment (la slackline, ça mais…apreslabiere.fr

II) Densifier son temps

Ensuite, et j’ai envie de dire “SURTOUT”, il y a ce qu’on fait concrètement de son temps car

perdre son temps efficacement est un oxymore après laquelle personne ne se précipite vraiment.

Et pour ça, chacun a une manière différente d’évaluer et de prioriser son temps. Pour ma part, j’ai depuis toujours dans ma poche une sorte de boussole interne, magnétisée à l’extrême, qui s’agite frénétiquement dans un sens à chaque fois qu’une tache me semble productive et qui s’affole à l’inverse en d’autres cas. Dans la conférence ci-dessous, Serge Marquis emploie une catégorisation extraordinairement efficace:

Il y clame avec tout l’enthousiasme et l’accent québécois dont un humain est capable la lapalissade authentique “Qu’on ne perd jamais son temps et que la vie vaut la peine d’être vécue”

Mais il y a des moments et des activités, où en fonction de notre boussole interne, il est naturellement plus aisé de ressentir qu’on ne perd pas son temps. Par exemple, il n’est pas instinctif chez moi de ne pas ressentir que je pisse allègrement sur de précieuses heures de ma vie lorsque je procrastine sans fin en regardant la 15ème vidéo sur les plus longs lancés de la NFL (92 yards, je ne sais pas si vous vous rendez vraiment compte!).

Serge divise notre temps en 4 grandes familles d’activités:

Vivre: c’est le temps que je prends volontairement chaque jour pour boire, manger, dormir, m’occuper de ma santé, marcher, regarder des vidéos Youtube en tout genre (NFL, pétanque, curling, billard, poker, etc)

Aimer: Etre avec les gens qu’on aime, sa famille, ses enfants

Transmettre: sentiment profond que ce qu’on fait est utile à d’autres, qu’on participe à quelque chose qui est plus grand que nous.

Apprendre: sentiment profond d’améliorer sa compréhension du monde, d’être de plus en plus conscient de ce qui se joue autour de moi, de mes impacts, etc

Quelque soit sa boussole interne, pour densifier son temps, il est stratégique d’arriver à faire le lien dans chacune de nos activités avec une de ces 4 grandes catégories, c’est ce qui nous permettra de nous laisser happer et absorber dans ce qu’on fait. De la même manière qu’un grimpeur pratiquant le free solo (grimpe sans attache), le temps cessera alors d’exister et nous accéderons à un état de flow où rien d’autre que ce que l’on fait ne prendra de la place dans notre esprit. Nous vivons si purement et si intensément ce qui “est” qu’il s’agit peut être de la forme de temps la plus dense et la plus vivement heureuse qu’il nous soit donné d’expérimenter.

Le but, c’est donc de choisir ses activités en fonction de ses prédispositions (ability) naturelles. Par exemple, j’ai beaucoup plus de facilité à entrer dans le flow dans des tâches qui appartiennent à la catégorie “apprendre” et “transmettre”. Lorsqu’on est dans mon cas, allons-y gaiement, dopons notre agenda d’ “apprendre”, de “transmettre” et arrêtons de s’imposer des brunchs sans fins ni buts autre que de passer un “bon moment” à grands coups de capuccino, de muffins et de temps qui s’effile : aide toi et dieu t’aidera (#PasDeJugement).

Le but de la pratique de la “pleine conscience”, c’est justement de parvenir à ressentir cet état de “flow” dans le plus de moments possibles, voire dans absolument toutes les activités: en se brossant les dents, pendant les réunions sans fin, voire chez les mi-bouddhas/mi-gandhi en se cognant le pied pour la 3ème fois de la soirée sur la put*** de table basse du salon!

Tant que nous serons debout sur cet immense globe, nos journées dureront 24 heures et pas un instant de plus, une de nos options est donc de dépenser notre énergie avec toute cette conscience dont nous sommes capables, au service de ce qui a, pour nous, du sens, qu’il s’agisse de vivre, d’aimer, d’apprendre, de transmettre ou autre.

Et ce “sens”, souvent flou et diffus lorsqu’on est, en permanence, canardés de notifications devient plus clair et évident lorsqu’on parvient à s’extraire et à se déconnecte, que tout se calme enfin et qu’on parvient à se connecter un poil plus à nos entrailles.

Pace é Salute,

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