#QuePeutFaireUnGarçon?

Ecrit par Jean-Lou Fourquet (lien externe) et dessiné par Marion Riera (lien externe)

Entre deux bouchées de Houmous, une agression de chat (c’est moi l’agressé, pas le chat) et une explication de tous les us et coutumes de twitter (suis vieux, faut qu’on m’explique ces choses-là), j’ai surtout eu le temps d’affûter mon avis quant à la grêle automnale des #MeToo et des #BalanceTonPorc sur la Pierre de Lori :).

Salut Lori,

Cet automne, sous les giboulés de hashtags qui nous concernaient tous infiniment, la question se posait dans la tête de tous les garçons:

“comment je dois réagir, est-ce que je peux faire quelque chose? Est-ce que je “dois” faire quelque chose?”

Forcément sur ce sujet, c’est essentiel d’expliciter d’où on parle. Pour ma part, je suis né garçon un beau jour de 1985 (bon en vrai, d’après ma mère, ça a duré 48 heures, c’était tout sauf un “beau jour” et tous les heureux participants ont failli y rester, #MerciLesTransfusions). En apprenant l’arrivée d’un petit frère plutôt que celle d’une petite sœur, mes deux grandes sœurs, sexistes avant l’heure poussèrent un grand “ouf” de soulagement. Elles allaient donc éviter la tare redoutée de se farcir une petite sœur répondant au doux nom d’ “Hanh-Jade” … Elles ne se rendaient pas compte que finalement, Hanh-Jade, c’était peut-être pas si pire …

C’est donc en tant que garçon que j’écris tout ça. En aucun cas, je ne parle au nom de tous les garçons, je me rends simplement compte, pour en parler autour de moi, pour lire pas mal, pour regarder encore plus, qu’il s’agit de questionnements communs à toute ma gente.

Pourquoi les questions relatives au féminisme me touchent autant en tant que garçon?

Les différentes réactions face au tsunami

On avait encore les joues engourdies par les rafales de hashtags qu’une nouvelle tempête nous tombait déjà sur le râble : celles des réactions qui sans être complètement hostiles à ce grand déballage étaient souvent teintées d’un certain type de “MAIS”.

Ces quatre petites lettres de rien du tout, qui peuvent aussi bien apporter un éclairage intéressant qu’éteindre la lumière du débat en niant sa légitimité. On les utilise parfois lorsque la phrase pourrait se terminer tranquillement pour la relancer et pour lui donner en fait le seul contenu que le locuteur voulait vraiment faire passer: “bien entendu que c’est un problème mais je pense que “Introduisez ici le vrai message””.

Dans ces réactions, on peut distinguer assez facilement quelques grandes familles:

I) La famille du “ohlalalala, quelle dérive! La société de la délation numérique nous pend au nez, vous avez pas vu l’épisode de black Mirror?”

Sous la plume d’une femme, l’argument passe encore mieux bien sûr et il y a certes un côté effrayant à une sorte de jury populaire organisé à grand coup de RT sur twitter. Mais au final, les réelles dénonciations ont été “infimes”, ou bien suivies d’une véritable plainte de la part de la victime et donc suivi d’une réelle possibilité de défense de la part du présumé coupable. Pourquoi donc cet empressement à se focaliser sur les éclaboussures du pavé gargantuesque qu’on vient de balancer dans la mare?

Parler des travers de la délation dans un tel contexte, c’est sous entendre que les femmes cachées derrière le rideau potentiellement anonymisant de twitter fusillent aveuglément des innocents à la pelle alors qu’il s’agit simplement de femmes qui se permettent enfin d’écarter le rideau de fer qui enclavait leur parole légitime.

II) La famille du “y’a quand même bien plus grave et plus important”

Oui, c’est vrai, tous les problèmes n’ont pas la même “importance”, il y a des choses qui sont plus “graves” que d’autres, des combats évidemment “prioritaires” sur d’autres. On est tous rapides pour déclamer “qu’entre la faim dans le monde et les conditions de travail chez google, on sait bien où il faut mettre des billes”. En attendant, on met bien plus d’énergie à âprement négocier notre augmentation et nos tickets resto qu’à envoyer des biftons pour la recherche d’un vaccin contre le paludisme. (lien externe)

Ce n’est pas parce que mes conditions de vie sont 1000 fois supérieures à celles d’une immense partie de la population mondiale que je ne suis pas légitime pour demander une couverture de santé et un salaire décent. Parce que si ces combats ne sont pas légitimes, pourquoi alors ne pas suspendre toutes affaires cessantes toutes les luttes sociales, toutes les causes et tous les progrès en Europe tant que tous les pays pauvres et exploités de la planète ne sont pas parvenus à notre niveau?

De plus, depuis quand les luttes sont elles antinomiques? Pourquoi serait-on face à des luttes exclusives: contre le sexisme ou contre le racisme? Contre la pauvreté ou contre illettrisme? Allez, choisis ton camps!

Pourquoi lutter contre un type de domination, ça ne serait pas au final lutter contre tous les types de domination? Pourquoi chaque lutte, faite parallèlement ne nous propulserait pas chacune à sa manière une marche plus haut dans l’immense et infini escalier du progrès?

III) La famille de “MAIS tous les garçons ne sont pas comme ça!”.

Et alors? En quoi exactement ça change tous ces témoignages le fait que tous les garçons ne soient pas tous comme ça? Est ce que c’est ce qui est dit? Est ce que ce qui est mis en accusation, ce n’est pas l’ampleur d’un phénomène sociétal plutôt que les individus qui n’en sont que les marionnettes?

Pourquoi ressent-on à ce point le besoin de se dédouaner? Bien entendu que tous les garçons n’ont pas violé ou séquestré des femmes dans leur chambre de Sofitel, c’est pas le propos. D’où vient cet impérieux besoin de minimisation de l’ampleur du phénomène?

On se sent assimilé à des comportements qu’on trouve nous-mêmes évidemment répréhensibles. La ligne de démarcation entre les porcs et les gentils étant aussi nette et tranchée que le couteau d’un maître sushi, on tient à rappeler qu’il y a beaucoup de monde du bon côté, dont nous bien évidemment.

Mais en fait, ce que révèle l’étendu de ces témoignages, c’est que pour qu’un phénomène atteigne une telle ampleur, non seulement il faut que nombreux d’entre nous aient un jour mis l’orteil de l’autre côté de la démarcation mais il est aussi et surtout forcé que ce soit toute la société, jusque dans ses coutures les plus cachées, qui le permette. Nous sommes tous quelque part, “inéluctablement complices” de ce phénomène. Sinon comment expliquer l’émergence dans une telle envergure de ces comportements répréhensibles et souvent non “répréhendés”?

Nous sommes tous forcément co-responsables, à différentes échelles, d’une vision des hommes et des femmes qui favorisent le maintien de cette fameuse culture du viol (lien externe) et des trombes d’infractions sexuelles (lien externe) qui en découlent. Certes, les garçons n’ayant rien à voir avec ces infractions sont nombreux mais nous sommes tous plus ou moins gris lorsqu’il s’agit de notre participation à une société qui tolère ces délits et ces crimes. On peut parler sans craindre l’exagération de “tolérance” lorsqu’on sait que seul 1% des viols feraient l’objet d’une condamnation (lien externe). Il ne faut pas que la binarité de la loi (coupable / non-coupable) nous fasse passer à côté de la non binarité de nos responsabilités dans notre société aux conditionnements complexes.

Toutes nos blagues salaces, tous nos bons mots (qu’on pense un poil limite et qui s’avère être carrément hors-jeu) et surtout tous nos lâches silences face à des situations problématiques alimentent le cœur sexiste de notre société.

C’est de cette manière que nous avons été conditionnés à participer aux abus qui émanent quotidiennement de ce sexisme sociétal. Le déluge d’agressions sexuelles que nous venons ou bien faisons semblant de découvrir est simplement la partie de l’iceberg de ces injustices qui vient à peine d’émerger.

#QuePeuxFaireUnGarçon?

Pour moi, pour nous, la gente masculine, on a quelques cordes à notre arc pour participer à ce progrès qui continuera à être ponctué par des événements de l’apanage de cette grande libération de la parole:

1/ Lire et écouter ces témoignages avec attention. Résister, un temps au moins, à l’envie de tempérer, de minimiser, d’adoucir ou bien pire, de remettre en question. Face à un tel événement et surtout au début, nos enjeux à minimiser ce qui est dénoncé sont trop importants pour ne pas venir polluer ce que nous prétendrons être de la raison ou bien des faits.

2/ Accepter et tenter de comprendre. Il est essentiel d’accepter que nous sommes tous, malgré nos efforts et notre illusion tenace de libre arbitre, forgés par la grande usine à conditionnements qu’est la société. Comprendre et déconstruire cette usine, c’est aussi se donner une chance de déconstruire et donc de reconstruire nos propres conditionnements afin de progresser, espérons-le, vers une meilleure version de nous-mêmes.

3/ S’excuser (lien externe) avec toute la sincérité dont nous sommes capables à chaque fois qu’on se rend compte qu’on a merdé, qu’on a été d’une manière ou d’une autre sexiste. Acceptons le et ne prenons jamais une ligne de défense Nadinesque:

Ce n’est pas parce qu’on a unE meilleurE amiE qu’on est pas capable de faire des blagues dont la lourdeur ferait pâlir un Hanouna au volant d’un char Dassault.

4/ Et puis surtout bosser, bosser, bosser sur ce sur quoi nous avons vraiment prise. Plutôt que d’expliquer à la société entière et notamment aux femmes, à quel point nous sommes “féministes”, travaillons peut-être à notre manière d’être des alliés (lien externe) du féminisme? Œuvrons pour nous reconditionner à voir notre masculinité autrement. Rendons nous compte que de la même manière que les femmes subissent leur formatage, nous subissons également le notre. Pour permettre aux choses d’évoluer, les hommes doivent nécessairement sortir de la cage (certes bien plus spacieuse que celles des femmes) dans laquelle la société les a enfermés.

Mais c’est quoi cette prison au juste?

Et c’est quoi nous, ces choses sur lesquelles on peut bosser? Quelles sont les barreaux derrière lesquels “ce que nous sommes supposés être” nous enferment?

Ce sont ces barreaux là qu’il nous faut peut-être examiner, déconstruire, fondre et remouler dans une forme qui nous aide à franchir ensemble les marches du progrès. (lien externe)

Peut être que pour une fois, nous pouvons lutter “tous ensemble”, chacun de son côté mais côte à côte pour qu’un jour on puisse dire que nous sommes tous tirés de la côte de l’autre.

Peut-être que les femmes, en sortant de leur prison, bien plus étriquée, bien plus étroite, bien plus violente que la notre sont en train de nous jeter des draps pour nous aider à nous faufiler hors de la cage de nos propres stéréotypes?

Il nous faut nous aussi sortir de notre cage(tte), non pas pour tirer une énième fois la couverture sur nos petits pieds, mais car de la même manière que les différents progrès sont concourants, pour créer une société qui permettent aux femmes de se libérer, il faut nécessairement que les hommes se libèrent de leurs conditionnements.

On laisse Eddy conclure avec sa poétique liste des barreaux dans lesquels il s’est personnellement senti enfermé :

Pace é Salute,

Si vous avez aimé cet article: Partagez-le et surtout faites d’internet ce fameux lieu de débats en le commentant ardemment :)

Les 4 meilleures manières de suivre, t’investir et de soutenir ApresLaBiere:

2. Applaudir (en cliquant sur les petites mains) et commenter ici, directement sur ApresLaBiere.fr :)

3. Liker et suivre ApresLaBiere sur facebook, en suivant le tutoriel de Mr Mondialisation:

Comment continuer à suivre Mr Mondialisation sur Facebook en une minute !
S’il vous plaît, prenez une minute de votre temps pour lire ceci. Chercherait-on à décapiter les médias des réseaux…mrmondialisation.org

4. Partager cet article et ce blog sur les réseaux sociaux ou bien directement à tes contacts que ça pourrait intéresser

Autres ressources: