Le flow, c’est cet état de conscience où nous sommes complètement immergés dans la tâche sur laquelle on planche. C’est un phénomène étudié et vulgarisé il y a quelques années par Jean-Michel dont seule la prononciation du nom de famille nécessite un certain niveau de flow : Monsieur Csikszentmihalyi (9) (ouais, c’est pas rien). Le flow, c’est lorsque tous nos neurones sont concentrés sur le moment présent, aucune projection sur ce qui devrait ou pourrait arriver n’émerge à ce moment là.
Lorsqu’une tache nous happe et qu’elle est naturellement tellement engageante qu’elle réquisitionne de fait notre attention, on peut entrer naturellement dans cette zone, où tout cesse de trembler, où tout cesse de s’agiter, comme si nous étions au milieu de l’œil du cyclone de notre vie.
La pratique de la pleine conscience, c’est quelque part comme étendre notre capacité à être dans le flow à n’importe quelle activité. Dans la méditation et dans la pleine conscience, c’est au final une sorte de flow qu’on recherche, sauf qu’on cherche à l’éprouver quelque soit l’activité, engageante ou pas, passionnante ou pas. Quand on parvient à concentrer toute son attention sur le moment présent et sur un truc aussi trépidant que sa propre respiration, c’est qu’on commence à être bien.
Pratiquer la pleine conscience, c’est simplement devenir expert et contrôler un peu plus ses entrées dans cet état de conscience flowesque. Il parait évident que certains contextes se prêtent plus au flow que d’autres. Lorsqu’on grimpe, on est quand même un peu forcé d’y être dans le flow, difficile de ne pas y être quand on est perché en haut d’une paroi et que notre cerveau de chasseur cueilleur nous hurle :
“Mais putain qu’est-ce-que tu branles perché à 25 mètres de hauteur? Y’a même pas de groseilles en haut, ça sert à rien ton truc!”
et déclenche une explosion neuronale dont la complexité n’aurait d’égale que la simplicité de sa signification : “URGEEEEEEEEEEEENCE”. A ce moment là, si le flow s’arrête, si une pensée parasite prend l’intervalle de votre concentration, c’est la chute, et dans l’instinct de notre cerveau de chasseur cueilleur, la possibilité d’une corde est absente donc votre être vous encourage de tout cœur à rester bien au flow.
C’est pour augmenter l’intensité de l’impossibilité des perturbations parasites dans des échelles stratosphériques que certains chasseurs cueilleurs pratiquent l’escalade en “free solo” (escalade sans assurance). Les interviews de ces gens sont d’ailleurs extrêmement ésotériques, philosophiques et passionnantes car quelque part, ce qu’ils recherchent au travers de cette pratique, c’est un “flow” absolu, une sorte d’expérience de vie “TOTALE”. Ils mettent leur vie en jeu pour se donner le bon “incentive” et forcer leur cerveau à ressentir cette sensation de flow extrême qu’on peut assimiler à un bonheur absolu. (10)
Le flow, ça serait donc toutes les expériences intenses où on ressent parallèlement :
Personnellement, j’ai l’impression que des expériences de cet ordre, au final, j’en ai probablement jamais eu. Aucune de mes identités n’a le souvenir d’avoir été à ce point absorbée dans une tache qu’elle aurait loupé l’opportunité d’engloutir un malheureux dragibus passant par là. Mais je me dis qu’en pratiquant, en m’entraînant, en courbant mon environnement (lien externe), je parviendrais peut-être à m’en approcher d’un peu plus près et de plus en plus souvent ?
C’est pour pallier mon incapacité chronique à l’expérience du flow que j’essaie de méditer 20 minutes par jour (je suis pas encore tout à fait un monk, on est d’accord) car s’entraîner à ce genre de pratique, c’est simplement entraîner son cerveau à entrer dans des logiques de flow sans non plus avoir à mettre sa vie sur la table.
Mais ce qui a l’air sublime et incroyablement précieux avec ce sentiment de flow, c’est qu’il s’agirait d’une forme de bonheur qui comble nos deux “moi”, celui de la mémoire autant que celui de l’expérience. La flowitude, c’est parvenir à une forme de plaisir immédiat au service de quelque chose qui nous dépasse.
Se mettre dans les bonnes conditions pour parvenir à cet état de conscience, s’entraîner à mieux le maîtriser (grâce à tous les outils dont on dispose, dont la méditation (lien externe)) c’est permettre et entraîner nos deux moi à unir leurs forces et à enfin tirer dans la même direction !