Quels sont les vrais (super)-pouvoirs de nos cultures ?

Hej hej :),

Le pouvoir de l’inné, le pouvoir de l’acquis, c’est un vaste sujet dans lequel je me suis déjà un peu perdu mais je ne suis plus à un labyrinthe près.

Il y a quelques jours, alors que je profitais pleinement de giboulées anachroniques, un de mes podcasts préférés (1) m’a replongé la tête dans les méandres de ces questionnements. Plus précisément, le podcast évoquait le pouvoir renversant que la culture dans laquelle on se développe, a sur notre manière de penser et de voir le monde. Des expériences permettent de souligner et de caractériser plus précisément l’étendu de ce “pouvoir”.

Le “Michigan Test” (2)

Un chercheur répondant au doux nom de Nisbett s’est penché sur ces questions fascinantes, son procédé expérimental n’est pas sorcier, on montre à tout un tas de personnes issues de cultures différentes des images diverses et variées pendant quelques secondes et on leur demande simplement de dire ce qu’ils ont vu.

Nisbett, trop occupé à bétonner ses protocoles de recherche, ne s’est pas foulé les neurones pour nous sortir de derrière les fagots des cobayes ayant grandi dans des cultures très exotiques. Inuits, pygmées et aborigènes, passez votre chemin, on va commencer par le mainstream :

Comme pour toute bonne étude de sociologie, tous les individus avaient par contre une caractéristique en commun : étudiant en socio.

Il les a par exemple soumis au test suivant “observez attentivement pendant 2 secondes cette image et dites ce que vous voyez” :

Si vous répondez instantanément “3 gros poissons qui nagent dans le même sens”, félicitations, à l’insu de votre plein gré ou non, vous avez une vision du monde bien occidentale.

Si vous rajoutez “et le poisson du milieu, c’est le plus petit des 3 et il fait des petites bulles”, vous êtes un occidental observateur.

Si vous rajoutez “il y a 7 bulles” … bah, comment vous dire … regardez Rain Man …

Par contre, si vous répondez “une scène sous-marine avec des poissons, des algues, une grenouille”, soit c’est l’occident qui est passé à côté de son formatage, soit ce sont les dommages collatéraux de vos overdoses de manga adolescentes.

Et c’est au travers des réponses à ces questions que Nisbett et son collègue Masuda se sont aperçus que le regard des orientaux était beaucoup plus globalisant, plus “holistique” que celui des occidentaux. Les orientaux ont tendance à ne pas se focaliser sur des objets spécifiques, ils observent la scène dans sa totalité, un peu comme lorsqu’on se laisse imprégner par la totalité d’une peinture sans en observer les détails. Pour les orientaux les choses n’ont aucune valeur en elles-mêmes, elles ont une valeur car elles font partie d’un tout, car elles sont liées à d’autres éléments, elles s’intègrent à un contexte donné.

La plupart des américains quant à eux ne se sont pas rendus compte de la présence d’une grenouille nageant tranquillement au centre de l’image mais ayant attentivement scruté les 3 gros poissons au centre, ils sont par contre capables de les reconnaître facilement dans d’autres images. C’est parce qu’ils les ont observé comme des éléments à part entière, détachés de leur contexte (le fond de l’image, les autres éléments disposés autour) qu’ils peuvent les reconnaître même lorsque ceux-ci sont superposés à des fonds différents de celui sur lequel ils les ont observé originellement (le magnifique fond vert là vous savez), performance à priori difficile chez les sujets orientaux.

Ceci donne à mon incapacité chronique à reconnaître les gens une caution scientifique dont j’ai toujours rêvé : “non je ne te reconnais pas du tout, je suis sincèrement désolé, mais tu vois, c’est mon éducation quart-vietnamienne, c’est dur pour moi de te dé-contextualiser, tu comprends”. Ça passe beaucoup mieux que le “non non, en fait je vois ABSOLUMENT pas qui t’es, tu me dis vraiment rien, c’est fou ces blancs quand même !”.

Mais cette excuse n’est disponible qu’aux orientaux car le regard des américains lui (et des cultures occidentales) semble se focaliser en détail sur les éléments les plus gros, les plus aux centre de l’image. Ces objets là, sur lesquels se porte ce type de regard existent par conséquent par eux-mêmes, ils peuvent être définis par “leurs” attributs qui ont été observés en détail et qui ne dépendent par conséquent pas du contexte dans lesquels on les observe.

La tendance est joliment résumée par l’analogie photographique :

« The Americans are more zoom and the East Asians are more panoramic, »

Culture haut contexte VS bas contexte (3)

C’est cette capacité à s’imprégner et à être sensible à tous les objets, à la scène et aux situations dans leur globalité qui expliquent que les sociétés orientales sont bien plus sensibles au contexte que les nôtres. C’est en partie pour cette raison que les cultures orientales sont dites à “haut contexte” où une grande partie de l’information n’est pas dite de manière explicite (car déjà contenue dans le contexte justement). J’avais déjà effleuré le sujet dans l’article sur l’interculturalité (lien externe).

C’est ce “haut contexte” qui expliquent pourquoi les panneaux dont l’objectif est d’éviter qu’on piétine la belle pelouse des parcs chinois ressemblent à ça :

Et pendant que l’herbe orientale essaie de subrepticement inciter les sauvageons à ne pas la piétiner, l’herbe occidentale se laisse un petit peu moins marcher sur les “pieds” :

On sent bien quand on voit la pancarte, que l’intrus n’est pas le point d’exclamation, mais le “please” qui a autant sa place sur la pancarte qu’un dauphin sur un chemin de randonnée (n’évoquons même pas le “thank you” taille 8)

C’est cette sensibilité au contexte que dénote de manière évidente une autre étude de Masuda qui ne s’est refusé aucun progrès technologique en traquant les mouvements de la pupille de ses cobayes pour savoir ce que précisément ils regardaient. Dans cette étude on s’aperçoit que dans la photo suivante :

les sujets japonais, pour juger le degré de bonheur du personnage au premier plan, vont également regarder les expressions des gens en arrière-plan et vont par conséquent le juger bien moins heureux que sur la photo ci-dessous :

Les américains quant à eux, trouvent le personnage tout aussi content dans un cas comme dans l’autre.

Et ceci s’explique lorsqu’on on comprend ce que les sujets ont “choisi” d’observer en analysant le trajet des regards :

Du regard au “Quand on veut, on peut !”

Et lorsqu’on pousse plus loin l’expérimentation, on réalise que ces différences d’interprétation s’appliquent à toutes les situations auxquelles les individus sont confrontées. Par exemple, les occidentaux vont avoir tendance à donner énormément d’importance à l’influence des traits personnels dans ce qui arrive aux autres :

“ s’il s’est mangé les dents sur le trottoir, c’est tout simplement parce qu’il ne sait pas marcher ”

Notre positionnement s’avère par contre être beaucoup plus “clément” lorsque nous tombons nous-mêmes toutes dents contre terre, dans ce cas-là, pas plus de remise en question que ça, ni une ni deux, les explications qui nous dédouanent commencent à gibouler :

* “ Ce trottoir est vraiment dans un sale état ”
* “ C’est le bus qui m’a fait peur en passant trop près, j’en ai perdu l’équilibre ”
* “Mais c’est pas une hauteur pour un trottoir ça, il nous ont pris pour des juments les urbanistes ?”

Et c’est cette surestimation de l’influence des traits personnels chez les autres que ne semblent pas pratiquer (ou bien “moins”) les asiatiques, qui restent sensibles aux informations de contexte — qu’il s’agisse de ce qui leur arrive ou de ce qui arrive à leur voisin. Pour eux, quelque part, c’est toujours un peu de la faute des urbanistes si on se plante la tête dans les trottoirs. De là à dire que la culture occidentale nous formate à ingurgiter sans trop broncher le fameux “quand on veut, on peut” (4), il n y a qu’un pas que personnellement je franchis allègrement.

Mais surtout, ce qu’illustre toutes ces expérimentations, toutes plus incroyables les unes que les autres, c’est que le pouvoir de la société et de la culture est quasi-infini.

Non seulement, notre culture nous donne les clés de lecture et d’interprétation de ce que l’on observe mais elles vont même jusqu’à nous dicter ce que l’on “choisit” de vraiment observer.

Nos gênes sont peut-être notre palette (et oui tu viens de comprendre la photo de couverture) de départ mais ces études tendent à montrer que notre environnement et notre culture ont autant de pouvoir sur nous que des peintres sur leurs toiles et pourraient tous nous transformer en chefs-d’oeuvre. De la même manière qu’il est évident qu’un peintre peut faire un chef d’oeuvre avec un bout de charbon et que je peux faire une croûte avec 36 millions de couleurs et une palette graphique, notre société peut faire de nous des monstres comme des humains magnifiques et ce quelque soit notre palette génétique de départ.

Et c’est pour inventer et construire cette culture qui nous sublime tous qu’il faut que nous nous battions tous !

Pace é Salute,

Si vous avez aimé cet article: Partagez-le et surtout faites d’internet ce fameux lieu de débats en le commentant ardemment :)

Les 4 meilleures manières de suivre, t’investir et de soutenir ApresLaBiere:

2. Applaudir (en cliquant sur les petites mains) et commenter ici, directement sur ApresLaBiere.fr :)

3. Liker et suivre ApresLaBiere sur facebook, en suivant le tutoriel de Mr Mondialisation:

Comment continuer à suivre Mr Mondialisation sur Facebook en une minute !
S’il vous plaît, prenez une minute de votre temps pour lire ceci. Chercherait-on à décapiter les médias des réseaux…mrmondialisation.org

4. Partager cet article et ce blog sur les réseaux sociaux ou bien directement à tes contacts que ça pourrait intéresser

Quelques res-sources :

(1) — Podcast “You’re not so smart” episod 127 — Selfie (lien externe)
(2) — La présentation qui résume ces recherches : http://slideplayer.com/slide/12107978/ (lien externe)
(3) — Wikipedia: High context Culture VS Low context Culture (lien externe) 
(4) —Pourquoi ne pas croire au libre arbitre pousse vers la gauche (lien externe)