Se changer ou bien changer le monde ?

(Si vous n’aimez pas/n’avez pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

Tout le monde en appelle au “changement” et à la “transition”. La société toute entière est en suspens, nos jambes pendent dans le vide, la porte du bi-moteur est ouverte et on espère qu’en attendant un peu plus longtemps, il nous poussera un parachute dans le dos.

Personnellement, je pense que ce « changement » que l’on sait et sent nécessaire, il passe par l’évolution de nos consciences (lien externe), par le développement de notre capacité à maîtriser les conséquences de notre puissance plutôt que de continuer à développer notre puissance d’agir. Agir sans conscience, c’est comme courir sans tête, allez demander à tous les poulets d’antan si ça ne leur a jamais réussi.

Mais cette évolution que l’on souhaite, c’est en se changeant soi-même ou bien en changeant le système qu’on y participera le mieux ? Développement personnel ou (ré)-volution ?

I) Mais c’est quoi cette évolution de la “conscience” ?

Tim Urban parle de ce qui caractériserait selon lui cette prochaine “marche de la conscience” dans son magnifique article “a religion for the non-religious (lien externe)”. Il divise cette marche en sous-marches pour rendre l’objectif envisageable, entendable et “éprouvable” au cours d’une courte vie humaine.

Ces sous marches, les voici :

Sur la sous marche 1 (la marche actuelle, celle où nous nous trouvons par défaut) : ça sent le gaz et le brouillard, on ne se rend même pas compte qu’on est sur un escalier, on agit avec le même niveau de réflexion qu’un tweet d’Elon Musk.

Sur la sous marche 2 : le brouillard se dissipe et on parvient à se rendre compte qu’il existe un contexte à notre vie, des choses autour de nous, des histoires anciennes et d’autres à venir.

Lorsque quelque chose de très positifs nous tombe dessus, la manière de voir cet événement est différente suivant que nous sommes dans le brouillard de la sous-marche 1 ou bien dans l’éclaircie de la sous-marche 2 :

Il en va de même lorsque tout ne va pas selon nos souhaits :

Ensuite il y a la sous-marche 3 où on parviendrait, à tout moment de notre vie, à prendre nos décisions, à faire nos choix tout en ayant conscience que nous ne sommes qu’une somme d’atomes au milieu d’un univers infiniment plus grand que nous :

Et puis infiniment plus long aussi :

Enfin sur la sous-marche 4, on réalise que cet univers quasi-infini que l’on vient tout juste d’appréhender sur la sous-marche 3 n’est lui même qu’une infime partie de la réalité. Sur la sous-marche 4, on prend conscience à tout moment que la réalité “totale” est insondable et qu’une infinité de connaissances nous échappera par définition à jamais (à fortiori pour les quelques décennies qui nous restent à vivre).

Alors bien entendu, comme nous le rappellerait surement Jaquo qui ne perd pas une occasion de nous montrer que sa réflexion himalayenne n’a pas perdu un mètre de sa superbe : si on veut avancer, si on veut commencer à élever notre conscience (au sens de Tim Urban), il faudrait peut-être qu’on se bouge notre petit fion de pauvre avant de nous plaindre du système qui ne nous laisseuuuuuuuuh pas avancer !!!

Et bien sûr, à l’insu de son plein gré, il y a une part de vérité dans ce qu’il dit. Evidemment, le changement commence (ou en tous les cas passe) forcément à un moment ou à un autre par un changement individuel, nous ne serions pas autant dans la merde si nous étions tous un peu moins égoïstes et plus rationnels. Le système politique, économique et financier ne serait pas aussi inégalitaire et fou si nous n’étions pas tous en train d’essayer, d’une manière ou d’une autre, de tirer la couverture à nous. Rappelons à ceux pour qui il ne s’agit pas d’une évidence que certains tirent des milliards de milliards de fois plus vigoureusement que les autres.

II) Le changement individuel : le fameux développement personnel

Ce que nous pouvons faire individuellement, c’est devenir plus conscient de notre fonctionnement ainsi que de son rapport avec notre environnement : notre société humaine.

Et une fois que nous aurons gagné un peu de cette clairvoyance, nous pourrons l’utiliser pour nous modeler en fonction de ce que la voix qui émane de nos tréfonds nous souffle à l’oreille.

En lisant des articles de neuro-sciences et en m’observant, je peux ressentir et comprendre les réactions que provoque une application comme “Tinder” sur mon cerveau (cet exemple est pris totalement au hasard, cela va de soi …). De là à maîtriser ses réactions, il n’y a qu’un (grand)-pas … En tous les cas, j’entends avec plus de clarté mon moi profond qui hurle au beau milieu de la tempête de mes sensations quotidiennes :

“Mais qu’est-ce que tu perds ton temps là-dessus ? T’en connais pas déjà assez des filles hyper cools avec qui tu ne prends même pas le temps de siroter un demi-perrier ?”

Est-ce que notre progrès individuel, ce n’est pas de tous les jours essayer de gagner un degré de liberté supplémentaire en réfléchissant, en comprenant et en méditant sur nos (dys)-fonctionnements et sur les causes de nos actions ?

Pourquoi ce besoin de vacances sur de très très belles plages, très très loin ?

Pourquoi suis-je aussi sensible aux suggestions d’amazon ?

Pourquoi cette étrange impression que Spotify connait mieux mes goûts musicaux que moi-même ?

Pourquoi nous semble-il logique de passer des heures et des heures (3h50 en moyenne hors travail) tous les jours derrière un écran tout en étant bien incapables de dire ce qu’on y fait vraiment ?

Pourquoi me semble-il impensable d’arrêter de prendre l’avion alors que mon cerveau d’ingénieur comprend bien que si tout le monde s’y met, nous allons cocotteminutiser le monde à la vitesse d’un typhon ?

Pourquoi ce soudain besoin de nourriture “organique” et d’épicerie artisanale ? Pourquoi ceci et cela ? ;)

C’est en nous auscultant et en nous comprenant que nous (re- ?)trouverons notre pouvoir d’agir sur l’usage de notre bien le plus précieux : ce temps dont l’ “économie de l’attention” (1) nous détrousse après nous avoir appris à regarder ailleurs.

Donc oui, il faut que je me comprenne, il faut que je me remette en question car je fais forcément partie du problème. Si je reproduis à mon niveau ce contre quoi je lutte à un niveau supérieur, alors ma lutte peut devenir stérile et contre-productive car

lorsque la fin commence à justifier les moyens, alors le combat devient vain

Je reflète par mes actions les mauvais conditionnements sociétaux dans lesquels j’ai baigné et si petit à petit ces reflets s’estompent, alors c’est le problème global qui lui aussi s’estompe.

III) Se changer soi-même, certes ! Mais “oubliez les douches courtes”

Mais est-ce suffisant ? Comme les auteurs d’happycratie (lien externe) le dénoncent, il ne faut pas que notre manque d’ambition pour le monde allié à notre individualisme prennent la forme d’un développement uniquement égo-centré, complètement détourné des enjeux sociétaux. On est tous d’accords que pour changer le monde, il faut qu’on incarne et qu’on soit tous ce fameux “changement qu’on souhaite pour le monde”.

Encore faut-il aussi vouloir le changer … tout simplement …

Et ce que la société peut et doit faire, c’est à minima de rendre possible (ou plutôt “ne pas rendre impossible”) cette prise de conscience individuelle qui derrière peut aboutir à des solutions collectives. Comment peut-on espérer la prise de conscience d’une majorité d’entre nous alors que la société et ses structures sont pensées pour que nous n’ayons justement pas besoin de réfléchir.

Et pourtant la société aurait tout à gagner à ce que nous soyons un peu plus à même de raisonner. Dans son livre “réinventer les organisations (lien externe)” (2), Laloux explique bien que les entreprises (“entreprises opales” selon son modèle) qui s’en tirent le mieux dans un univers complexe sont celles qui ont une mission claire et partagée et dont tous les membres ont le maximum de “pouvoir d’agir” et de conscience.

Notre entreprise “espèce humaine” n’a jamais été dans un contexte aussi complexe. Pour s’en convaincre, il suffit de méditer pendant quelques secondes sur le chiffre suivant :

“En 2018, tous les deux jours, le monde crée autant d’informations/de données que ce que l’humanité toute entière a crée de son origine à 2003.”

Dans cette complexité terrible, si nous voulons nous en sortir, il nous faut donc :

1. Une mission, un nouveau récit au nom duquel l’humanité parviendra à collaborer efficacement en vue de meilleurs lendemains (Harari en parle dans tous ses livres (3)).

2. Développer la conscience et le pouvoir d’agir de chacun des individus afin qu’à son niveau, il puisse faire les bons choix, “bons” au sens que ces choix iront dans le sens du récit commun.

Ce récit, c’est sociétalement et collectivement que nous devons l’écrire, 7 milliards de récit différents, ça sent tout de suite moins bon la coopération.

Et ce pouvoir d’agir, c’est bien au niveau sociétal qu’il faut l’encourager et le permettre. Même si nous nous transformons en une armée de colibris, sans l’aide des gros animaux, sans l’aide de toute la structure sociétale forestière, la forêt cramera quand même, quoiqu’en dise notre Pierrot national.

Le récit est par définition collectif et la meilleure manière de s’assurer que chaque individu développe cette meilleure conscience, c’est d’en faire un enseignement, une mode systémique. Il faudrait que le but de l’éducation soit, non pas de faire un bon “innovateur”, un bon “salarié” ou bien un bon “consommateur” mais d’éduquer les individus pour en faire des citoyens les plus conscients possibles.

Et finalement, ce modèle d’éducation là, c’est peut-être ça le récit pour demain : construire une société qui élève le niveau de conscience de l’humanité. Une humanité qui serait convaincue qu’elle n’est pas le stade ultime de la conscience (en partant du principe discutable que la conscience est quelque chose de linéaire), simplement une étape parmi une infinité et qu’il est de notre devoir et de notre intérêt de continuer à grimper les marches de cet escalier fascinant.

C’est exactement ce dont parle Tim Urban dans son post où il décrit sa “religion pour les non-religieux (lien externe)” qui n’est rien d’autre que ce récit là, où nous nous rassemblerions tous derrière l’envie et le besoin de faire avancer notre espèce vers plus de conscience.

Passer non pas de l’homo sapiens à l’homo deus comme le craint Harari dans son livre du même nom mais plutôt de passer de l’homo Sapiens à l’homo conscentius.

C’est en se balançant agilement d’un pilier du changement à l’autre, du développement personnel à la r-é-volution, que tous les entrepreneurs de ce changement que nous appelons tous, parviendront à nous faire progresser dans la complexe jungle de notre histoire.

C’est justement pour participer à cette périlleux équilibre que j’ai créé deux blogs :

ApresLaBière (lien externe) où nous tenterons de “Comprendre le monde pour mieux le changer

Et AvantLeCafé (lien externe) où nous essaierons de “se comprendre pour mieux se changer

Pace é Salute,

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Quelques res-sources :

(1) — Le concept d’ “économie de l’attention (lien externe)
(2) — La conférence (lien externe) de Laloux sur son livre “Reinventing organizations”
(3) — “Sapiens, une brève histoire de l’humanité” et “Homo Deus, une brève histoire de demain”