Ce que nous pouvons faire individuellement, c’est devenir plus conscient de notre fonctionnement ainsi que de son rapport avec notre environnement : notre société humaine.
Et une fois que nous aurons gagné un peu de cette clairvoyance, nous pourrons l’utiliser pour nous modeler en fonction de ce que la voix qui émane de nos tréfonds nous souffle à l’oreille.
En lisant des articles de neuro-sciences et en m’observant, je peux ressentir et comprendre les réactions que provoque une application comme “Tinder” sur mon cerveau (cet exemple est pris totalement au hasard, cela va de soi …). De là à maîtriser ses réactions, il n’y a qu’un (grand)-pas … En tous les cas, j’entends avec plus de clarté mon moi profond qui hurle au beau milieu de la tempête de mes sensations quotidiennes :
“Mais qu’est-ce que tu perds ton temps là-dessus ? T’en connais pas déjà assez des filles hyper cools avec qui tu ne prends même pas le temps de siroter un demi-perrier ?”
Est-ce que notre progrès individuel, ce n’est pas de tous les jours essayer de gagner un degré de liberté supplémentaire en réfléchissant, en comprenant et en méditant sur nos (dys)-fonctionnements et sur les causes de nos actions ?
Pourquoi ce besoin de vacances sur de très très belles plages, très très loin ?
Pourquoi suis-je aussi sensible aux suggestions d’amazon ?
Pourquoi cette étrange impression que Spotify connait mieux mes goûts musicaux que moi-même ?
Pourquoi nous semble-il logique de passer des heures et des heures (3h50 en moyenne hors travail) tous les jours derrière un écran tout en étant bien incapables de dire ce qu’on y fait vraiment ?
Pourquoi me semble-il impensable d’arrêter de prendre l’avion alors que mon cerveau d’ingénieur comprend bien que si tout le monde s’y met, nous allons cocotteminutiser le monde à la vitesse d’un typhon ?
Pourquoi ce soudain besoin de nourriture “organique” et d’épicerie artisanale ? Pourquoi ceci et cela ? ;)
C’est en nous auscultant et en nous comprenant que nous (re- ?)trouverons notre pouvoir d’agir sur l’usage de notre bien le plus précieux : ce temps dont l’ “économie de l’attention” (1) nous détrousse après nous avoir appris à regarder ailleurs.
Donc oui, il faut que je me comprenne, il faut que je me remette en question car je fais forcément partie du problème. Si je reproduis à mon niveau ce contre quoi je lutte à un niveau supérieur, alors ma lutte peut devenir stérile et contre-productive car
lorsque la fin commence à justifier les moyens, alors le combat devient vain
Je reflète par mes actions les mauvais conditionnements sociétaux dans lesquels j’ai baigné et si petit à petit ces reflets s’estompent, alors c’est le problème global qui lui aussi s’estompe.