Merci beaucoup Anthony OZIER-LAFONTAINE pour ce retour aussi fort que fin, aussi juste que…

Merci beaucoup Anthony OZIER-LAFONTAINE (lien externe) pour ce retour aussi fort que fin, aussi juste que construit !

Merci pour le “visionnaire”, je ne pense vraiment pas l’être, j’ai l’impression d’avancer, de comprendre des choses qui me font voir les choses d’une nouvelle manière et je vois que ça intéresse d’autres alors comme j’aime bien partager ce que j’ai aimé découvrir, j’en profite simplement, je crois que ça va pas chercher bien plus loin.

CONSCIENCE ?

Hahahahahaha pour la critique sur la conscience, effectivement, peu de mots sont aussi valises que celui-là, je rajouterai à ta liste « énergie » qui peut parfois prendre des formes plus ésotériques les unes que les autres

Donc, en effet, attention au terme « conscient », je suis complètement d’accord. Je pense même qu’il faudrait que ça fasse l’objet d’un article en soit, si on veut aller vers un « Homo Conscientus », quel serait la définition précise de conscience ?

Pour ma part, quand j’emploie le mot conscience, ce que je veux dire c’est : « la capacité d’un système à exécuter ses actions en fonction des conséquences prévues de celles-ci ». Pour moi avoir conscience, c’est essayer d’accorder sa pensée long terme avec ses actions à court terme. C’est en ce sens que l’humanité, en ce moment précis, n’a pas l’air d’être consciente, dans le sens où ses actions et ses décisions à court terme ne semblent pas à la mesure de ses prévisions à long terme.

DUNBAR ?

En ce qui concerne le nombre de Dunbar, oui, tu as raison, dans mon exposé, mon hypothèse de départ devient fausse quand je parle des techniques de communication qui ont « déjà » augmenté ce nombre. Il faudrait l’exposer différemment pour respecter la logique. Lors de la prochaine conf, je pense continuer à parler de Dunbar et des limitations physiologiques de nos cerveaux car prévu pour des bandes 150 au paléolithique. J’insisterai plus, plus clairement et plus tôt sur le fait que nous sommes déjà parvenus à fonctionner à plus de 150 grâce aux techniques de télécommunication. Plus j’y pense et plus je me dis que j’ai utilisé le nombre de Dunbar comme une métaphore de nos limitations, comme un concept « pédagogique » visant à mettre en évidence notre incapacité actuelle à gérer un système aussi complexe qu’une humanité globalisée de 7 milliards d’individus.

Pour être rigoureux, il faudrait inventer un autre nombre, le nombre « Bergson » par exemple qui serait la quantité d’humain gérable avec le supplément d’âme global d’une civilisation et des ses membres à un temps donné. C’est ce que tu dis lorsque tu dis

Pour faire grimper ce nombre de « Bergson » global, il y a je pense 2 leviers/critères sur lesquels on pourrait jouer :

Sur quels objets concrets, et par quels mécanismes reposent nos limites actuelles (nombre de Bergson) ? A priori pas par nos limites physiologiques qui à priori n’ont pas beaucoup changé en quelques milliers d’années (cf le nombre de Dunbar). Là où la baleine commence à se cacher sous le gravillon, c’est, je pense, au niveau du nombre de « Bergson ». L’object concret sur lequel pourrait reposer l’augmentation de ce nombre pourrait par exemple être comme le dit Harari : une fiction commune à l’échelle mondiale.

Qu’est ce qui permet à une nation de fonctionner à l’échelle de la nation ? Une histoire commune que raconte cette idée de nation justement.

Qu’est ce qui nous permet de fonctionner à l’échelle du monde ? Une histoire commune, le capitalisme, le conte de la « valeur » de l’argent. Là où on commence à paniquer, c’est lorsqu’on se rend compte que cette histoire n’est pas forcément « durable » et nous pousse à prendre des risques sans en être tout à fait « conscient ».

En écrivant je me dis que ce qui provoque ce sentiment que l’humanité n’est pas consciente aujourd’hui vient d’un décalage d’échelle entre les prévisions et les actions. Si on définit comme je l’ai fait plus haut la conscience comme étant la capacité à allier ses actions court terme en fonction de ses prévisions à long terme, alors il parait judicieux de placer l’échelle de nos actions à la même échelle que celle de nos prévisions. Si on est capable de connaître les conséquences à long terme de l’activité humaine sur le système global, il nous faut absolument la compétence de gérer, au moins certains curseurs, au niveau global sinon nous aurons toujours ce sentiment de « non conscience ». Imaginons un cerveau qui reçoit l’image de son corps en train de tomber et qui ne peut pas contrôler les bras pour amortir la chute, quel supplice pour lui de se regarder tomber sans pouvoir rien faire. C’est précisément le cas de notre société aujourd’hui. Les prévisions scientifiques nous indiquent que certaines actions sont nécessaires à l’échelle mondiale mais personne n’a la main sur le volant mondial.

En fait, quelque part, ma terminologie n’est peut-être pas la plus judicieuse, nous sommes conscients (au sens classique) et c’est peut-être même ça le pire 😊

Tu as complètement raison lorsque tu dis que :

Pour être complètement transparent, la notion qui me tarabiscote le plus en ce moment, c’est le lien entre les 3 chiffres que j’ai commencé à décrire ci-dessus :

La logique voudrait que le nombre de Bergson (capacité totale) soit calculable à partir d’une combinaison des deux suivants. Mais pour être honnête, plus je réfléchis et moins je suis sûr de savoir s’il s’agit d’une multiplication ou d’une division (ce qui changerait tout …).

Pour être plus clair, est-il intéressant pour avoir un système global plus conscient (au sens défini plus haut) d’avoir à la fois des règles et une histoire globales plus efficaces et des entités (ici : individus) plus conscientes (fort nombre de Dunbar et fort indice “collectif / réseau”) ou bien vaudrait-il mieux au contraire avoir des règles plus globales plus efficaces mais des entités beaucoup plus simples donc quelque part beaucoup moins conscientes (fort indice “collectif / réseau” mais très faible nombre de Dunbar) ? Dans le cerveau, n’est-ce pas la simplicité du comportement des neurones qui permet la complexité et la conscience du tout ?

Ça me fait beaucoup penser à ce passage du meilleur des mondes de Huxley, qui m’a toujours marqué et qu’Harari a repris dans son dernier livre. Dans ce passage, on se rend compte que c’est le conditionnement grande échelle qui permet à la société à la fois complexe et effrayante de fonctionner sans « accroc », sans guerre, sans famine, sans conflit mais aussi et c’est là que le bât nous blesse : sans héroïsme, sans grandeur, sans liberté, sans risque et donc sans vie.

https://drive.google.com/file/d/1EvgAEMDzsa143pqhWfcf5LxGkh78mt6z/view?fbclid=IwAR0uFXFAQ6CJDWup4c6hwxgBgEKmiPcIx1Q5cYQggaNbji85gsi-6lN3yUk (lien externe)

La question que nous pose cet échange est celle là :

« Jusqu’où sommes -nous prêts à aller pour plus de paix et de tranquillité, pour que notre monde fonctionne avec le moins de drames et de guerres possibles ? », « quel prix collectif sommes-nous prêts à payer pour avoir et connaitre la liberté individuelle de souffrir, de dépasser ses conditionnements et donc de se dépasser ? ».

Serions nous prêts à renoncer à une souveraineté individuelle pour le bien du tout ? Est ce que le but, c’est que le collectif, la société entière développe une capacité à agir ou bien que nous développions notre “capacité à agir”, notre “conscience” ?

Et la réponse est pour moi, loin d’être évidente :)

A bientôt,