Greta Thunberg, un des chainons manquants entre Homo Sapiens et Homo Conscientus ?

(Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

Il y’a quelques années, je me suis intéressé aux projets d’Elon Musk (Space X (1) et Neuralink (2) plus particulièrement) puis j’ai été tout aussi fasciné par les discours et l’activisme de Greta Thunberg.

1) Quels sont les points communs entre ces deux personnages ?

Les deux partagent des comportements qui peuvent les rendre étranges à « nos » yeux, c’est-à-dire aux yeux des gens qui rentrent dans la norme actuelle. Socialement, ils ont l’air de tomber un poil « à côté », on sent bien qu’ils essayent mais ce n’est pas tout à fait ça ; contrairement à un Obama qui, quel que soit le contexte, semble être à l’aise, comme un poisson dans l’eau ou bien comme un occidental dans un supermarché en 2019.

Les deux présentent des traits associés au spectre de l’autisme. Dans le cas de Greta, elle a été diagnostiquée à 11 ans comme « souffrant » d’une forme d’autisme particulière appelée syndrome d’Asperger (parallèlement on lui a diagnostiqué toute une ribambelle de trucs qui n’ont pas l’air de faire rigoler(3)). Dans le cas d’Elon Musk (4), rien n’a jamais été ni confirmé ni infirmé mais de nombreux témoignages et écrits décrivent des comportements qui colleraient au même syndrome.

Qu’importe finalement que ces traits de caractère associés au spectre de l’autisme (et plus spécifiquement au syndrome d’Asperger) soient, chez Elon Musk, dus ou non à un syndrome diagnostiqué. Ce qui est intéressant dans notre cas, ce sont les traits développés et non leur origine.

2) Quels sont ces traits ?

Ce dont Greta et Elon semblent tous deux capables, c’est d’une sorte d’« hyper rationalité » de l’action découlant parfois sur des comportements qualifiés de « robotiques ». Les personnes souffrants d’autisme savant sont d’ailleurs souvent traités de « machine » et d’ « homme-robot ». Utiliser ce genre de qualificatifs n’est pas innocent, ce faisant, on les exclut de l’humanité alors que nous devrions justement faire le contraire :

considérer leur diversité comme une des possibilités que l’évolution offre à notre humanité commune.

Et dans une époque comme la nôtre, où le contexte semble chaque jour réduire le champ des possibles, les possibilités supplémentaires ne sont pas du luxe.

Greta et Elon ont cette capacité d’hyper rationalité de l’action en commun et dans des proportions ahurissantes. De plus, ils dirigent tous deux leur action et leur énergie dans une direction qui « me » touche, une direction où l’humanité semble avoir moins de chance de perdre pied et honnêtement, c’est déjà pas si mal.

Pour ceux (et je sais qu’ils sont nombreux) qui pensent qu’Elon Musk n’est qu’une autre version de Jeff Bezos, regardez simplement cette courte vidéo où il explique comment il a compris, à 13 ans, qu’étant donné le flou artistique dans lequel l’humanité se trouvait, la seule chose pertinente que nous pouvions faire était de développer la conscience humaine :

Pour participer à cet aiguillage de l’humanité vers de meilleurs lendemains, ils semblent tout deux réfléchir autrement, comme s’ils avaient une capacité supérieure à la moyenne à aligner leurs actions avec leur compréhension rationnelle des risques encourus par notre société à long terme.

Lorsqu’on écoute les discours de Greta, on se rend compte qu’elle semble « connecter » instinctivement et organiquement les prévisions long terme avec ce qu’il faudrait faire. C’est exactement comme si elle était plus « consciente », jusque dans sa chair, des risques de notre histoire terrienne à venir. C’est comme si ses mécanismes émotionnels étaient plus évolués que la moyenne et intégraient profondément les enjeux mondiaux à long terme :

Elle explique par exemple que lorsqu’on lui a appris à 8 ans l’existence du changement climatique, elle s’est demandée :

Et effectivement, si nous sommes purement rationnels, si nous prenons assez de recul, nous lui donnons “raison”. Si nous sortons de notre propre quotidien et de nos envies de voyage, nous partageons ce sentiment qu’il est irréel de rester planter là, à vaquer à nos occupations « classiques », à attendre que ça chauffe. Non pas que ce que nous fassions ne soit pas « important ».

Seulement quand tu sais qu’un tsunami se forme au large, tu ne t’étales pas de la crème solaire.

Et pourtant, aussi conscients de la catastrophe imminente que nous sommes, nous ne sommes que trop capables de revenir à nos préoccupations ordinaires. #LeBâtBlesse.

3. Ce sont ces traits de caractère qui manquent aujourd’hui à notre humanité globalisée

C’est précisément cet alignement entre nos actions et nos prédictions qui semble collectivement nous faire affreusement défaut. Nous sommes comme un organisme en chute libre, voyant le sol se rapprocher avec force de détails et pourtant incapable de mettre ses bras devant afin d’amortir le choc inexorable.

La thèse développée par Sébastien Bohler dans son livre « Le bug humain » (7) est que l’évolution explique pourquoi nous aurions tant de mal à penser le long terme. Dans notre cerveau s’est développé en quelques millions d’années le « striatum », une structure nerveuse provoquant la sensation du plaisir immédiat. Utile pour notre survie hier - car encourageant à consommer, se reproduire ou s’assurer un statut social qui garantit la supériorité de l’individu sur le court terme - elle est un frein aujourd’hui à ce qu’on parvienne à agir en fonction des prévisions long terme pour l’humanité.

Il est grand temps, soit d’apprendre à débrancher notre striatum (8), soit d’apprendre à le brancher autrement :

C’est donc que son striatum est bien connecté et que le moteur de son action est, comme toute l’humanité, les émotions : la peur, la joie, la colère, etc. La différence réside dans les événements et les faits qui lui déclenchent ses plus fortes émotions. Ce ne sont pas des mauvaises interprétations instinctives qui déclenchent sa peur (ce que serait la panique du vertige lorsqu’on est assis dans un baudrier par exemple), mais ce que notre raison scientifique nous prédit. C’est comme si ses émotions étaient déclenchées plus rationnellement que la moyenne.

Nous devrions développer une culture où tout un chacun serait capable de mettre son striatum en sourdine en fonction du contexte. Le nom complet de notre nouvelle espèce pourrait alors devenir :

Homo Conscientus Striatum Surdus

La transition vers l’Homo Conscientus est déjà en cours, Greta est LOIN d’être la seule. Il n’y a pas besoin d’être atteint par le syndrome d’asperger pour pouvoir mettre son striatum en quarantaine. Le fait que notre système, pour des raisons complexes, l’ai retenue à elle plutôt que d’autres, ne pollue en rien son message qui est clair et ne semble pas sortir de la bouche d’un “gourou apocalyptique” (10) :

Il faut la soutenir, non pas, parce qu’elle serait le messie mais simplement car elle exprime avec brio ce qu’une partie de sa génération pense déjà et que ses discours peuvent servir à convaincre la partie restante. Les jeunes générations actuelles semblent globalement plus “homo conscientus” que celles de leurs parents. Elles paraissent moins “capables” de s’enterrer la tête dans le sable et de faire comme si le changement climatique était une entité qui allait venir s’asseoir à la table des négociations de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

Les générations actuelles savent, ressentent et agissent en intégrant une donnée essentielle :

Le climat n’est pas négociable. Il ne constitue pas une de nos variables d’ajustement, nous sommes l’une des SIENNES. Nous serons l’espèce animale qui réussira à se rentrer l’importance du très long terme dans le crâne à grand coup de pioches climatiques ou bien nous ne serons plus.

4. Au lieu de trouver cette hyper rationalité des émotions étrange, célébrons et cultivons-la !

Il serait judicieux que nous soyons tous le plus moteur possible dans cette évolution radicale et que ça ne nous prenne pas le même nombre de millions d’années qu’il a fallu à nos ancêtres pour sortir de l’instant présent. C’est d’ailleurs pour ça qu’il vaut mieux se battre pour débrancher le striatum culturellement, on n’a pas le temps de laisser la génétique faire son oeuvre.

Nous sommes devant ce tournant historique et l’humanité reste figée et immobile comme si elle n’était pas encore programmée pour une telle courbure. Notre logiciel bug face à ce lacet (#CatchExceptionClimatique). Les fonctionnalités développées par des millions d’années d’évolution deviennent dans ce nouveau contexte autant de bugs qui nous entravent. Il faut que nous parvenions, dans ce temps si particulier de l’histoire, à mettre à jour notre logiciel. Cela fait des décennies que nous savons qu’il nous faut « tout changer ».

Qu’avons-nous fait pour nous préparer ? Rien modulo … rien !

Je sais que des gens vont m’en vouloir de dire que nous n’avons rien « fait » mais je suis désolé, reprenez les courbes du club de Rome et regardez à quel point nous avons dévié du scénario « catastrophe ». (12)

Et si on a semé des graines, dans ce cas, énervons-nous sur l’arrosage !

Pour parvenir à prendre ce tournant, je pense qu’il vaut mieux s’inspirer de la radicalité d’une Greta Thunberg plutôt que de la bassesse et de la lâcheté de nos dirigeants et de nos médias « adultes » actuels. Laissons-les traiter Greta d’enfant manipulée, laissons-les la boycotter, laissons-les se reconcentrer sur les affaires urgentes de la république française : quelle est la meilleure tenue lorsqu’on s’adonne à de la sociologie de comptoir quant aux habitudes alimentaires des français ? #kebabGate

Dans beaucoup de familles où les parents ne sont pas responsables, les enfants font l’impasse sur leur enfance pour assurer le bon fonctionnement de la cellule familiale. J’ai l’impression qu’aujourd’hui l’humanité est une famille dysfonctionnelle où les enfants sont contraints de prendre une place qui effectivement ne devrait pas être la leur. Alors plutôt que de dire aux enfants de rester à leur place, ravalons notre fierté mal placée et essayons simplement de participer nous-aussi à la maturation de notre espèce.

Lorsque Greta assène des vérités scientifiques glaciales, il ne faut pas considérer qu’on écoute une personne “souffrante” mais plutôt une personne en voie de guérison dans une société malade.

Un prof de Greta a dit à son propos :

Gardons ça en tête, soyons déraisonnables et refusons de nous adapter à une société malade, c’est notre seule chance !

Paix et santé,

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Source :

(1) — L’article de WaitButWhy : “How (and Why) SpaceX Will Colonize Mars (lien externe)
(2) — L’article de WaitButWhy : “Neuralink and the Brain’s magical future (lien externe)
(3) — The Guardian : “Some people can let things go. I can’t (lien externe)
(4) —“Is Elon Musk an autistic person (lien externe)” sur Quora.com — spécifiquement la réponse qui évoque la biographie d’Elon Musk
(5) — The Guardian : “Some people can let things go. I can’t” 
(6) — Transcript en anglais (lien externe) de son TedXStockholm
(7) —La grande table des idées sur France Culture : “Pourquoi notre cerveau n’est pas écolo ? (lien externe)
(8) — C’est pour ça que je pense qu’il faut “entrer dans la résistance en maîtrisant notre attention (lien externe)
(9) — Discours (lien externe) de Greta Thunberg à Davos en Janvier 2019
(10) — Sortie Twitter du député Guillaume Larrivé : https://twitter.com/franceinfo/status/1152992024309768192 (lien externe) 
(11) — Discours (lien externe) de Greta Thunberg à l’assemblée nationale le 23 Juillet 2019
(12) — Article du Guardian (lien externe) résumant les conclustions d’une étude scientifique qui montre que nous n’avons pas dévié de la courbe “collapse” décrit dans le rapport “The Limits of growth”
(13) — Article du Guardian : “The Swedish 15-year-old who’s cutting class to fight the climate crisis (lien externe)
(14)— Transcript en anglais (lien externe) de son TedXStockholm