La troisième guerre mondiale a effectivement commencé, mais elle ne date pas d’il y a 5 jours…

(Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

On est en guerre !

Tous les jours, on regarde, on partage, on lit, on retweet et parfois on fait … si peu. Nous sommes en guerre et nous faisons comme si de rien n’était ou presque …

Notre société ne se sent pas en guerre, nous ne nous sentons pas en guerre. Notre ventre n’a pas faim et nos sens ne sont pas constamment aux aguets, à redouter le prochain bombardement,

“On a le temps”…

Non, absolument pas ! On a surement plein de choses mais en aucun cas nous n’avons “du temps”. Le temps, ici, joue contre nous.

La guerre climatique fait rage, avec une puissance et une violence inégalées. Notre mutisme et notre inaction, qu’ils soient individuels ou collectifs, ne signifient pas que la guerre n’a pas commencé. Ils ne signifient qu’une chose : nous sommes en train de la perdre … ou plutôt de nous faire laminer…

Et le meilleur moyen d’être complètement certains de perdre une guerre a toujours été de ne pas savoir qu’elle avait lieu.

L ’Australie se transforme en incendie géant. Les habitants de Sydney vivent dans un brouillard constant depuis des semaines. Cela fait plusieurs années que les australiens ne savent même plus quelle couleur inventer pour pouvoir rendre compte des températures qui ne cessent d’établir des records. Après le rouge vif, ils ont opté pour le violet, ensuite ils vont être emmerdés, l’ultra-violet étant indétectable par l’œil humain.

Et au lieu de se rendre à l’ “évidence” et de se dire que le combat de l’humanité pour l’humanité est en cours, que nous devrions réunir toutes nos forces et tout notre courage pour ce qui s’annonce être la guerre la plus difficile et en même temps la plus juste que l’humanité ait connue, nous continuons à fermer les yeux, à laisser faire et même pire nous continuons à ne pas faire le lien.

Il est encore des articles qui parlent d’événements climatiques extrêmes sans évoquer le contexte du changement climatique [3] … Comme si nous parlions des crises financières sans évoquer les banques …

Et s’il nous est si difficile de faire le lien pour quelque chose d’aussi climatiquement évident que ces dantesques incendies, qu’en est-il pour un accord comme le CETA qui devrait être considéré comme un crime climatique [4] et donc comme un crime contre l’humanité ?

Qu’en est-il pour le lien direct entre la poursuite de la croissance du PIB et l’augmentation inexorable des émissions des gaz à effet de serre ?

Qu’en est-il du lien entre les incendies en Russie en 2010 qui ont entraîné l’envolée des prix des céréales et les conséquences géo-politiques sur le bassin méditerranéen qu’on a ensuite joliment appelé le “printemps arabe” ? [6][7][8][9]

Notre monde hyper connecté s’embrase et nous, nous ne connectons toujours pas …

La première étape d’une guerre, c’est la “mobilisation générale” de toutes les forces vives dont on dispose. Hélas, le placardage n’a cette fois-ci pas fonctionné comme on aurait pu s’y attendre.

Nous n’avons pas écouté les scientifiques qui ont eu tort de croire qu’il était possible de susciter la bonne réaction en étant transparents sur les micro-incertitudes et le scepticisme inhérents à la science [10]. Dans ces micro-incertitudes, s’est glissée notre titanesque inertie et notre espoir :

Surprise, surprise !!!
Tout n’est pas allé bien
Tout ne va pas bien …

Et tout n’ira pas mieux si nous ne changeons pas RA-DI-CA-LE-MENT !

Tant que …

Tant que nous ne serons pas tous persuadés que la guerre fait rage,

Tant que chaque incendie, chaque inondation, chaque ouragan aujourd’hui ne résonne pas en nous comme le faisait un bombardement hier,

Tant qu’une décision politique qui ne prend pas en compte les émissions de gaz à effet de serre induites (cf CETA) ne nous révolte pas aujourd’hui comme nous révoltait une trahison hier,

Tant que nous continuons à fermer les yeux sur les crimes contre le climat aujourd’hui comme nous les avons fermés sur les camps d’extermination hier,

Tant qu’un grand nombre d’entre nous ne s’implique pas avec la même intransigeance dans la résistance d’aujourd’hui que certains de nos grands-parents hier,

Tant que nous ne réalisons pas que notre époque exige que nos arbitrages soient rendus au travers d’un prisme climatique forcément imparfait et manichéen mais qui nous donnera, peut-être, la possibilité de vivre demain dans un monde nuancé,

Tant que nous ne réalisons pas que notre inaction, notre mollesse d’aujourd’hui nous condamnent à une barbarie qui demain, n’aura rien de mou,

Tant que nous ne réalisons pas que notre non-guerre d’aujourd’hui est bien plus tragique et criminelle que la très moquée “drôle de guerre” d’hier,

Tant que nous ne réalisons pas que pour l’instant, nous sommes tous les fantassins tétraplégiques d’une guerre en cours,

Tant que nous ne réalisons pas que nos armes, c’est notre capacité à nous révolter, à devenir imprévisibles, à ne RIEN laisser passer, à hurler et à vouloir TOUT transformer,

Tant que nous ne réalisons pas que notre meilleure chance de construire un avenir, c’est de saisir que “par défaut” et sans rien faire, nous n’en avons pas …

Tant que nous ne réalisons pas que chaque instant où nous ne menons pas cette guerre aujourd’hui, nous condamnons ceux qui auront la chance d’être là demain à des atrocités plus inhumaines encore,

Tant que nous ne réalisons pas que le chaos guette, non pas nos enfants, mais nous tous et qu’il n’attendra pas notre retraite illusoire,

Tant que nous ne réalisons pas qu’il ne s’agit pas juste de la préservation des ours polaires, de l’arctique et des états insulaires,

Tant que nous ne réalisons pas que notre confort se base sur un écosystème global et infiniment complexe qu’on mitraille tous les jours de plus en plus violemment,

Tant que nous ne réalisons pas que chacun de nos choix quotidiens constituent une partie de la guerre qui fait rage et que par conséquent on se tire bien trop de balles dans les pieds,

Tant que nous ne réalisons pas que “nous”, membres privilégiés de parties du monde privilégiées allons de notre vivant ressentir dans notre chair le chaos dans lequel le désordre climatique va plonger l’humanité,

Tant que nous ne réalisons pas les conséquences concrètes sur nos existences de ce que les scientifiques clament de plus en plus haut et fort “le cataclysme c’est maintenant”,

Tant que nous ne réalisons pas que l’humanité n’a actuellement pas le dixième du millième de la technologie qui pourrait lui permettre d’absorber le choc,

Tant que nous ne réalisons pas qu’une grave contrainte énergétique nous pend au nez et que lorsque nous prendrons sa foudre, ça sera, par définition, au pire des moments, [11]

Tant que nous ne réalisons pas que vouloir gagner la guerre sans les possibilités de la technique aujourd’hui, c’est comme vouloir gagner sans les avions hier,

Tant que nous ne réalisons pas que de la même manière, vouloir gagner la guerre sans la puissance de la sobriété et des changements comportementaux, c’est comme vouloir gagner la guerre sans l’aide de l’URSS hier,

Tant que nous ne réalisons pas que ces batailles climatiques devront envahir tous les instants de nos existences si nous voulons avoir un espoir de vaincre,

Tant que nous ne réalisons pas qu’il est aussi aberrant et immoral d’investir dans les industries fossiles aujourd’hui qu’investir dans une usine de Panzer en 1942,

Tant que nous ne réalisons pas que pour la première fois, l’humanité a la « chance » de pouvoir se battre ensemble et que peut-être, pour la première fois, une guerre constitue un progrès,

Tant que nous ne réalisons pas que par demain, on veut littéralement dire “demain” : 2020–2040,

Tant que nous ne réalisons pas qu’on aurait aussi bien pu dire “hier” car tout ça a finalement déjà commencé,

Tant que nous ne réalisons pas que notre laisser faire d’aujourd’hui façonne la barbarie de demain,

Tant que nous ne réalisons pas tout ça,

Fuyons le regard de nos enfants que nous condamnons à devenir au mieux des victimes et au pire des bourreaux,

De la même manière, supprimons tous les miroirs car croiser notre propre regard sera de plus en plus difficile,

Ne prononçons plus le mot avenir. Même Kim Jong Un a la décence de ne pas parler de gouvernance participative…

Acceptons et assumons que nous sommes en train de nous condamner à un suicide dans la torture,

Et sinon,

Si, vraiment, ce n’est pas ce que nous voulons faire,

Si vraiment nous ne voulons pas sombrer dans la bestialité d’un effondrement

Alors révoltons nous !

Nous qui sommes convaincus de la possibilité de l’effondrement et de la barbarie qu’il impliquerait, nous devons tous nous enflammer tel un bush australien. Notre vie doit être toute entière, consacrée à cette guerre d’un nouveau genre.

Arrêtons de nous plier pour que nos discours soient acceptables par les gens qui ne veulent pas se sentir en guerre. Nos observations se veulent être une peinture fidèle de la réalité et ils ne sont intéressés ni par la peinture, ni par la réalité.

Intégrons à nos stratégies et à nos actions que la meilleure raison de continuer à refuser l’évidence de la guerre climatique en 2020, c’est simplement de “ne pas vouloir” la voir :

Cessons par conséquent de consacrer notre énergie aux aveugles en voulant les convaincre avec de nouvelles études et de nouvelles données, eux qui n’ont pas daigné regarder les précédentes.

Arrêtons d’être ébranlés par notre soi-disant extrêmisme, les mêmes qui nous qualifient de la sorte seront les premiers à réagir bestialement quand ils commenceront à entendre les balles siffler et nous savons que ce temps viendra.

Renonçons à convaincre tout le monde. Une société n’a jamais eu besoin que “tout le monde” soit convaincu pour faire basculer ses croyances et ses paradigmes [12]. Concentrons nos actions pour atteindre la masse critique dans un environnement qui, hélas, nous rappellera de plus en plus clairement et violemment qu’une guerre globale est en cours et ceux bien que nous en détournions le regard.

Certes nous n’avons pas choisi notre époque, mais nous choisissons par contre de ne pas réagir aux événements qui la composent.

Cette guerre contre le changement climatique peut nous rassembler tous d’une manière aussi belle qu’évidente.

Pour continuer la route de l’humanité, nous devons franchir un obstacle tel que jamais nous n’en avons rencontré. Jamais au cours de l’humanité un obstacle ne fut aussi “éco-systémique”, “global” et “larvé dans les comportements de chacun” que le changement climatique. Pour vaincre, nous devons, plus que jamais, nous mettre en état de guerre totale et unilatérale.

Il s’agit d’une guerre contre un effondrement aussi global que barbare,

Mais il s’agit surtout,

D’une guerre pour parvenir à accéder à la prochaine étape de l’humanité,

Une guerre pour que notre société mondiale devienne assez mature pour prendre soin des éco-systèmes dont elle dépend,

Une guerre pour une science qui soit au service de visions sociétales long terme plutôt qu’à la production de bandages éphémères,

Que faire alors ? Par où commencer ?

Je ne suis pas un général et je ne pense pas que cette guerre d’un nouveau genre en ait besoin. A chacun de choisir ses batailles, qu’il s’agisse d’innovations techniques [13] ou bien d’innovations comportementales [14] comme le serait une mode planétaire de la sobriété.

Ce dont je suis certain par contre, c’est que quelles que soient les batailles que nous choisirons, nous devons avant tout amplifier la mobilisation mondiale.

Nous devons rappeler en permanence, dans les discussions, sous les articles, sous les tweets, à chacune de nos actions, à chacune de nos respirations, le contexte de la guerre climatique.

La IIIème guerre mondiale ne sera pas celle qui poussera sur la mésentente entre les USA et l’Iran car la IIIème guerre mondiale a déjà commencé depuis longtemps. Elle est partout et pousse sur le terreau incroyablement plus fertile qu’est le changement climatique.

A nous de dénoncer l’enrichissement de ce terreau avec force, rage et intransigeance. Rassemblons nous et mobilisons nous sous cette cette certitude que la guerre climatique en cours n’est rien d’autre que la 3ème guerre mondiale. #ClimateIsWWIII

Pour la première fois, une guerre rassemble l’humanité, si ce n’est tout le vivant et ça devrait suffire à nous galvaniser !

Indignons-nous,

Battons-nous,

Soyons plus qu’audacieux, soyons révoltés !

c’est le seul destin qui s’offre à notre génération,

Embrassons-le !

#ClimateIsWWIII

Paix et salut,

PS : Si tu te reconnais dans ce texte, si tu partages ce constat et cette envie, alors je te souhaite bon courage, nous en aurons tous besoin. Utilise toi aussi le hashtag #ClimateIsWWIII dès qu’il te semble que le contexte de guerre climatique mondiale est occultée dans tout événement/décision/action/discours/accord qui participe à notre défaite climatique. Si tu veux utiliser les visuels pour photos de profil ou bien couverture fb/twitter/insta/floquer un vieux tee-shirt, c’est en CC-BY-SA et les fichiers sources sont (lien externe).

PPS : Si tu es arrivé jusqu’à la fin de ce texte tout en te disant “quand même, il exagère”. Tout d’abord, merci d’avoir lu. Ensuite, je comprends, personnellement, je suis aussi passé par cette étape et cet espoir. Continue à regarder, à observer, à comprendre et relis ce texte dans 1 an. Peut être que les événements vont te faire au final tendre vers le même constat ? ou peut-être pas (j’aimerais tellement que tu aies raison) :)

PPPS : Si tu trouves que c’est un peu léger un # pour commencer la guerre, tu as bien raison. De la même manière une affiche de mobilisation générale n’a jamais fait gagner la guerre à un pays. Comme je le disais, je ne suis pas un général, c’est aujourd’hui à chacun.e de se “mobiliser” de la manière qui fait le plus sens pour lui / elle, l’important étant que nous le fassions comme si c’était la dernière fois que nous pouvions le faire. Je ferai bientôt un article pour expliquer quelle forme prend cette guerre dans mon cas.

Et tant que vous êtes là ;), voici 4 manières de suivre et de soutenir le projet d’ApresLaBiere :

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Sources :

[1] — Un article australien (lien externe) du début de la vague de chaleur 2019
[2] — Article “Méga-feux et chaos : il faut prendre la mesure de la situation en Australie (lien externe)
[3] — Un article (lien externe) parmi tant d’autres qui ne fait pas le lien entre incendies extrêmes en Australie et changement climatique
[4] —Rapport (lien externe) de la commission d’évaluation du CETA (notamment section 3)
[5] — Conférence de Jean-Marc Jancovici à Science-Po Paris 2019 : “CO2 ou PIB, il faut choisir (lien externe)” + Diapositives (lien externe)
[6] — Article (lien externe) sur le point qui évoque l’envolée des prix du blé suite aux sécheresses en Russie
[7] — Influence des prix de l’alimentation (et notamment du blé) sur le printemps arable (lien externe)
[8] — Indice FAO des prix des produits alimentaires 2010–2011 (lien externe)
[9] — Conférence de Jean-Marc Jancovici : “De Daech à la COP 21 (lien externe)” + Diapositives (lien externe)
[10] — Lien entre activités humaines et augmentation des températures constatée depuis 1950 passe de probable à extrêmement probable (lien externe) entre le 3ème et le 5ème rapport du GIEC (lien externe). On sera déjà cuits que ça ne sera toujours pas certain …
[11] — 2ème cours de Jancovici à l’école des Mines de Paris en 2019 — “Les énergies fossiles (lien externe)” — ça parle de contrainte énergétique à partir de 2h14min — diapositives (lien externe)
[12] —Une publication scientifique (lien externe) de 2018 évoque 25% comme étant la masse critique nécessaire à un changement social
[13] — Le projet de production énergétique grâce à la fusion, ITER : International Thermonuclear Experimental Reactor (lien externe)
[14] — Le scénario negawatt (lien externe), en partie basé sur beaucoup, beaucoup de sobriété

Remerciements :

Merci à Marion (lien externe) pour les dessins 
Merci à Alice, Clémentine, Cyrielle, Gaëtan et Théo pour les conseils et les relectures

Texte sous CC BY-SA 2.0 (lien externe)