7 jours dans une bulle

(Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

Une semaine de confinement est riche d’enseignements. Chacun les siens en fonction de son contexte particulier, voici les miens. Puissent-ils enrichir la suite de votre confinement ou bien tout simplement vous faire sourire.

1) La société sait changer à une vitesse proprement hallucinante

Personne ne prend plus l’avion, personne ne se fait plus la bise, des gens qui s’aiment choisissent de ne plus se voir. On fait des courses pour une semaine et notre consommation flirte avec 0. On accepte de ralentir alors que depuis des décennies, on ne fait et sait qu’accélérer. En l’espace de quelques jours, nous avons complètement changé nos modes de vie et ce pour (au moins) quelques semaines. Ça n’a certes pas été facile mais honnêtement, si on compare à la tentative de mettre en place la taxe carbone il y’a quelques années, on n’a quand même pas beaucoup bronché !

Il y a 2 mois, à chaque fois qu’on parlait de réglementer l’avion (pour le remplacer par du train un chouïa plus long), ça levait des boucliers dans tous les sens. Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, on bloque les gens, totalement, sans solution de remplacement et ça passe. Changer, nous adapter, on sait faire et on peut faire !

Cette capacité d’adaptation phénoménalement rapide va être mise à l’épreuve dans les décennies à venir car notre milieu ne cessera de la tester. Nous devrons changer et nous changerons. Plus nous serons moteurs de ces changements, moins nous les subirons et plus la société sera capable de les absorber. Soyons intransigeants, anticipons, n’attendons plus, levons nous, barrons-nous [1] (crochets = source en bas de l’article) et surtout … Changeons !

Que personne ne vienne plus jamais nous dire :

Ce qui n’est surtout pas raisonnable, c’est le retour de bambou que le monde va prendre en pleine gueule dans les 20 années à venir. Et ce taquet, il va nous être distribué par un joueur aussi impitoyable qu’amoral : la physique.

Donc SI !! Tout changer est possible, on est justement en train de le faire. Et si on le fait pour la crise sanitaire du Corona, nous devons pouvoir le faire pour les crises encore plus graves qui s’annoncent (et croyez moi, je ne minimise absolument pas celle-ci).

#ClimateIsWWIII (lien externe)

2) Une partie de l’ennemi est en nous

Je parle souvent de cet ennemi intérieur [2] mais dans ces moments, où pour au moins quelques semaines la meilleure chose à faire sociétalement est de rester chez soi et de ralentir, on le sent s’agiter avec encore plus de vigueur. On distingue en nous-mêmes cet ennemi intérieur de la lenteur, de la sobriété et de la décroissance. Quelque chose en moi a un besoin difficilement répressible que ça bouge, que ça avance et que ça grandisse.

Et je vois à quel point cet exercice est difficile voire impossible pour certains. Nombreux sont ceux qui cherchent et trouvent toutes les explications et prétextes possibles pour devoir sortir, pour se rendre utile, pour absolument faire quelque chose, pour AGIR « quoiqu’il en coûte ».

Je ne suis pas contre l’action, bien entendu qu’il faut agir. Mais on discerne parfois, derrière l’action, non pas la volonté d’œuvrer pour le bien commun mais simplement la peur d’être confronté à soi-même, à son impuissance, au vide de l’existence et finalement à sa propre mort. [3]

Le confinement, c’est peut-être l’occasion pour tout le monde de s’affronter ?

Comme l’improvisation théâtrale est la meilleure métaphore de la vie [4] que j’ai trouvé et pratiqué, je citerai un de mes professeurs d’impro qui m’a justement dit un jour :

Je pense qu’il en va de même pour l’action :

Le serment d’Hippocrate ne dit pas autre chose :

Et seulement ensuite, ils soignent …

3) La métaphysique, c’est pour tous les “nuls” que nous sommes

Une des méthodes utilisée pour développer de la confiance en soi et pour se donner du courage, c’est la méthode du « scénario du pire » ou « scénario cauchemardesque ».

Ex : On a une présentation de boulot importante qui nous boulotte l’estomac. On imagine alors un scénario catastrophe et on se rend compte qu’il n’est rationnellement pas si grave, le ridicule au boulot n’étant pas une espèce de ridicule plus mortelle que les autres. Par conséquent on ne risque rien à tenter, à faire et à présenter. Conclusion : on fonce !#osef

Appliquons la méthodo à un geste du quotidien aujourd’hui : aller faire les courses. Quel est le pire scénario ? Je pars faire les courses, je chope le virus sur un paquet de pâte. Je développe la version upgradée du bordel, celle où on se retrouve la gueule enfarinée dans une sorte de scaphandre en cellophane.

Comme on est des empotés de première, on a chopé le Corona en plein pic épidémique, on est donc au milieu de 1000 autres scaphandres dans 1 gymnase avec 1 médecins et 2 infirmiers (les 3 sont covid+ bien évidemment). On meurt par conséquent tout seul dans son gymnase …

La méthode fonctionne à merveille : moi et ma confiance, on reste à la maison.

Mais vient la vraie question, est-ce si grave si nous mourrons ? Pour l’humanité certainement pas, mais même pour moi ? N’est-il pas temps, en ces temps de confinement, de réfléchir à notre fragilité, à notre futilité, au non sens qu’est notre vie ? La question est difficile et suscite en chacun de nous des réactions ou des révoltes différentes mais elle vaut le coup d’être examinée parce qu’au bout du compte on finira tous par se faire planter à l’examen.

Est-ce si grave donc ? Non, je ne pense pas …

Et en même temps, je suis bien conscient que c’est plus facile à dire dans mon contexte actuel, où la mort est assez lointaine pour m’être charnellement étrangère.

Mais du coup si ce n’est pas si grave de mourir, je peux me précipiter à Inter aller acheter des Skittles ?

Et NOOOOOOOOOOOOON, ne tombez pas dans ce piège grossier !!! Ce scénario n’est absolument pas le pire. Le pire scénario, c’est d’avoir le virus sans le savoir, d’aller faire ses courses et de laisser son petit Corona perso un peu partout. Si je contamine 3 personnes (taux moyen de contagiosité si on mène une vie normale) et que le processus se répète 10 fois, ma sortie aux courses sera finalement responsable de la contamination de 59 000 personnes. Si on applique à ce chiffre le taux de mortalité actuel de la maladie selon l’OMS (dans les 2%), je serai donc responsable, plus ou moins directement, de 1200 morts. A cette échelle, c’est plus des BA qu’il faut faire derrière pour se racheter …

Par conséquent, en attendant d’en savoir davantage et de mieux comprendre la situation : just #STAYTHEFUCKHOME !

4) Le plus grand obstacle à la réalisation de mes projets, c’est moi-même

Je le savais déjà mais là, c’est aveuglant :

Il me manque simplement un peu de volonté et elle est partie sur twitter …

(Edit : non en fait, j’ai perdu le stylet comme une énorme bouse et je peux vous dire que ma volonté, bien qu’absorbée par twitter l’a très bien compris et s’en sert comme d’une excuse en béton pour ne surtout pas s’y mettre)

(Edit edit : en fait ça marche très bien sans stylet et de toute manière comme le dit le philosophe Orelsan :

5) Quoiqu’en disent les conservateurs, instinctivement, nous savons faire la différence entre Hollywood ou les jeux vidéos et la réalité

Pour vous rendre compte de ça, voici une petite expérience de pensée. Imaginez vous dans un cinéma il y a 6 mois avant que tout ce bordel nous tombe dessus. Le film s’appelle « Pandemic ». Dans les 10 premières minutes vous voyez les images des news actuelles, une épidémie inconnue se propage à une allure folle sur la planète entière. La plupart des gens n’y croient pas trop SAUF Bruce Willis (ancien flic à la retraite comme d’hab) qui a capté avant tout le monde que ça puait grave la merde (comme d’hab). Dès le début du film, il part dans sa ferme du Vermont mettre ses enfants et son ex-femme à l’abri (comme d’hab, il a foiré son mariage).

Au bout de ces 10 min d’intro, vous vous dites qu’il va arriver quoi au reste de la planète ? Vous vous attendez pas à une averse de barbe à papa, si ? Vous vous attendez plutôt à un énième film full-apocalyptique :

Exactement, parce qu’on sait qu’il s’agit d’un film. Notre réalité a beau être précaire aujourd’hui, on ne lui applique pas les mêmes règles scénaristiques qu’aux films qu’on binge watche.

Et je pense que cette sagesse collective a raison, notamment car la réalité ne se binge watche pas …(encore)

6) On a sincèrement besoin de pas grand chose

En vrai j’en suis à 11 jours de confinement effectif (en bon fan de Bruce Willis, j’ai senti les vapeurs de confinement avec quelques jours d’avance) et franchement mis à part un soupçon d’angoisse au début, le confinement correspond plutôt bien au petit rat de bibliothèque que je suis. Je passe de beaux moments :

7) Ma mère est la preuve vivante qu’on peut être curieux et s’enchanter de tout et à tout âge

C’est beau de s’émerveiller à 70 ans de continuer d’avancer et d’apprendre. Elle joue du Schumann pour la première fois de sa vie :

Non, je ne sais pas si je me rends bien compte pour Schumann mais ce dont je me rends nettement compte c’est de la beauté de cette curiosité humaine infinie qui semble parfois être tout à la fois : notre meilleur allié, notre ennemi le plus mortel et ce qui, peut-être, nous caractérise le mieux.

Force, cœur et honneur !

PS : Si vous voulez partager vos enseignements de cette première semaine, n’hésitez pas à les laisser en commentaires.

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Sources / Liens / Pour aller plus loin de l’article :

[1] — Référence à la tribune de Despentes suite à la soirée des Césars : “Désormais on se lève et on se barre (lien externe)
[2] — Article “Nommons l’ennemi (lien externe)” sur ApresLaBière
[3] — J’en ai déjà parlé mais Cyril Dion parle superbement de ça au début de cette interview (lien externe)
[4] — Article “La vie, une très longue et pourtant trop courte improviesation théâtrale ? (lien externe)” sur ApresLaBière
[5] — Les dessins du site Waitbutwhy, par exemple cet article (lien externe)
[6] — Notes pour trop tard (lien externe) (feat. Ibeyi)
[7] — Le compte twitter infernal de Touk (lien externe)