Que faire de notre énergie quand notre société est dans la merde jusqu’au cou ? #CoronIceberg

(Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

Dans le contexte actuel, même les parents qui n’ont pas trouvé le temps de se couper les ongles depuis le début du confinement en ont quand même assez eu pour toucher du doigt, voire du bras, la complexité (et la fragilité) littéralement insondable de notre société moderne.

Ne parlons pas de ceux qui, comme moi, découvrent une chaîne youtube par jour …

Et dans ce match pour ne pas succomber aux conséquences complexes de ses propres actions, on a l’impression que l’humanité a autant de chances qu’un écureuil contre Alpha Go.

La Crise contre laquelle l’humanité va jouer la partie a d’innombrables facettes, ne les listons pas mais listons les quand même (c’est toujours sympa une petite crise de vertige) : la crise économique (une bonne petite dépression), la dépendance aux énergies fossiles, la crise écologique, la crise climatique, la biodiversité qui fond comme neige au soleil (quand y’avait encore de la neige), les probables tensions géopolitiques à venir, le tempérament instable de beaucoup de dirigeants de grandes puissances, un emballement nucléaire, les inégalités galopantes, la baisse des rendements agricoles dans un climat de plus en plus instable …

Est ce que c’est pas le moment de dire game over et de retirer la disquette ? (j’ai 34 ans, I know …). L’embêtant, c’est qu’on a moins de chance de survivre une fois la disquette retirée qu’un coronavirus dans l’air ambiant [1] (crochets = source en bas de l’article).

Et NON ! Je ne pense toujours pas que ce soit le cas, au contraire !

Voici mes arguments que j’espère plus robustes que ceux utilisés pour déconseiller le port des masques.

I) La théorie des “possibles adjacents”

J’ai découvert cette théorie au travers du fabuleux blog Kottke.org [2] dont elle semble être la ligne éditoriale. Cette théorie s’inspire de la manière dont la vie et les sociétés ont évolué au cours du temps.

Dans la complexité du monde actuel, il est impensable de “prévoir” ce qu’il se passera demain, encore plus impensable est la prétention d’avoir le pouvoir de choisir ce que l’individu “humanité” fera. Par contre nous sommes certains qu’elle choisira parmi “ses possibles adjacents”, c’est-à-dire “les possibles existants”, les possibles qui seront demain à sa portée.

Telle une tour dans un jeu d’échecs, elle partira dans les directions qui lui sont “possibles”, c’est à dire en ligne droite, le cas échéant.

Ce que nous pouvons par conséquent faire à notre échelle, c’est d’explorer des cases “possibles” car l’exploration de cases rend possible l’accès à de nouvelles cases : les cases “adjacentes” à celle qui est explorée.

C’est un peu le même principe que dans les jeux type starCraft (34 ans ET geek sur les rebords donc) où en allant dans des endroits inconnus de la carte, on les rend visibles. Les endroits cachés de la carte ne se révèlent qu’à partir du moment où on les explore.

C’est comme si étions tous les éclaireurs d’un camp sur un échiquier dont nous ne connaissons même pas la taille et où nous aurions chacun le pouvoir de rendre accessible des cases qui sans nous ne le deviendrait pas.

Notre adversaire ? Les contraintes physiques, la thermodynamique, je ne sais pas vraiment mais il est probablement infiniment meilleur que nous. Pour l’instant, notre stratégie devrait se cantonner à gagner du temps pour progresser et peut-être un jour pouvoir le battre.

Avec cette perspective, on peut par exemple considérer que le smartphone est une case du jeu rendu possible par l’exploration des cases : PC, assistant personnel et téléphone cellulaire.

Les républiques parlementaires actuelles s’inscrivent dans la case rendue possible par la république romaine et le siècle des lumières.

Etc, etc, etc …

Il est vertigineux de se rendre compte des possibles potentiels ouverts par l’ exploration d’une “modeste” case. La case qui s’avérera être la case sur laquelle l’humanité va jouer son prochain coup peut être rendue accessible par une découverte qui aura semblé insignifiante au départ.

En tant qu’individu, il est impossible de choisir la prochaine case sur laquelle l’humanité dans sa globalité va jouer son prochain coup, heureusement d’ailleurs (le “revenu universel” en bobun et en IPAs ça vous tente ?). Par contre nous pouvons participer à élargir la diversité des cases possibles. Nous pouvons contribuer à ce que l’humanité passe du stade de pion au stade de Reine et quiconque a joué aux échecs comprend l’intérêt de la stratégie. Même s’il est vrai qu’au vu de notre niveau actuel, même avec une armée de reines, on n’est pas à l’abri de se faire mater par un pion ...

Mais ce pouvoir d’exploration et de découverte est énorme, il peut faire la différence, nous pouvons faire la différence. Réalisons que dans tout ce que nous entreprenons, nous participons peut-être à découvrir la prochaine case.

II) Théorie de la “compréhension”

On l’a vu, on ne peut pas décider du prochain coup MAIS je pense qu’on peut participer à ce que l’humanité devienne un meilleur joueur d’échec.

Si l’humanité devient plus “mature”, notre choix collectif sera plus éclairé et probablement “meilleur” au vue des “valeurs” dans lesquelles ce choix s’inscrira (et qui ne seront peut-être pas celle de Jean-Lou en 2020).

Selon un article (lien externe) [3] certes lambda mais plutôt chouette, la maturité d’un être humain ce serait :

Nous pourrions nous inspirer de ces trois points pour définir la maturité de l’humanité et toutes les activités dans lesquelles nous pourrions nous impliquer pour apporter notre pierre à son édifice.

1/ Quelles activités participent à ce que l’humanité voit les innombrables facettes du réel dans toute leur complexité ?

2/ Quelles activités contribuent à ce que l’humanité soit plus à même de juger, d’analyser et de prendre du recul ?

3/ Quelles activités favorisent des actions globalement plus cohérente pour l’humanité (surtout sous la pression) ?

Nous sommes un individu composé de plus de 7 milliards de cellules, il est temps que nous nous comportions de manière à peu près coordonnée. Notre société ne peut pas continuer comme elle le fait aujourd’hui à aller de crises de panique en crises d’épilepsie. Il va falloir arrêter de se faire des saignées aux poignets pour se requinquer, ça devient dangereux ….

III) “Always in motion is the future” — Yoda

Il y’a un article de collapsologue [7] dont j’aime énormément l’introduction :

Fondamentalement, penser que nous pourrions savoir exactement ce qu’il va se passer et comment ça va se passer, c’est nier la complexité même de la situation. A partir du moment où on réalise l’ampleur de l’enchevêtrement systémique dans lequel nous évoluons, pouvoir être certain de la forme que prendront les prochaines décennies, c’est par définition contredire le constat même de cette complexité.

Qu’ils aient 800 ans ou bien quasi 100 ans, les sages s’accordent sur ce point, écoutons-les :

Nous ne savons pas, nous ne pouvons pas savoir et nous ne saurons jamais à l’avance les formes que l’aventure humaine prendra. Il est aussi stupide de croire mordicus en un avenir digne de “Oui oui en visite chez les Bisounours” que de “Battle royale en Mordor”.

IV) Théorie du : “au pire ? on meurt ! Au mieux ? on meurt aussi !”

La seule chose qui tire son épingle du jeu de l’incertitude, c’est la certitude que nous mourrons tous un jour. Cette certitude nous terrorise alors que quelque part, elle devrait nous rassurer. Cette chose fugace qu’est la vie et que nous vivons tous est la seule victoire possible, notre fin est déjà écrite et donc individuellement, nous ne pouvons plus perdre.

Notre propre mort n’a pas de “solution”, c’est donc qu’il ne s’agit pas vraiment d’un problème …

Tout ça n’a pas vraiment de sens, c’est simplement nous, membre de l’espèce humaine, qui cherchons à mettre un sens à cette réalité qui en soi et sans nous n’en a pas. Nous sommes ce que certains appellent un animal “rationalisant” et non un animal “rationnel” comme nous nous plaisons à le penser. [8]

Arrêtons par conséquent de nous prendre pour des cadors et de penser que sans nous le monde court à sa perte. Le monde ne court pas, c’est nous qui courrons pour remplir nos vies qui seraient, sans nos courses, vide de sens ainsi que de tout ce dont nous nous échinons à la remplir.

Si on s’intéresse réellement au “sens individuel” de nos vies, le merdier actuel est sans doute l’un des outils de “construction massive” de sens les plus efficaces que l’humanité ait jamais créé. En tous les cas, c’est surement la manière la plus positive de voir la situation actuelle et c’est celle que je choisis de retenir car ce choix est la seule chose qui au final “dépend” de moi.

Et sur ce, je vous souhaite

Paix et santé,

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Sources / Liens / Pour aller plus loin de l’article :

[1] — Coronavirus : peut-on transmettre le coronavirus en respirant ? (lien externe)
[2] — J’en parle, j’en reparle (à peine un peu moins que waitbutwhy) mais franchement ce blog est un véritable trésor. Pour vous en convaincre, regardez simplement son tag #CryingAtWork (lien externe). Pour plus d’infos sur ce blog et la théorie des possibles, ça se passe sur sa page about (lien externe).
[3] — Avoir de la maturité, c’est quoi ? (lien externe)
[4] —La chaîne Hygiène mentale (lien externe) fait un travail exceptionnel sur cette thématique.
[5] — La médecine interne (lien externe)
[6] — La série “The story of Us (lien externe)” (en cours chapitre 10 sur 13) du blog waitbutwhy et la traduction (lien externe) en français (en cours chapitre 3 sur 10 du coup)
[7] —Fin de l’interview (lien externe) de Pablo Servigne sur France Inter
[8] —La thèse psychologique (lien externe) comme quoi nous serions des êtres “rationalisant”