Personne n’ “est” raciste !

(Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe))

Nous commettons tous une erreur qui nous porte collectivement préjudice. Nous traversons le monde en pensant et en agissant comme si nous « étions » ce que nous « pensons », comme si nous étions physiquement en danger lorsqu’on s’attaquait à « nos » idées. Ce mécanisme se traduit dans notre manière de parler de nous :

— chanté et sous-entendu « nous sommes »

— maugréé depuis un 4x4 dans un Paris croulant sous les trottinettes. Dans ce cas-là, on ne se donne même pas la peine de préciser le verbe “être” et on atteint alors le paroxysme de l’identification à une idée : les personnes concernées sont tout simplement réduites à une de leurs idées. Non seulement elles sont leurs idées mais elles ne sont plus « que » ça.

Comme toutes les erreurs, celle qui consiste à s’identifier à ses croyances, a une « histoire ». Si nous avons hérité (qu’il s’agisse d’un héritage génétique ou culturel) de ce réflexe, c’est que cette identification n’a pas toujours été une « erreur » justement, sinon l’Histoire se serait chargée de nous en débarrasser. Nous n’en serions sans doute pas là si pendant des millénaires, nous ne nous étions pas « identifiés » à nos croyances et au groupe qui les partageait.

Mais il est probablement temps de se demander si ce réflexe, qui nous a aidé à être là aujourd’hui, nous aidera à être là demain ?

Quand on y réfléchit, est-il logique de s’énerver, de se crisper lorsque quelqu’un nous contredit ? Pourquoi ce sentiment de contrariété et de frustration nous envahit-il lorsque quelqu’un n’est pas d’accord avec nous ?

Si on est un grand « débatteur », on pense tout de suite aux « grandes discussions ». En 2019, vous avez forcément eu une discussion « gilets jaunes » et si vous ne vivez pas dans un blockhaus idéologiquement étanche, vous avez forcément eu en face de vous des gens qui, selon vous, disaient pas mal de merde. La crise du Corona est venue multiplier ces exemples car quelle que soit votre opinion, vous vous êtes retrouvés en désaccord avec un proche ou un ami sur un sujet que vous trouviez fondamental et dont l’analyse vous semblait aller de soi.

Dans ce genre de débat, lorsque la partie adverse tient des propos qui me semblent aussi révoltants et insensés que les propos de TRUMP et son injection de produits désinfectants [1], si on me demande pourquoi je suis monté sur mes grands chevaux, mon explication est aussi simple qu’altruiste bien entendu :

Mais est-ce vraiment cet “altruisme” qui constitue l’unique source de ces emballements oratoires ?

Pourquoi, dans ce cas, sommes-nous aussi capables de nous embrouiller sur des sujets aussi futiles que le meilleur kebab de Toulouse ?

A vue de nez, comme ça, on se dit que « c’est surement pas pour sauver le monde ».

C’est parce qu’à la racine de tout emportement, il y a cette identification. La remise en question de mon idée, de mon concept, de ma croyance est une remise en question de ma « valeur ». C’est cette remise en question de ma « valeur » qui me met en danger et me pousse à monter sur les grands chevaux de la protection de mon ego menacé.

Dès que nous devenons prisonniers du galop de ces chevaux-là, c’en est fini de la discussion constructive et c’est le début d’une course sans vainqueur.

Tous nos dialogues et nos débats reposent sur cette idée que nous « sommes » nos idées, que nous « sommes » nos croyances. En somme, nous « serions » notre vision du monde. Non seulement cette identification nous dessert en tant qu’individu mais elle entrave également notre capacité à penser collectivement.

Cet attachement irrationnel à nos pensées, cette identification, qui nous semble « aller de soi », devrait simplement être considérée comme un abus de langage que nous devrions nous employer à supprimer.

Nous avons des idées, parfois elles nous animent mais nous ne « sommes » jamais nos idées.

Il faut revoir notre compréhension du “Cogito” de Descartes, à quel moment « je pense donc je suis » implique que « nous soyons ce que nous pensons » ?

L’humain a cette tendance incroyable à s’identifier à tout et n’importe quoi. Nous nous identifions à ce que nous possédons (la belle maison, la belle voiture), à nos relations (amis, partenaires) et de manière encore plus intime et sournoise à ce que nous « pensons ».

Plus sournoise car, contrairement aux possessions et aux relations, nous le croyons vraiment. Nous sommes rationnellement persuadés que nous sommes ce que nous croyons. Autant, nous pouvons admettre que notre voisin « n’est pas » sa piscine, autant il est extrêmement difficile d’envisager que lui et ses épouvantables idées ne constituent pas un tout aussi uniforme que détestable.

Il est tout à fait concevable que mon voisin soit une sombre merde bien que possédant tous les attributs extérieurs de richesse qui, selon moi, démontrent la réussite. Il semble en revanche inconcevable qu’une « humanité complexe », avec des défauts et des qualités, se camoufle derrière mon voisin fasciste. Ses idées et ses pensées — que je qualifie de — fascistes le transforment totalement et irrémédiablement en une énorme raclure. Or on ne parle pas, on n’échange pas et on ne fait pas société avec une enflure. Mon voisin est une enflure de fasciste, il n’est d’ailleurs désormais que ça. A la baille ses autres facettes.

Comment faire alors ?

Nous devons tous œuvrer à détacher, autant que faire se peut, l’image que nous entretenons de nous-mêmes, de nos dogmes et de nos croyances. Pour cela il faudrait probablement commencer par accepter que quelle que soit notre vision du monde, elle est toujours basée, à un moment donné, sur des dogmes.

Certes certaines de nos croyances semblent plus stables et solides que d’autres mais il existe nécessairement une profondeur à laquelle les racines de nos croyances se terminent. Si chacun de nous pouvait l’admettre, ce serait un premier grand pas.

Nous pourrions alors faire le second : détacher ce que nous sommes de ce que nous pensons. Si quelqu’un me fait la tendre remarque

Je devrai parvenir à ne pas me vexer. Objectif aussi louable qu’impossible mais gymnastique à pratiquer, si possible avant la répartie cinglante après laquelle aucun échange ne sera plus possible. Courir me fait du bien et ce n’est pas parce que je ne battrai jamais le record du monde du marathon qu’il me faut stopper toute tentative d’améliorer ma paresseuse allure. Je n’arriverai jamais à stopper totalement cette identification, c’est une course que je ne terminerai jamais et pourtant, c’est une discipline qui, je pense, peut me grandir.

Une seule chose à faire, dans une discussion, dès que vous sentez monter en vous la frustration, la colère, posez-vous honnêtement la question : et si cette idée pour laquelle je m’énerve s’avérait être fausse, est-ce que ça signifierait que je suis « moins » ?

Et puis, une fois qu’on s’est calmé, on peut se poser une autre question, sincère et importante : « pourquoi, quels événements, quels faits ont amené quelqu’un à penser aussi radicalement différemment de moi ? »

Et peut-être même qu’avec beaucoup de dextérité, de bienveillance et de curiosité, nous pourrions alors nous lancer dans de la « street epistemology » (une chaîne youtube où la personne discute uniquement en posant des questions [2]) et transformer petit à petit notre monde en une société plus “socratique” ? C’est-à-dire une société plus à même d’avoir de véritables “conversations” qui sont probablement notre seule chance de nous en “sortir”.

Paix et santé,

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Source :

[1] — Deuxième cours du module de 8 cours de Jean-Marc Jancovici aux Mines de Paris en 2019. Il y parle avec précision des réserves d’énergie fossile : “Les énergies fossiles (lien externe)
[2] —On ressent une énorme empathie pour le docteur qui avale donc un boa en écoutant Trump : https://twitter.com/Daniel_Lewis3/status/1253482576699969537?s=20 (lien externe)