Et maintenant ? — L’adaptation qui vient (3/4)

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe) et pour ceux qui débarquent, cet article est le troisième de la série “Et maintenant ?” dont voici l’épisode 1 (lien externe) et 2 (lien externe).

Dans cet article je détaille en quoi la tragédie qui vient tout juste de débuter et qui a été déclenchée par le covid-19, pourrait nous apporter des électrochocs nécessaires à un bouleversement profond et sérieux [1] de notre société :

1. Le covid nous aide à intégrer et à métaboliser la fragilité de notre système à laquelle il est URGENT de pallier

2. Le covid nous ramène sur “Terre”, il nous ramène à notre réalité et à notre fragilité “biologique”

3. La dépression économique qui nous guette nous rappellera peut-être ce qui est essentiel et ce pour quoi nous allons devoir nous battre

4. Pour une fois dans l’histoire récente, la violence nécessaire au changement est apportée par une entité non-humaine : le covid

Cette sensation que nous avons tous depuis des années d’avoir encore des choses à perdre à militer, à nous engager, à prendre des risques pour changer les rapports de force risque de disparaître.

Aujourd’hui (ou plutôt “hier”, espérons-le) nous évoluons entre un progressisme “sans horizon” aux allures de statu quo “consensuel” d’un côté et des révolutions cliquantes de l’autre.

Les progressistes sans horizon (ou progressistes libéraux) sont plutôt d’accords avec telles ou telles mesures à l’unique condition qu’elles n’aient aucun coût individuel : augmenter les budgets de tels ou tels secteurs ? Pas de souci, tant que le budget qui me concerne directement ne bouge pas trop et tant que mes intérêts sont préservés.

Cette partie ne dit pas vraiment “OUI” à un projet de société, elle dit

Et à l’autre bout du spectre, on a “les révolutionnaires”, ceux qui veulent que “ça change” ! Ils sont très nombreux par exemple à vouloir que :

Ça semble être du bon sens. Ce niveau d’inégalités est non seulement inacceptable mais tout simplement insoutenable. Seulement, quels risques sont-ils réellement prêts à prendre aujourd’hui pour que ça change demain ?

A part faire des twitt rageux, personnellement le plus grand risque que j’ai pris, c’est d’aller dans des manifestations de gilets jaunes (et encore, c’était plus “pour voir” que pour me révolter comme je l’avais expliqué ici (lien externe) et (lien externe)). En tous les cas, je peux vous garantir qu’aux premières lacrymo, de mon côté, y’avait plus personne :

La révolution, quand vous voulez mais vous et votre confort de vie en première ligne, moi honnêtement, ça baigne encore, je vous attends à l’arrière.

Vous inquiétez pas, on en parle sur les réseaux !

Plus le temps passe et plus notre contexte et notre environnement vont nous imposer des choix difficiles (dont je parlais dans l’article précédent (lien externe)) et nous allons avoir besoin d’une énergie sociétale incroyable si nous voulons parvenir à les faire.

Or l’humanité en ce moment est comme un humain épuisé, à qui on annonce un cancer stade X (le stade juste avant d’être définitivement condamné #JeSuisPasMedecin) et qui a juste la force d’aller dormir en se disant “une bonne nuit de sommeil, ça va me requinquer”.

Mais là, la crise sanitaire actuelle pourrait être en train d’agir sur notre société comme un électrochoc.

1. Le covid nous aide à intégrer et à métaboliser la fragilité de notre système à laquelle il est urgent de pallier.

Cette crise nous fait ressentir en notre for intérieur que notre système est bien plus fragile qu’on ne l’imagine.

Il a suffi d’un nouveau virus pour mettre notre système à genoux. On s’est rendus compte qu’en cas de crise, un pays comme la France est potentiellement incapable de fournir ne serait-ce que des “masques” à sa population, que dire des médicaments ?

On a réalisé que l’efficacité et l’interconnexion du système actuel se sont développées au dépend de sa robustesse et de sa résilience. Cette crise est la preuve qu’un “grain de sable” dans les rouages de notre système actuel est non pas problématique mais bloquant voire mortel.

C’est toujours difficile de savoir où est l’ “équilibre”, l’optimum entre efficience et résilience mais il semble évident que nous en sommes loin. Il va nous falloir mettre les bouchées doubles sur la résilience si on veut se rapprocher de la “fenêtre de viabilité”.

De nos jours, nous sommes devenus tellement efficients qu’on ne peut pas faire de masques car telle usine d’élastique à l’Est du Bangladesh est fermée.

On ne peut pas augmenter notre capacité de test car l’usine qui fabrique les méga coton-tiges ou “écouvillon” (notre vocabulaire médical s’est étoffé ces dernières semaines) servant à récupérer notre salive est à l’arrêt.

On a réalisé que même avec toute la farine du monde, sans des sachets qui viennent d’un autre pays, on n’est plus en capacité de vendre de la farine dans les supermarchés alors que nos silos en sont pleins.

On sait qu’il suffit qu’un moustique au couleur de la France pique Trump et on est potentiellement rayé de la carte aussi sec.

Etc etc etc …

En plus de comprendre le lien entre complexité et fragilité, nous le ressentons aujourd’hui. Et comme j’en parlais dans un de mes premiers articles, entre la connaissance et les émotions, ce sont souvent les émotions et les ressentis qui gagnent, au sens où ce sont eux qui nous font passer à l’action.

Entre la connaissance et les émotions, qui gagne ?
C’est devant une assiette de rougail saucisse dantesque que Jean-Baptiste me parlait des astronautes et de leur…apreslabiere.fr

Cette crise nous fait ressentir ce que nous avons compris depuis bien longtemps. Il devient profondément évident qu’un système aussi mondialisé que spécialisé est également plus risqué que jamais. Ne pas re-questionner ce modèle est littéralement suicidaire. Si notre système résiste aussi mal à une crise telle que la crise sanitaire actuelle, que dire des crises qui s’annoncent, la crise climatique, la crise énergétique ?

Nous faisons actuellement bien plus que comprendre tous ces concepts, la crise nous aide à les métaboliser.

2. Le Covid nous ramène sur “Terre”, il nous ramène à notre réalité et à notre fragilité “biologique”

Le covid a su nous ramener à notre substrat biologique, une carcasse de chair et d’os, rien de plus.

Une partie d’entre nous craint pour sa santé. L’épidémie est assez importante et les exemples sont assez multiples pour que personne ne se sentent totalement à l’abri.

Et la partie qui n’a pas peur pour elle-même a au minimum peur pour des proches. Nous avons tous des êtres chers qui sont dans les catégories dites “fragiles”.

Cette crise sanitaire nous a soudainement ramené à cette réalité que nous avons trop tendance à vouloir oublier en 2020 :

Nous ne sommes que des organismes vivants fragiles. Nous sommes tous condamnés à mourir et toute la technologie du monde ne peut pas nous sauver de notre condition humaine.

3. La dépression économique qui nous guette nous rappellera peut-être ce qui est essentiel et ce pour quoi nous allons devoir nous battre

Nous risquons de tous éprouver dans les mois qui viennent la peur vertigineuse de tout perdre.

Hier, il a suffi d’un instant pour que nous perdions la simple liberté d’aller et venir, de sortir, d’aller courir, de voir nos amis et surtout la liberté bénie de boire des bières en terrasse (ça me manque un peu).

Dans les mois qui viennent, nous allons potentiellement perdre d’autres choses qui nous semblaient pourtant acquises : la liberté de se projeter, la liberté de partir en vacances et la liberté de nous regrouper et de communier tous ensemble lors des festivals d’été.

Mais surtout, nous risquons de voir disparaître des libertés bien plus essentielles : la liberté d’esprit qu’apporte la prospérité, la liberté d’être dans un monde durablement “en paix” et la liberté suprême : celle “de ne pas avoir peur”. Car comme le dit “Hobbes”, “la liberté commence là où la peur s’arrête.” [2]

Je crains que l’époque qui nous attend souligne à quel point ce que nous avions peur de perdre, était d’une futilité insolente.

La seule manière de réaliser l’inutilité abyssale de certains pans de nos modes de vie est sans doute de “risquer” d’en perdre les piliers. Nous allons réaliser que nous avons mis l’essentiel en danger pour des choses qui deviendront insignifiantes dès que ça tournera au vinaigre : des écrans, des téléphones, des ordinateurs, des habits quasi-jetables et des rayons avec davantage de parfum de chips que de mots dans le dictionnaire.

C’est pour maintenir “ça” et un certain statut social que nous n’avons pas su prendre les risques nécessaires pour changer les rapports de force.

Lorsque nous commencerons à avoir peur de la guerre, de la violence et des famines (ailleurs d’abord et ici peut-être ensuite), alors oui nous aurons le “courage” du désespoir. Nous tenterons des choses, plein de choses, des bonnes et des moins bonnes. Ce sera quand nous serons vraiment dans le désespoir, au sens l’arrêt de l’espoir bête et paralysant d’un “statu quo salvateur”, que nous serons en capacité d’agir collectivement.

Hélas pas avant…

Peut-être est-ce dans ce marasme ou sur les cendres fumantes des conséquences de ce dernier que des initiatives radicales verront le jour ?

4. Pour une fois dans l’histoire récente, la violence nécessaire au changement est apportée par une entité non-humaine : le covid

La crise du covid nous a ramené à notre substrat biologique tout en soulignant notre point commun. Que nous le voulions ou non et en dépit de toutes les inégalités et technologies modernes, nous sommes et nous restons membre de l’espèce humaine.

Ce rappel est salutaire alors que le cataclysme climatique claque déjà les joues de l’humanité et les lui claquera de plus belle dans les décennies à venir. Si nous ne prenons pas au sérieux cet enjeu, ses conséquences risquent d’être d’une telle violence que les révolutions et les guerres du passé passeront pour des jeux d’enfants.

Alors bien entendu, on va essayer de trouver à la crise sanitaire actuelle des responsables individuels mais y parvenir serait un immense gâchis. L’humanité n’a jamais évolué sans à-coup et sans violence. Pour une fois, nous avons la chance que cette violence ne soit pas le fait d’humains et qu’elle donne lieu par conséquent à moins de rancœur et de vengeance.

Nous avons l’opportunité de ne pas rentrer dans les cercles vicieux de la haine dont l’humanité est friande : c’est un virus qui nous foudroie. C’est une violence non-humaine qui nous pousse au mouvement, au changement et à l’adaptation.

Tant mieux !

Dans ces circonstances qui nous imposent « violemment » de changer, de « transiter » et d’enfin être « sérieux » (comme le dirait Aurélien Barrau [1]), tentons par tous les moyens d’éviter de retomber dans les schémas avec lesquels nous sommes tant à l’aise : un responsable, un coupable, quelqu’un à haïr, un pays à bannir.

Si nous voulons pour une fois être capables de changer ensemble et non pas au détriment d’une catégorie, nous devons comprendre que nous sommes dans un système complexe où causes et conséquences se confondent dans des boucles de rétroactions innombrables.

Nous devons accepter la complexité de notre situation ET notre incapacité actuelle à la gérer. Tant que nous n’admettrons pas nos faiblesses, il est illusoire d’y remédier.

Conclusion

C’est toutes ces raisons qui me persuadent que nous sommes à un moment de l’histoire humaine où nous allons observer d’innombrables bouleversements, combats et initiatives. C’est dans cette crise, immense et dangereuse, que les fondations du monde de demain prendront racine.

A nous de relever ce défi et de mettre toute notre énergie et tout notre engouement au service de mouvements qui nous semblent participer au “progrès”, en ayant conscience à la fois du danger et de l’espoir de cette période particulière.

La violence humaine sera là, notre volonté de préservation individuelle aussi, et elles feront probablement des ravages. Mais nous ne devons jamais perdre de vue que nous sommes totalement inter-dépendants.

Œuvrons et luttons pour ce qui nous semble juste tout en continuant à “nous sentir monde”.

Paix et santé,

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Sources / Liens / Pour aller plus loin de l’article :

[1] — Aurélien Barrau, lorqu’il parle de “bouffonerie” et de “sérieux”, vise toujours très juste : https://www.youtube.com/watch?v=9iZzl_6Uuu0 (lien externe)
[2] — C’est une citation de Hegel par Arendt (lien externe) du moins dans son texte “Qu’est ce que la liberté ?”