Et maintenant ? — 4 piliers pour un monde désirable dans une société en déclin (4/4)

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici (lien externe) et pour ceux qui débarquent, cet article est le quatrième de la série “Et maintenant ?” dont voici l’épisode 1 (lien externe), 2 (lien externe) et 3 (lien externe).

Comme on en a parlé dans l’article précédent, l’époque actuelle va probablement nous transformer en militants capables de prendre de véritables risques afin de changer les paradigmes dont est issue notre société si complexe. En luttant contre le paradigme de la perpétuelle croissance matérielle, nous n’allons finalement qu’écouter ce que crie notre environnement tous les jours plus fort : son impossibilité physique. C’est très bien mais maintenant, il nous faut écrire, créer et/ou construire un progrès, un idéal collectif au nom duquel nous voudrons nous battre.

Au nom de quel idéal crédible sommes nous prêts à sacrifier notre confort, nos ordis et nos voyages ?

Pour quelle vision du progrès sommes nous prêts à larguer notre liberté d’aller et venir sur le globe, d’aller dans un supermarché et d’y trouver tous les goûts que la Terre a à nous offrir ?

Quelle vision enviable du monde demain peut nous encourager à abandonner ces (illusions de) libertés là ?

Il y a bien entendu plein de propositions mais elles n’ont pas encore la puissance de pénétration suffisante pour qu’on puisse parler de boussole collective. Le géant “humanité” que nous composons a les orteils qui pendent dans le vide. Il pleut des seaux d’eau, les cumulonimbus se rapprochent, les éclairs tombent autour de nous. Notre boussole est brisée et notre seule carte a été mangée par un chamois.

Dans la période qui vient, risque de se mêler : autoritarisme (réaction d’un système qui n’a plus rien et qui se raccroche aux branches), pauvreté et dégradation des conditions de vie d’une énorme partie de la population, frustration, colère et révolte de la part de ceux qui auront de moins en moins à perdre …

Comment faire pour avoir des repères qui nous permettent de ne pas nous perdre dans le cocktail explosif des événements à venir ?

Quels peuvent être les piliers qui structurent nos pensées, nos actions et notre vision du progrès ? A chacun les siens et c’est collectivement que nous trancherons dans quelle direction le géant “humanité” doit se diriger. Voici les miens, tous confortés par la période de confinement que nous venons de vivre.

Pilier 1 : Besoins essentiels et minimalisme

Nous sommes beaucoup à l’avoir ressenti pendant le confinement, nous avons une capacité à baisser notre consommation qui est vertigineuse. Quasiment pas un seul achat non essentiel en 2 mois, est ce que ça nous a manqué ? Est ce que c’est cette absence-là qui fut la cause de notre “malheur” ?

Quelle est la première chose que vous avez eu envie de faire lundi 11 mai, vous précipiter à Ikea, acheter un nouveau maillot de bain ? Ou bien simplement aller voir vos amis ?

Est ce que c’est d’avoir arrêter de faire chauffer la carte bleue qui nous a semblé constituer un sacrifice ?

Est ce que cette consommation et toutes ces activités qui ne nous ont même pas manqué méritent le risque sociétal qu’elles sont en train de nous faire courir ? Risques encourus qu’on peut partager en 2 catégories :

Je pense qu’il est essentiel que nous nous battions pour que la société prolonge la sobriété qu’elle a pratiqué lors du confinement. Nous avons tous pris plaisir à faire des choses aussi simples que lire un vieux livre, cuisiner ou avoir de longues conversations. On a redécouvert pendant le confinement qu’il existait une infinité de manières d’échanger, d’apprendre, de prendre du plaisir à boire et à manger qui ne nécessitent pas de mettre en danger l’éco-système dont l’espèce humaine dépend.

Un des piliers du progrès c’est de nous en rendre compte et de devenir des spécialistes des plaisirs aussi simples que sobres que nous avons pratiqué pendant ces 2 derniers mois.

Pilier 2 : Place centrale de la science

Toute personne qui milite dans la lutte contre le changement climatique sait à quel point la science est importante dans ces combats. Il est impensable de résoudre l’enjeu climatique sans elle. Elle est le meilleur outil pour que l’humanité parvienne à maîtriser les conséquences de ses actes, eux-mêmes causés par les déclinaisons techniques de la science.

Seule la science alliée à une plus grande conscience de la puissance qu’elle confère peut nous permettre de contenir et de maîtriser ses conséquences. C’est grâce à elle que nous avons découvert et utilisé les énergies fossiles depuis quasiment 200 ans et ce serait sans elle que nous devrions calculer et maîtriser les conséquences climatiques de son utilisation ? On extrait le pétrole grâce à de la géologie de pointe et on devrait plutôt écouter des druides pour résoudre le changement climatique ?

Ce choix nous fait peut-être sourire mais la crise actuelle nous apprend 2 choses qui devraient chasser le sourire moqueur de nos visages quant à la place actuelle de la science dans la société :

Pour ce qui est du climat, la discussion scientifique se fait dans le cadre du GIEC. La discussion laisse place à l’incertitude mais nous avons assez à faire et à changer en nous focalisant sur les certitudes climatiques qui se dégagent de leurs rapports.

Et ce n’est pas au GIEC de faire en sorte que leur constat soit politiquement entendable, c’est aux choix politiques que nous faisons d’être GIECo-compatibles.

Pilier 3 : Le monde est complexe, nous devons nous reconnecter localement en pensant global

Dans cette époque où plus personne n’a de repères, dans cette société globale en perdition, nous avons besoin qu’émerge un nombre structurant de groupes qui auront dans leur ADN la volonté vitale de développer autonomie et résilience tout en étant conscients de la nécessité de s’intégrer dans une conscience collective mondiale.

Ce ne sera ni grandiloquent, ni nécessairement idéologique. Ce sera une alliance naturelle et pragmatique. Une génération nourrie à Youtube remettra “un pied dans la terre”, non pas en laissant youtube derrière elle mais grâce et au travers de Youtube.

L’avenir est dans les mains d’une génération qui orientera, je le souhaite, son énergie d’adaptation vers plus de résilience et de local tout en restant “connectée à” et “consciente d’un” tout. On ne devra jamais oublier cette “globalité”, cette “planète” et ce “climat” qui nous dépasse. Nous étions connectés au monde sans être connectés à nos terres, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : connectons nous à nos terres sans pour autant nous déconnecter du global.

Notre environnement va nous forcer à remettre les pieds sur terre, ramenons y les étoiles qui nous permettront de nous orienter dans les problèmes globaux qui ne disparaîtront pas une fois atterri.

Car bien sûr la nature, bien sûr l’eau, bien sûr une certaine autonomie alimentaire mais n’oublions jamais l’interdépendance folle, à laquelle on ne pourra pas couper quand il s’agira des besoins nouvellement essentiels de la société humaine : stabilité climatique, maîtrise de la complexité et quête de la connaissance que cette dernière nécessite.

Pilier 4 : Amélioration de la condition humaine et spiritualité

Comme je disais au-dessus, j’ai commencé un potager pendant le confinement. C’est simple mais il y a quelque chose qui est de l’ordre de la fascination lorsqu’on jardine. On plante, on recouvre et quelques jours plus tard quelque chose perce. Les termes ont leur importance, pour un néophyte comme moi, ça tient du miracle que quelque chose d’aussi petit, fragile et inexistant parvienne à trouver son chemin au travers de la terre qui lui a tout sauf “ouvert la porte”.

Le vivant est fascinant mais ce que j’ai remarqué c’est qu’une fois le premier ravissement passé, s’en est suivi un réflexe simple, naturel, primitif : planter plus.

De la même manière que certains voulaient hier acheter une seconde voiture, une maison secondaire, tertiaire ou quaternaire, d’autres achètent en ce moment un peu plus de pâtes et de ratatouille à chaque fois qu’ils vont faire des courses. D’autres enfin, comme moi, suivent un instinct qui les pousse à planter des patates dans tout le jardin de leur mère.

Et ce qu’on ne comprend pas dans le cadre d’un écran plus grand et plus plat, on le comprend mieux dans le cadre des pâtes et de la ratatouille et cela devient évident quand il s’agit de planter des patates.

Ce qui est à la racine de cette volonté qui n’en aurait pas assez d’un champ de patates de la taille de l’Amazonie, c’est simplement la peur de manquer. Et derrière la peur de manquer, s’en cache une autre, plus fatale encore : la peur de mourir. On ne peut pas envisager de progrès sociétal sans que cette peur existentielle qui ne laisse aucun répit aux humains ne soit d’une manière ou d’une autre, adressée.

De ce que je comprends, il y a deux manières d’avancer sur cette peur commune à toutes et à tous :

Personnellement, je penche instinctivement pour la première, surement pour des raisons bêtement probabilistes. Je pense avoir plus de chance de m’apaiser grâce à la méditation dont je maîtrise la pratique qu’à des recherches scientifiques dont je ne maîtrise rien.

Je pense qu’il s’agirait d’un progrès sociétal immense si nous remplacions notre peur existentielle individuelle de mourir et le besoin subséquent d’accumuler par une peur existentielle collective de disparaître.

Nous venons de rentrer dans une période chaotique, incertaine et dangereuse. Nous aurons toutes les difficultés du monde à nous y orienter. Nous devons rester ouverts aux nouvelles possibilités tout en ayant une structure assez solide pour ne pas tomber dans tous les pièges inhumains que l’Histoire à venir nous tendra inévitablement.

Vous avez les miens, n’hésitez pas à me donner les vôtres.

Paix et santé,

Si tu as aimé cet article et la série dont il est la conclusion : Nourris l’algorithme et moi-même en likant, partageant et surtout en faisant d’internet ce fameux lieu de débats en le commentant aussi ardemment que “bienveillamment” :)

Les 4 meilleures manières de suivre et de soutenir ApresLaBiere:

2. Applaudir (en cliquant sur les petites mains) et commenter ici, directement sur ApresLaBiere.fr :)

3. Liker et suivre ApresLaBiere sur facebook, en suivant le tutoriel de Mr Mondialisation:

Comment continuer à suivre Mr Mondialisation sur Facebook en une minute !
S’il vous plaît, prenez une minute de votre temps pour lire ceci. Chercherait-on à décapiter les médias des réseaux…mrmondialisation.org

4. Partager cet article et ce blog sur les réseaux sociaux ou bien directement à tes contacts que ça pourrait intéresse

Sources / Liens / Pour aller plus loin de l’article :

[1] — Si vous voulez voir de quel bois les pseudo-sciences française se chauffe : “Alerte à la santé, alerte à la liberté (lien externe)