Que nous soyons des fabriques à histoires ambulantes n’est pas nouveau. L’effondrement de la confiance en la science ne fait que laisser de la place à l’émergence et à la diffusion de nouveaux types de récits allant parfois à l’encontre des connaissances scientifiques.
Cette diffusion de faits ou de récits “alternatifs” serait selon certains¹ très nettement amplifiée par les algorithmes de recommandation qu’utilisent toutes les plateformes de réseaux sociaux actuelles : facebook, instagram, twitter, snapchat, tiktok, youtube.
Pour ceux pour qui sont aussi familiers avec les algorithmes de recommandation que moi avec les méthodes d’évaluation de la comestibilité des champignons, sachez qu’il s’agit simplement de programmes informatiques dont l’objectif est de dénicher dans tout le contenu de la plateforme quel est le contenu qui vous sera “proposé”. L’algorithme se sert pour remplir sa mission de critères et de méthodes qui sont propres à la plateforme : le contenu que vous avez déclaré apprécier, le contenu avec lequel vous interagissez (à l’insu de votre plein gré), le contenu qui vous “scotche” le plus à la plateforme, etc etc.
(Attention d’ailleurs à ne pas confondre “ce que nous déclarons aimer” et “le contenu que nous consommons vraiment”. Comme le notait avec malice un article de 2012 à propos d’un sondage ifop sur les habitudes télévisuelles des français : “Pourquoi les français adorent Arte mais regardent TF1 ?” ²)
Lorsqu’on réalise que pour 62% des adultes américains, les réseaux sociaux constituent un point d’entrée à l’information et à l’actualité ³, on est en droit de s’interroger. Recevoir de l’actualité au travers des “réseaux sociaux”, c’est quelque part faire confiance à un algorithme de recommandation pour nous apporter des informations pertinentes. Pour une mission sociétale aussi centrale, est-ce un choix éclairé que de faire confiance à des programmes dont le seul but de capter notre attention ?