Dès qu’on sent que des phénomènes/des actes/des idées sont soumis à une catégorisation qui nous semble trop simplificatrice, nous devons nous forcer à les représenter sur le spectre continu sur lequel cette catégorisation se base.
Attention je ne dis pas qu’il faut supprimer les limites et les démarcations. Comme toute chose existante dans nos esprits collectifs, qu’on les trouve nécessaire ou pas, elles ont une origine, elles existent et sont par conséquent à prendre en considération. De par notre socialisation, nous avons intégré tout un tas de “limites” dont on pourrait dire qu’elles n’existent pas vraiment dans la nature. En effet, elles n’ont pas d’existence objective, c’est nous au travers de nos histoires, de nos cultures et de nos règles qui les fixons. Mais en les créant dans tous nos imaginaires, nous construisons une réalité intersubjective, c’est à dire une réalité dans laquelle nous croyons tous et qui par conséquent … existe.
Mais je pense que l’utilité de nos catégories ne doit pas nous empêcher de voir, de comprendre et d’analyser la réalité continue dont elles sont issues. Nous devons nous confronter à des approximations plus fines de la réalité si nous voulons avoir une chance de complexifier nos approches pour ensuite changer et, espérons-le, évoluer.
Mais ces spectres, quoique continus sont également imparfaits. Ils ne peuvent aborder qu’un aspect d’un problème forcément plus large. Dans notre exemple, les émissions de gaz à effet de serre ne sont qu’une partie des enjeux écologiques et du rapport de l’humanité avec son “environnement”. Forcément, ce spectre est simplificateur, il s’agit des comportements individuels en fonction des émissions GES (Gaz à Effet de Serre) qu’ils induisent.
Nous arrivons au second écueil de la pensée manichéenne. Non seulement on construit des catégories en “gommant” la continuité de son propre spectre mais en plus, on occulte complètement le fait que notre spectre n’est qu’un spectre parmi d’autres.
Dans le cas de l’écologie, les écologistes peuvent voir le monde avec des spectres radicalement différents. Les écologistes pro-nucléaires par exemple considèrent que le spectre des émissions GES est LE plus important, ils ne nient pas que d’autres spectres existent, simplement ils considèrent qu’ils sont moins importants et/ou moins urgents. Les anti-nucléaires honnêtes quant à eux (pas greenpeace donc)³ ne nient pas que l’énergie nucléaire est aussi peu carbonée que les énergies renouvelables sans en avoir certains des défauts (intermittence et obligation d’être associée avec d’autre forme d’énergie). Simplement dans leur vision du monde, être pro-nucléaire, c’est occulter deux autres spectres qui sont primordiaux à leurs yeux :
Le débat est ouvert, mais tant que tout le monde n’arrivera pas à expliciter son spectre, un dialogue de sourd s’installe :
Dans son spectre à soi, à moins de dérailler, on a forcément raison.
Faisons un zoom sur l’alimentation, quelle assiette pour sauver le monde ? Si on reprend le spectre de tout à l’heure, on pourrait représenter ça comme ça :