Chaque péripétie un tant soit peu originale est un résultat du processus qu’on a nommé “la surenchère” : entre amis, on sort plein de bêtises. Or, parfois, il arrive parfois qu’une idée audacieuse soit validée par les autres (exemple : descendre un fleuve sur 750 km), puis devienne modifiée de manière encore plus loufoque par un autre (construire un radeau pour le descendre), puis encore un autre (aller jusqu’au Détroit de Béring, 3 000 km plus bas). Ce processus est parfois long, nécessite pas mal de parties prenantes pour voir le jour, mais le gros avantage est, une fois la prise de décisions et les risques pesés (voir partie 2 dans le premier article de la série (lien externe)) , c’est que tout le monde est à fond ! L’humain adore mettre son grain de sel. Si on utilise cette réalité positivement, on arrive à être audacieux en même temps qu’on crée de l’engagement. Et au bout du compte, on a quelque chose de remarquable avec des gens qui, pris individuellement, ne le sont peut-être pas tant que ça. Sans la bonne attitude, pas sûr que Morgan se soit bougé pour aller trouver une radio où demander un peu d’aide pour construire le radeau, pas sûr que nous aurions mis seulement 2 jours à construire l’engin. A la fin, nous avons quand même écarté l’idée de faire 3 000 km (compliqué logistiquement et quand même un peu plus risqué), mais l’enthousiasme était total. Cerise sur le gâteau, nous avons revendu notre raft moitié-prix pour un projet social de la ville de Dawson.
Dans l’aventure collective, ce genre de situations arrive très souvent. Et le meilleur ennemi, c’est la contrariété. Toutes nos aventures m’ont convaincu que vivre ensemble, c’est prendre une carte dans le parti politique imaginé par Camus , “le parti de ceux qui ne sont pas sûrs d’avoir raison”. Dit autrement, dans ce mode, la “meilleure solution” est un compromis entre propositions individuelles utiles pour le groupe et taux d’engagement général. Si on voulait filer une métaphore : on ne sait pas à l’avance que la bonne direction est au Nord, mais si le groupe se met d’accord pour aller au nord-nord-ouest à fond, c’est toujours mieux que d’aller au Nord exact avec la moitié de la troupe qui râle, traîne de la patte et amène une sale ambiance. Après je vous l’accorde : c’est bien vrai que si le groupe va au Sud, on se plante collectivement. Mais au moins y’a de la joie, et on se fait confiance pour que, tôt ou tard, il y en aura un pour s’apercevoir qu’on ne va pas dans la “bonne” direction, et il sera écouté.