Cette injonction à résumer n’importe laquelle de nos réflexions en 240 caractères maximum a une influence sur notre manière de prendre la parole. D’un côté, elle nous encourage à développer l’art de la punchline bien sentie, mais elle nous pousse également à devenir incisifs plutôt que constructifs, piquants plutôt que compréhensifs. Lorsqu’on désire en plus glaner du likes et du followers, la tentation de devenir tranchant devient irrésistible.
Lors de notre premier débarquement sur les rivages de Twitter, on peut se sentir un peu perdus et ne pas tout à fait comprendre dans quel merdier on vient de poser son clavier. Très vite, une certitude se fait évidente : on n’est pas dans un parc à câlins. On a plutôt la sensation d’avoir planté la tente entre deux tranchées et on croise les doigts pour qu’une balle perdue ne vienne pas nous souhaiter la bienvenue.
Qu’importe le sujet, vous aurez toujours l’impression d’atterrir dans une arène où tout le monde s’écharpe allègrement. Puis en observant attentivement le cirque, on réalise que le nombre de spectateurs silencieux (ceux qui tweetent et likent extrêmement rarement) est énorme. Et c’est complètement logique : le meilleur moyen de ne pas prendre une balle perdue a toujours été de rester planqué au fond de sa tranchée.
Petit à petit, on fait ses armes et on comprend que les affrontements “corps-à-corps” sont finalement assez rares. Il s’agit le plus souvent d’une “bulle” de personnes pensant la même chose qui se monte le bourrichon contre la pire représentation de la bulle d’en face. Bien entendu, la bulle d’en face, contrairement à la nôtre, fait preuve d’un clanisme et d’une mauvaise foi consternante¹.