Un autre Web ? (3/3) Comment construire le Web pour sauver le climat ?

Pour ceux qui n’aiment pas lire, vous pouvez regarder la vidéo (lien externe) où je raconte et j’illustre cet article.

Dans les deux premiers articles (lien externe) de cette série, j’ai exposé pourquoi l’envie de résoudre les enjeux globaux actuels devraient nous pousser à oeuvrer en faveur d’un Web plus “décentralisé” où tout le pouvoir de diffusion et de régulation ne serait pas aux mains d’une poignée d’acteurs. Cette transition s’avère nécessaire si on veut que se développe une “biodiversité numérique” qui augmenterait les probabilités d’émergence de réseaux sociaux plus adaptés aux défis globaux qui sont les nôtres. Nous ne pouvons pas rester sur le modèle actuel de l’économie de l’attention. Les GAFAM y règnent en maîtres en nous incitant de plus en plus pernicieusement à succomber à nos pulsions court-termistes au moment où il nous faudrait au contraire développer des visions de long terme comme nous l’imposent les enjeux climatiques auxquels nous faisons face.

Il y’a 3 batailles à mener de front si nous voulons pouvoir construire cet “autre” Web :

I) La bataille technologique : des innovations techniques qui facilitent la décentralisation du web

Pour gagner cette bataille, nous devons bouleverser la structure du Web (soyons révolutionnaire que diable). Il faudrait donc parvenir à ce que le Web, à l’image d’Internet, se décentralise.

Non, Internet c’est le réseau informatique mondial accessible au public pour tous les usages que les humains pourront bien inventer. Le Web quant à lui permet “uniquement” de consulter avec un navigateur (chrome, firefox, opéra) des pages accessibles sur des sites web (comme apreslabiere.fr (lien externe) tiens, à tout hasard).

Quelques exemples :

Quand vous jouez à “call of” (un jeu vidéo) en réseau, vous utilisez Internet mais vous n’êtes pas sur le web.

Quand vous envoyez un whatsapp, vous utilisez Internet mais vous n’êtes pas sur le web.

Quand un chirurgien arrivera à opérer un patient à Toulouse, depuis une plage de Bali avec la 5G comme on essaie de nous le faire avaler, ça sera grâce à Internet mais ça ne se fera pas sur le Web (enfin pas forcément).

Le World Wide Web (abrégé www ou Web) a été appelé ainsi car grâce au lien hypertexte, on pouvait se déplacer d’un site à l’autre, d’une page du Web à une autre créant ainsi à l’échelle du globe (World Wide donc) une toile (Web du coup) dans laquelle les internautes pouvaient se déplacer “librement”.

Comme on l’a vu dans l’article 2 de la série, de gigantesques enclosures numériques se sont créées à partir du Web et ont, de fait, participé à le centraliser.

Il paraît par exemple incroyable qu’Instagram et TikTok puissent développer des interfaces web où les liens hypertextes, autre part que dans la bio des utilisateurs, sont proscrits. Vous ne pouvez pas dans la description d’un post Instagram créer de liens hypertextes qui permettraient un saut vers le Web hors de la plateforme Instagram. Cette limitation de la fonctionnalité de l’hypertexte ne devrait tout simplement pas être possible. De la même manière, pour éviter ces “enclosements”, nous devrions pouvoir garder la maîtrise de toute la donnée que nous créons (textes, images, vidéos) et ce quelque soit la plateforme sur laquelle nous avons choisi de la partager.

Pour abattre les murs des enclosures numériques il faut par conséquent faciliter, encourager et probablement contraindre politiquement les plateformes à l’interopérabilité. De la même manière qu’on a imposé par la loi un chargeur universel pour les smartphones, il faudrait imposer aux grandes plateformes des manières de communiquer tout aussi “universelles” afin que mon “surf” ou ma donnée ne puissent jamais être enfermés à l’intérieur d’une enclosure numérique. Nous nous enfermons nous-mêmes suffisamment, malgré nos fréquents appels à la liberté, pour qu’il soit inutile de laisser les grandes plateformes le faire à notre place.

Ok, mais qu’est ce que l’interopérabilité ? Concrètement ?

Peu importe la plateforme d’écoute de musique, je veux avoir accès à mes playlists… Si un jour, il me prend l’envie de “rompre” ma relation décennale avec Spotify, je ne veux pas avoir à trimer pendant des heures pour “reconstruire” d’une manière plus ou moins fluide mes 10 ans d’organisation consciencieuse de mes mauvais goûts musicaux.

C’est cette direction que prend l’initiative “Solid” (Social Linked Data) de l’inventeur du Web Tim Berners-Lee.

Il est fascinant de vivre une époque tellement rapide que l’inventeur d’une technologie aussi révolutionnaire et désormais fondamentale que le Web soit toujours vivant et avec suffisamment de dents et de neurones pour se lancer dans un projet qui selon ses propres mots¹ a pour ambition de “réparer” sa propre invention.

Solid est “un projet développant, de manière collaborative, des solutions pour un Web décentralisé”. Le projet tourne autour de 2 principes fondamentaux :

Personnellement, touchée par une phobie administrative chronique, non seulement cette technologie m’apparait comme juste et respectueuse de ma vie privée mais elle m’apparait surtout comme une simplification drastique de certains usages. Si, à l’image de la Flandre², nous nous lancions dans une implémentation de Solid pour les données personnelles telles que l’adresse postale, peut-être arrêterai-je de paniquer à l’idée de tout le courrier (que j’imagine, comme tout courrier, dangereux et radioactif) qui doit s’accumuler quelque part entre mes 4 dernières adresses ?

La bataille technologique, dont le projet Solid est un bel exemple, est primordiale mais peut-elle être suffisante comme certains semblent trop souvent l’espérer ?

Non et la raison est simple : les murs de ces enclosures numériques ne sont pas uniquement techniques. Ils sont également économiques, politiques et humains. Pour ouvrir les “murs” de ces enclosures numériques, nous devrons nous battre en parallèle sur les autres fronts.

Sinon les GAFAM et leurs descendants continueront leur conquête là où nous leur aurons laissé le champ libre :

II) La bataille économique et le combat politique sous ses diverses formes

Est-il possible de réparer les dérives du Web sans changer les fondements économiques qui les ont encouragés ?

Cette question est une généralisation de la question de l’économie de l’attention : Peut-on éviter les dérives des réseaux sociaux sans changer les paradigmes de l’économie de l’attention où la captation de l’attention prime toujours, quel qu’en soit le coût sociétal ?

N’est ce pas faire preuve de naïveté de penser que le capitalisme ne récupérera pas Solid à bon compte, comme tous les développements technologiques précédents ? C’est précisément ce que se demande le juriste et militant des communs Lionel Maurel³, Tim Berners Lee, avec la “start-up” inrupt qui porte le projet solid, ne cherche t-il pas

On sait bien aujourd’hui que ce logiciel économique avec lequel le Web s’est développé porte une immense responsabilité dans les dérives que Solid souhaite combattre. Est-il possible que Solid, porté par la start-up Inrupt, combatte efficacement les dérives d’un système dont il embrasse, quelque part, le logiciel ?

Je rejoins totalement Lionel Maurel lorsqu’il analyse que :

Il faut absolument penser la bataille technologique de pair avec une bataille économique. Une économie qui ne vit que pour s’entretenir elle-même, sans contraintes ou objectifs émanant des société humaines est vouée à créer des catastrophes que nous considérerons “inhumaines”. Comme l’analysait Polanyi, l’économie n’est pas “mauvaise” en soi pour les sociétés humaines, elle le devient lorsqu’elle devient un monolithe autonome détachée de toutes autres considérations collectives ou morales.

Il y a deux écueils entre lesquels il nous faut naviguer :

La réalité est, encore une fois, au milieu ou bien plus précisément dans une sorte de phénomène de co-évolution technico-économique où les développements techniques influent sur les systèmes économiques qui à leur tour influeront sur les développements techniques qu’il en émergera :

Le combat politique est important. Il est même, plus que jamais, essentiel. De la même manière qu’on ne se sauvera pas du dérèglement climatique en tentant de convaincre tous les individus de prendre des douches plus courtes, nous ne diversifierons pas le Web en tentant de convaincre chacun d’entre nous de créer son propre blog ou bien de participer à des mouvements “webistiquement” coopératif et décentralisé comme Solid et tant d’autres.

Soumettre l’économie à une volonté collective, ça s’appelle faire de la politique et un “autre Web” en passera nécessairement par là, d’une manière ou d’une autre.

Comment peut-on penser sortir de la brutale économie de l’attention dans laquelle nous sommes si on n’impose pas un cadre politique aux grandes plateformes ? Comment espérer un tel changement s’il reste rentable et autorisé d’extraire autant d’informations que possibles d’esprits humains préalablement hackés en leur offrant du divertissement aussi irrésistible que gratuit ?

De la même manière, quels leviers y aurait-il afin d’avoir un web énergétiquement plus sobre ?

Bien entendu, tous ces leviers sont nécessaires et ils s’actionneront petit à petit mais le levier politique semble ici extrêmement pertinent, tout simplement car c’est son rôle : faire passer le collectif avant les désirs individuels de chacun (tout aussi légitimes et compréhensibles puissent-ils paraître). Si nous ne voulons pas être les jouets de systèmes économiques boursicotant avec nos pulsions individuelles, il faut que le politique reprenne le pouvoir sur les enjeux essentiels.

Dans l’univers numérique, le fait que depuis 2016, les administrations françaises préconisent l’utilisation de logiciel libre dans le cadre du socle interministériel a surement eu beaucoup plus d’impact que toutes les publicités pour Inkscape que les gens comme moi peuvent placer de-ci de-là à la moindre occasion.

Nous devons soumettre l’économie du Web (et l’économie en général) à nos impératifs sociétaux. Dis autrement :

L’économie est là pour faciliter la vie de nos collectifs, nos collectifs ne sont pas là pour faciliter la vie de l’économie.

Si on ne gagne pas cette bataille, toutes les autres sont vaines. Il semble inenvisageable de gagner les “guerres” du XXIème siècle sans inverser le rapport de force entre l’économie et notre volonté politique, qu’il s’agisse de la guerre pour un Web plus juste, plus sobre et plus décentralisé ou bien, au hasard, de la guerre pour un climat “pas trop déréglé”.

Ça tombe bien, les deux sont intimement liées. Pour résoudre le dérèglement climatique il nous faut impérativement parvenir à sortir des logiques court-termistes dans lesquelles l’économie de l’attention nous précipite actuellement.

Et pour faire bouger ces lignes, davantage d’ “implication” sera nécessaire.

III) La bataille “énergétique” — Un web diversifié aura besoin de plus de noeuds d’implication

Qui dit structure technique différente et structure économique différente dit forcément “organisation humaine” différente.

Et qui dit structure plus diversifiée dit également structure moins “efficiente”, je veux dire par là qu’un web plus décentralisé aura besoin de davantage de nœuds d’implication. Nous faisons souvent preuve de naïveté lorsque nous parlons de relocalisation et de décentralisation. Nous oublions que plus de pouvoir nécessite toujours plus de responsabilités, plus d’implication et plus d’investissements en énergie et en temps de la part des agents (ici les agents, c’est “nous”).

On constate la même naïveté dans les différentes alternatives qui visent à sortir du giron des gros acteurs. On voudrait par exemple une agriculture plus durable basée sur des techniques plus respectueuses du vivant et des éco-systèmes (permaculture et arboriculture entre autre). On ne mesure pas assez la difficulté sociale que représente une transition de ce type qui aura pour conséquence directe d’augmenter le ratio de personnes devant s’impliquer dans l’agriculture pour obtenir une kcal de nourriture.

On est en droit de penser qu’un monde où nous serions tous davantage dans les champs est souhaitable et nécessaire ; il est par contre naïf de penser qu’on aura une quelconque facilité à convaincre tous les autres de la pertinence d’une stratégie agricole qui implique leur retour à la terre tant qu’il existe, à court terme, des “alternatives”.

Dans le même esprit, on cite souvent la démocratie Athénienne comme un bel exemple de démocratie directe, c’est-à-dire de diversification “absolue” des sources de pouvoir. On oublie trop souvent de préciser que s’ils furent capables de réaliser une telle prouesse, c’est qu’ils étaient tous (et surtout pas tout.e.s) “citoyens à temps plein” grâce à des esclaves (dont toutes les femmes à priori) qui n’étaient quant à eux pas citoyens du tout.

Selon Lanovicz, une logique similaire s’applique en fait à tous les phénomènes de diversification (qu’il s’agisse donc de gouvernance, d’agriculture ou du Web) : on perd toujours en “efficacité” ce qu’on gagne en résilience. Il faut avoir conscience de ce que “coûte” un processus de diversification en efficacité pour se donner les moyens de gagner en solidité et en résilience.

Au lieu d’être sur une immense plateforme type Facebook où les 3 milliards d’utilisateurs n’ont qu’à “consommer” du réseau social, il faudrait pour avoir un réseau plus décentralisé accepter d’être “en moyenne” plus impliqué qu’aujourd’hui. Ca ne signifie pas forcément que chacun de nous devra devenir une réplique de Lisbeth Salander (quoique ce serait un pas de géant vers un monde extraordinairement badass). Il suffirait que nous soyons déjà “moins passivement consumériste dans notre relation aux objets techniques” comme le souligne Sébastien Broca dans l’introduction de son livre “Utopie du Logiciel Libre”. Notre implication globalement plus élevée pourrait simplement prendre la forme de 2 clics là où les GAFAM nous en promettaient qu’un. C’est déjà ce que certains font par exemple en passant sur signal et en acceptant de reléguer leur amour des gifs à l’arrière plan.

Pour devenir “acteurs” de ces bouts de web, nous devrions nous impliquer davantage dans la manière dont ils sont écrits, dont ils sont pensés et dont ils sont organisés. Dans le spectre consommateur — acteur, une diversification du Web demanderait ainsi de la part de tous les participants de se situer en moyenne plus près de l’extrémité “acteur”.

Ce déplacement du curseur vers l’extrémité “acteur” de ce spectre pourrait se décliner à différents niveaux :

a) Plus d’implication par les “organisations” avec le développement d’une sorte de coopérativisme numérique

Pour assurer cette diversification, il faudrait voir éclore une sorte de mouvement coopérativiste numérique, une sorte de pont entre le monde du numérique et celui de l’économie sociale et solidaire.

C’est ce que Lionel Maurel appelle de ses vœux lorsqu’il appelle à la jointure de l’ESS et du monde des communs, 2 silos qui sans volonté particulière communiquent très peu. Dans un système aussi complexe que le notre, dès que quelque chose ne tourne pas rond, le manque de “vision globale” du système peut toujours être pointé du doigt. Ce manque de “vision globale” se résume souvent en un enfermement au sein d’un silo et donc également à un manque de communication avec les silos qui développent justement les points de vue qu’il nous manque.

C’est également ce que Jean-Michel Cornu appelle joliment la “tragédie du LSD”¹⁰ :

L comme libriste, mouvement incarné par le logiciel libre ou bien les licences creatives commons.

S comme solidariste, mouvement incarné entre autre par le mouvement coopérativiste et l’économie sociale et solidaire en général.

D comme durabiliste, mouvement incarné par les mouvements écologistes.

“Tragédie du LSD” car la jointure entre ces 3 silos dont les militantismes respectifs auraient tout à gagner ne se fait pas.

En créant, à grand coup de sulfateuses, de la porosité entre tous nos silos militants, nous pourrions imaginer et espérer l’avènement d’un monde où il serait courant d’être impliqué dans des collectifs tentant par exemple d’adapter un réseau social numérique et libre au besoin d’une communauté locale. Ce serait la version numérique et moderne des comités des fêtes de villages d’antan.

Mais pour créer toutes ces coopératives, tous ces nouveaux collectifs, toutes ces nouvelles structures, il faudra nécessairement parvenir à générer plus d’implication individuelle

b) Plus d’implication individuelle

Si le mouvement de décentralisation du Web nécessite de la part de tous une implication très importante, disproportionnée par rapport à l’ampleur du problème tel qu’il est ressenti par les individus, il est voué à rester “marginal” (comme le mouvement coopératif d’ailleurs).

Pourquoi nos grand parents s’impliquaient dans le comité des fêtes d’un village ? Pour le bien commun et la convivialité de leur communauté ? Peut-être mais aussi et peut-être surtout parce que c’était un bon moyen de “faire du grin” à Marcelin.e et d’avoir un prétexte socialement bien vu de se retrouver entre ami.e.s. Et c’est peut-être ça la meilleure définition d’un collectif qui fonctionne : l’alignement entre les intérêts des individus et les “intérêts” du collectif.

Force est de constater qu’une des briques essentielles du pouvoir des GAFAM est d’avoir hacké nos désirs individuels plus efficacement que toutes les structures collectives existantes et de les avoir aligné avec “leurs” objectifs au mépris des intérêts collectifs.

Notre désir individuel de facilité à court terme a amplement suffit à écraser un projet collectif moribond.

Deux leviers existent pour favoriser l’implication de tous et de toutes dans n’importe quelle lutte sociétale :

1) Levier 1 : Faire en sorte que nos désirs individuels aillent dans le sens de nos besoins collectifs.

Dans une société aussi individualiste que la nôtre, pour parvenir à convaincre les individus d’entreprendre une action pour l’intérêt général, une option est de faire en sorte que cette action aille aussi dans le sens de leur intérêt individuel. Cette stratégie est appliquée de manière autoritaire en ce moment même pour favoriser la vaccination du plus grand nombre. Plutôt que de tenter une pédagogie — estimée impossible — de la vaccination au nom de l’intérêt commun du non-engorgement des hôpitaux, le gouvernement en est réduit à faire appel à l’individualisme de chacun :

Que nous apprécions ou pas ce que ça dit de nous et de notre société, force est de constater qu’à court terme, ça génère un changement de comportement individuel plutôt tranchant :

C’est dans cette voie que Jancovici cherche à orienter le mouvement militant du climat lorsqu’il dit :

Ce nécessaire alignement, dans une société individualiste, entre intérêt individuel et intérêt collectif devrait encourager les militants d’un “autre Web” à inventer et à développer des incentives au changement individuel :

Et puis, pour qu’on s’implique individuellement dans un projet collectif, il faut également

2) Faire en sorte qu’un désir collectif existe (levier 2).

N’envisager ce combat pour plus d’implication individuelle uniquement via le levier des désirs individuels signifierait de renoncer à cultiver un trait de caractère qui, dans certaines conditions, peut être magnifique chez l’être humain : l’altruisme, la compassion, l’effacement de soi devant quelque chose de plus grand que lui. Se focaliser sur ce levier, c’est penser à tort que nous serions plus individualiste aujourd’hui que dans une époque rêvée où nous aurions été prêts à nous sacrifier au nom de l’intérêt général. Ce n’est pas tant que nous sommes plus individualistes dans l’absolu, nous semblons surtout globalement moins convaincus de la pertinence du collectif tel qu’il nous est vendu.

Existe-t-il actuellement un projet de société répondant au dérèglement climatique qui semble souhaitable par le plus grand nombre, pertinent et faisable ? Non (si vous avez, laissez moi un commentaire svp, vous avez peut-être au bout de vos doigts la fin de 10 ans de recherche)

De la même manière, existe-t-il un projet de société basé uniquement sur les droits des individus à faire tout ce que la main invisible voudra bien leur permettre de faire qui semble durable, soutenable et juste ? A priori, pas plus.

Ces projets politiques semblent littéralement “insensés”.

Par conséquent, il ne semble pas si fou, si insensé ou si irrationnel de se recentrer sur quelque chose de plus appréhendable et actionnable : ses désirs individuels. Si nous voulons inverser cette tendance, il nous faut actionner le second levier : créer un projet collectif suffisamment convaincant pour qu’on abandonne un peu de nos désirs individuels au nom d’un bénéfice collectif.

Quelque part, si nous sommes aussi individualistes, c’est surtout à défaut de mieux. Nous n’avons aucun modèle de société que nous pourrions mettre dans la balance face à nos besoins individuels.

Et même s’il est difficile d’envisager qu’un projet politique soutenable puisse être dans le contexte actuel suffisamment fédérateur, il est essentiel de le pousser dès aujourd’hui, envers et contre tout, afin qu’il puisse émerger lorsque la situation le permettra.

CONCLUSION

On redoute souvent la possibilité du pire, gardons en tête qu’elle avance toujours de paire avec la possibilité du meilleur.

Si certaines choses nous semblent aujourd’hui impossibles et inenvisageables à grande échelle, ça ne signifie en rien qu’elles le seront toujours. Notre rôle est simplement de maintenir vivants les principes et les fonctionnements que nous aimerions voir s’étendre jusqu’à ce qu’il émerge de la grande évolution des conditions qui leur permettent de s’étendre et de se diffuser.

Peut-être que le contexte de 2023 sera au Web décentralisé et à la sobriété carbone ce que 2020 a été à Zoom ?

On ne peut que l’espérer et faire partie, en attendant, de celles et ceux qui créent et entretiennent la flamme.

Si vous voulez savoir ce que vous pouvez faire à votre échelle pour ne pas succomber à toutes les attaques de l’économie de l’attention et passer 5 années de votre vie derrière Netflix, je vous ai concocté un article avec toutes mes stratégies sur mon autre blog AvantLeCafé (se comprendre pour mieux se changer) :

Comment ne pas être le lapin des GAFAM ? - Avant le café
Pour ceux qui préfèrent le format vidéo, c'est par ici. Dans la série "Un autre Web", je m'étais intéressé aux dérives…avantlecafe.fr

En attendant le 2023 du Web décentralisé, je vous souhaite à tous,

Paix et santé,

Et tant que vous êtes là ;), voici 4 manières de suivre et de soutenir le projet d’ApresLaBiere :

1) Soutenir ApresLaBiere sur Tipeee (lien externe) (occasionnellement parce que cet article était génial ou régulièrement pour l’ “ensemble de l’oeuvre”)

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SOURCES / LIENS / POUR ALLER PLUS LOIN :

¹ L’article “I Invented the World Wide Web. Here’s How We Can Fix It. (lien externe)” de Tim Berners Lee en personne sur le New York Times
² L’initiative en Flandre (lien externe) présentée par Inrupt
³ Article “Rebooter le web sans changer de logiciel économique ? (lien externe)” de Lionel Maurel. Vous pouvez le suivre sur Twitter (lien externe)
Les chemins de la philosophie, émission “Avez-vous lu Polanyi ? (lien externe)” sur France Culture
L’exemple du Fairphone (lien externe) est bien évidemment emblématique.
Cet article “Peut-on imaginer un web sans géants (lien externe)” regroupe pas mal des initiatives françaises. La coopérative (SCIC) Startin’blox (lien externe) propose par exemple de créer des applications selon le framework Solid ET en coopérative
Quantifying sustainability: Resilience, efficiency and the return of information theory (lien externe)” par Lanovicz. Vulgarisation du principe sur interpole.xyz (lien externe). Illustration du phénomène à l’économie et à la globalisation dans l’article “Trade and globalization (lien externe)” sur ourworldindata.
Utopie du logiciel libre, du bricolage informatique à la réinvention sociale (lien externe)” de Sébastien Broca. 
Même article que précédemment “Rebooter le web sans changer de logiciel économique ? (lien externe)” de Lionel Maurel
¹⁰ Article “Partage sincère, “tragédie du LSD”, fonctionnement en archipel : dialogue autour de la coopération ouverte avec Laurent Marseault (lien externe)
¹¹ Conférence “Jancovici — Klein : L’importance de la connaissance sur les enjeux climat — 25 juin 2021 (lien externe)” (1h et 21 minutes pour le passage)
¹² Conclusion de mon dernier article sur la post-vérité “Post-vérité, Contre l’obscurantisme qui vient, une vérité plus inclusive ? (5/5) (lien externe)” #AutoCitation