Le combat politique est important. Il est même, plus que jamais, essentiel. De la même manière qu’on ne se sauvera pas du dérèglement climatique en tentant de convaincre tous les individus de prendre des douches plus courtes, nous ne diversifierons pas le Web en tentant de convaincre chacun d’entre nous de créer son propre blog ou bien de participer à des mouvements “webistiquement” coopératif et décentralisé comme Solid et tant d’autres.⁶
Soumettre l’économie à une volonté collective, ça s’appelle faire de la politique et un “autre Web” en passera nécessairement par là, d’une manière ou d’une autre.
Comment peut-on penser sortir de la brutale économie de l’attention dans laquelle nous sommes si on n’impose pas un cadre politique aux grandes plateformes ? Comment espérer un tel changement s’il reste rentable et autorisé d’extraire autant d’informations que possibles d’esprits humains préalablement hackés en leur offrant du divertissement aussi irrésistible que gratuit ?
De la même manière, quels leviers y aurait-il afin d’avoir un web énergétiquement plus sobre ?
Bien entendu, tous ces leviers sont nécessaires et ils s’actionneront petit à petit mais le levier politique semble ici extrêmement pertinent, tout simplement car c’est son rôle : faire passer le collectif avant les désirs individuels de chacun (tout aussi légitimes et compréhensibles puissent-ils paraître). Si nous ne voulons pas être les jouets de systèmes économiques boursicotant avec nos pulsions individuelles, il faut que le politique reprenne le pouvoir sur les enjeux essentiels.
Dans l’univers numérique, le fait que depuis 2016, les administrations françaises préconisent l’utilisation de logiciel libre dans le cadre du socle interministériel a surement eu beaucoup plus d’impact que toutes les publicités pour Inkscape que les gens comme moi peuvent placer de-ci de-là à la moindre occasion.
Nous devons soumettre l’économie du Web (et l’économie en général) à nos impératifs sociétaux. Dis autrement :
L’économie est là pour faciliter la vie de nos collectifs, nos collectifs ne sont pas là pour faciliter la vie de l’économie.
Si on ne gagne pas cette bataille, toutes les autres sont vaines. Il semble inenvisageable de gagner les “guerres” du XXIème siècle sans inverser le rapport de force entre l’économie et notre volonté politique, qu’il s’agisse de la guerre pour un Web plus juste, plus sobre et plus décentralisé ou bien, au hasard, de la guerre pour un climat “pas trop déréglé”.
Ça tombe bien, les deux sont intimement liées. Pour résoudre le dérèglement climatique il nous faut impérativement parvenir à sortir des logiques court-termistes dans lesquelles l’économie de l’attention nous précipite actuellement.
Et pour faire bouger ces lignes, davantage d’ “implication” sera nécessaire.