Lorsqu’on observe la situation actuelle et qu’on lit l’essai de Donella Meadows, on peut même penser qu’elle avait sous-estimé la puissance du levier informationnel. En effet, tous les autres leviers plus efficaces selon elle sont aussi des flux d’informations : règles du système, objectifs du système, paradigmes du système.
D’ailleurs si on en croit la théorie du neuroscientifique Karl Friston : tout n’est finalement qu’information⁴. Ce qu’on appelle la “vie” ne serait que la capacité d’un organisme à “minimiser la surprise” grâce à l’information qu’il collecte. En “minimisant cette surprise” ou bien en essayant de “prédire l’avenir”, l’organisme peut développer des stratégies qui lui permettent de repousser (temporairement seulement) l’entropie⁵ qui lui intime de se laisser aller à la désorganisation de “sa” matière. Qu’est ce que la “mort” pour un organisme vivant si ce n’est la désorganisation ultime et irréversible de sa matière ?
La vye n’est finalement qu’une lutte épique et magnifique contre un vainqueur connu d’avance : l’entropie.
C’est parce que l’écureuil a un modèle du monde qui lui permet de prédire que l’hiver va arriver qu’il se met à accumuler de l’énergie sous forme de caches de noisettes un peu partout dans la forêt. En prédisant l’avenir (l’arrivée de la saison hivernale), il minimise la surprise du monde et parvient à y survivre.
Christoph Adami dit finalement la même chose lorsqu’il nous intime de “penser à l’évolution comme à un processus où l’information circule de l’environnement vers le génome.”
Au cours de l’évolution, la sélection naturelle a favorisé les individus porteurs d’un génome (puis d’une culture⁶) contenant des informations qui se sont avérées améliorer leurs chances de survie et de reproduction. Si on applique le même raisonnement au niveau d’émergence supérieur, celui de l’organisme vyvant⁷ “société terrienne globalisée qui aura su s’adapter aux changement environnementaux à venir”, on pourra alors “penser l’évolution comme un processus où l’information aura circulé de l’environnement vers les institutions de cette société terrienne globalisée.”
Aujourd’hui, face aux symptômes de plus en plus graves qui affectent l’organisme dont nous faisons partie, que faire sinon réfléchir à la meilleure manière de minimiser la “surprise” des prochaines décennies ? Peut-être deviendrons-nous ainsi capables de continuer à repousser, un temps encore, l’épée de damoclès entropique que constitue l’effondrement de notre société ? Pour cela, il nous faut réfléchir à la meilleure façon d’organiser les flux d’informations à l’intérieur de notre organisme collectif afin d’augmenter notre capacité à minimiser la surprise à laquelle nous allons faire face.