Face à ces pollutions, on évoque souvent l’esprit critique mais cette approche est très très insuffisante¹. Enseigner l’esprit critique c’est un peu comme tenter de donner des gourdes filtrantes et des pastilles de purification aux personnes qui veulent ou peuvent attendre 30 minutes avant de boire alors qu’ils sont en train de mourir de soif. Le “débunkage” qui consisterait quant à lui à dépolluer le lac après les contaminations les plus massives semble plus pragmatique et il s’avère essentiel comme on le verra plus tard. Mais est-ce vraiment une stratégie efficace dans l’écosystème actuel ?
Quelque chose dont on ne parle quasiment jamais par contre, c’est d’agir directement sur les IA de recommandation qui filtrent le contenu en amont. Nous pourrions les concevoir pour qu’elles mettent en sourdine les contenus faux et trompeurs tout en amplifiant les contenus de qualité. Ce serait équivalent à mettre de nouveaux filtres spécifiquement conçus pour les plateformes numériques dans le barrage en amont du réservoir où nous nous abreuvons. Plus précisément, entre les contreforts où s’écoule l’information des médias sociaux.
Chacune des stratégies visant à ce qu’on consomme au final de l’eau potable a son intérêt mais vous aurez peut-être saisi grâce à mon choix de métaphore absolument pas neutre que je pense que beaucoup beaucoup beaucoup trop d’énergie est passée dans l’approche “individualiste” du problème, celle où on distribue des gourdes filtrantes sur les routes de France. Et ce choix non stratégique s’explique assez facilement : qu’il s’agisse de pollution informationnelle (ou écologique d’ailleurs), il est beaucoup plus aisé, notamment pour les politiques et les industries, d’en appeler à la responsabilité individuelle du consommateur plutôt que de remettre en question les mécanismes structurels à l’origine de ces pollutions.
C’est pour cela qu’on se retrouve avec des politiques qui vont plutôt culpabiliser le consommateur, que dis je le consom’acteur. Il devrait lui-même vérifier toutes les sources de tous les articles ET calculer l’empreinte carbone de tous ses voyages. Pour être un vrai acteur de la transition écologique, vous devriez décider de vous-mêmes de payer un billet de train moins carboné pour le double du prix du même trajet en avion. Et tout ça pendant que le kérosène continue à être subventionné².
La quantité d’énergie collective à investir est bien plus importante dans l’option où on demande à tout le monde de faire des efforts de leur côté mais elle demande moins de courage et de sacrifices de la part des gens qui ont beaucoup de pouvoir…
Ce sont les mêmes mécanismes qui motivent la manière privilégiée avec laquelle on lutte contre la pollution informationnelle. Encore une pollution où ce sera au consommacteur de faire en sorte de trier le vrai du faux dans toutes les feeds auxquels il est exposé plutôt que de demander aux plateformes d’assumer une once de responsabilité quant aux contenus qu’elles choisissent de massivement amplifier sans se préoccuper, évidemment, des conséquences sociétales… Classique….
Mais avant de prendre les 4 impacts indirects qu’on a vu avec Rodolphe et voir comment on pourrait modifier la structure de notre écosystème informationnel pour qu’on ne se retrouve pas avec de l’information frelatée dans nos fils d’actualité, on va être égoïste et court termiste 30 secondes.
Rodolphe : Notons qu’il existe une solution plus efficace que de tout vérifier soi-même, ce qui pour des raisons de motivation, de temps et de compétence est impossible. On peut identifier des tiers de confiance et se fier aux informations qu’ils fournissent. On peut accorder notre confiance au système éducatif, à certains médias, à des institutions scientifiques, à des individus ou à n’importe quelle source d’informations. Évidemment rien n’empêche de vérifier certaines informations et de faire évoluer, au fil du temps, cette confiance qu’on accorde à des tiers mais une fois qu’on a trouvé des tiers crédibles, on gagne un temps considérable en s’informant sans tout vérifier. Vous pouvez arrêter d’être manipulé par des algorithmes de recommandation qui ne poursuivent pas vos intérêts. Par exemple, en vous abonnant à des newsletters écrites par de vraies personnes qui savent de quoi elles parlent. Si je me place dans l’allégorie de Jean-Lou, ça revient à faire confiance aux filtres d’un canal et à venir remplir sa gourde ici plutôt qu’au milieu du réservoir là où tout s’est mélangé.
Jean-Lou : Mais tu ne fais que déplacer le problème puisque rien ne garantit que ces canaux sont, effectivement, de bonne qualité. Quelqu’un peut accorder sa confiance à un individu ou a une organisation qui lui raconte absolument n’importe quoi.
Rodolphe : C’est vrai qu’il faut bien choisir à qui on accorde sa confiance. Disons qu’il s’agit d’exercer son esprit critique à la sélection de tiers de confiance plutôt qu’à chaque information. Par exemple, sur les questions climatiques, j’accorde une grande confiance aux rapports du GIEC mais également à CarbonBrief, un excellent média qui n’a, malheureusement, pas d’équivalent en langue française. Et pour ceux que ça intéresse, j’ai déjà expliqué, par exemple, ce qui fait la force des rapports du GIEC.
Jean-Lou : Parfait, merci Rodolphe, grâce à tes techniques, on va pouvoir s’hydrater tout en économisant un peu d’énergie, ce qui est essentiel si on veut pouvoir s’attaquer à la structure de nos écosystèmes informationnels. Or s’attaquer à la structure est vital car même si on arrive à soi-même rester à l’abri de la pollution informationnelle, notre bien être est dépendant de la santé politique, économique, environnementale de nos sociétés. Or celle-ci risque de continuer à se détériorer si une grande partie de la population se retrouve avec de l’information frelatée dans ses fils d’actualités.
Du coup, que peut-on faire structurellement ? Autrement dit, que faire au niveau du barrage pour éviter que le réservoir dans lequel tous les citoyens s’hydratent soit plein de … bon vous avez saisi je crois…
La première chose, c’est de :