Remontée dans le temps amishienne

Sourire un peu moqueur devant un reportage Arte sur les Amish, nos amis qui raffolent des carrioles, en se rappelant nostalgiquement "Witness"... what could go wrong ?

À peu près tout. Dès la deuxième minute, le monsieur à la barbe fournie lâche simplement : "la technologie, c'est pas mauvais en soi, mais à haute dose". Ça te percute comme une attaque de drone poppant dans ton feed entre deux partenariats Anthropic / Open AI / Pentagone. Ne seraient-ils donc pas aussi caricaturaux dans leur rapport à la technologie qu'on le pense ? Peu probable que le monsieur ait lu Platon, Stiegler ou Anne Alombert, mais sa réflexion évoque tout de même le pharmakon...

Tout n'est pas à prendre chez les Amish, certes. Mais un peu d'humilité ne nous ferait pas de mal, parce que le moins qu'on puisse dire, c'est que tout n'est pas à prendre chez nous non plus. Notre "techno-politique" à nous consiste à faire confiance au marché :
On peut faire de l'argent avec ? ✅ À faire absolument, quelles qu'en soient les conséquences sociétales
Pas d'argent ? ❌ Postpone to never

Et on pense que ça peut bien se passer ? Je ne suis pas certain que ce soient les Amish les naïfs de la grande histoire...

Leur techno-politique, elle, n'est pas si idiote. Ils appliquent un principe de précaution simple : est-ce que l'adoption massive de cette technologie va mettre en danger ce qui compte vraiment ? Chez eux, ça tourne essentiellement autour de la famille.

Le téléphone ? Ça va perturber les moments familiaux - on y a partiellement droit, via une petite cabine à l'extérieur.

Et leur approche, même ancrée dans un dogme religieux, n'est pas dogmatique : ils s'adaptent en permanence, négocient en continu leur rapport à la technique (aspect particulièrement bien couvert dans ce documentaire). Pour subsister en lien avec un monde qui change, ils acceptent certaines technologies, mais uniquement quand elles servent un métier, ou quand ils ne les possèdent pas.

On peut trouver ce critère de "non-possession" hypocrite. Mais en tant qu'ancien fumeur ayant tenté d'arrêter de nombreuses fois, je vois très bien la différence psychologique entre acheter soi-même des cigarettes et attendre que le contexte vous en propose. Acheter, c'est accepter qu'on est tellement dépendant qu'on veut y avoir accès à tout moment. Ne pas posséder, c'est accepter qu'il y aura des contextes où on ne pourra pas.

Ce qui révèle notre dépendance à un objet, c'est précisément notre incapacité à accepter les contextes où il sera inaccessible.

Ma 164ème tentative de lutter contre ma dépendance à la connexion permanente : me créer un environnement quotidien où elle ne m'est plus accessible. Une sorte de remontée dans le temps quotidienne, symbolisée par une lampe qui partage la même prise que la box...

Et sur ce, je vous souhaite

Paix et santé,

Et tant que vous êtes là ;), voici 5 manières de suivre et de soutenir le projet d’ApresLaBiere :

1) Soutenir ApresLaBiere sur Tipeee (lien externe) (occasionnellement parce que cet article était génial ou régulièrement pour l’ “ensemble de l’oeuvre”)

3) Partager, liker et suivre ApresLaBiere sur bsky ou Linkedin (lien externe)

4) Penser à faire appel à Homo Conscientus (moi :)) (lien externe) pour des conférences, des formations ou des ateliers sur le sujet dans votre organisation ou école.

  • Co-auteur "La dictature des Algorithmes" | Conférencier | Co-fondateur Lyfe Catalyst | Membre de l'association Tournesol | Fondateur de la chaîne ApresLaBiere | Numérique | Journaliste | Vulgarisateur