Je vais être direct : je n'ai pas de solution. Ce que j'ai, c'est une tentative. Et je préfère l'expliquer honnêtement plutôt que de la vendre comme une révolution.
Lyfe Catalyst, c'est une boîte qu'on a montée avec Gaëtan Séverac. On a des clients et des missions sérieuses mais on en est qu'aux tout débuts. Ce que j'explique ci-dessous, c'est l'intention, pas un bilan et encore moins une leçon.
L'idée de départ, c'est de ne pas chercher à révolutionner le système. Je l'assume. Les trajectoires décrites plus haut montrent de toute manière les limites à tout engagement éthique. Ce qu'on cherche à faire, c'est d'agir sur plusieurs leviers à la fois, modestes mais concrets, qui s'articulent entre eux. Car la sensation d'appuyer, ne serait-ce qu'un peu, sur plusieurs leviers à la fois, c'est intégrer quelque part la complexité du système qu'on aimerait tellement voir changer.
A Lyfe Catalyst, on aimerait que nos systèmes démocratiques fonctionnent mieux. La démocratie ne peut fonctionner que sur la sagesse des foules et dans un écosystème informationnel sain. Aujourd'hui, nos systèmes numériques font le contraire, ils extraient en masse notre débilité et provoquent des marées noires informationnelles qui mettent en péril notre capacité à vivre ensemble. Quels leviers pour changer ça sans tomber dans les dérives des 3 trajectoires ? Et surtout, comment trouver un modèle économique et faire en sorte que le changement des systèmes informationnels en entreprise ruisselle sur nos systèmes démocratiques ?
1️⃣ En convaincant les entreprises par l'efficacité, pas par l'éthique.
Évidemment que les entreprises n'ont aucun intérêt à ce que leurs salariés se détestent, ne coopèrent pas ou passent leur temps à consulter des informations qui ne leur servent à rien. Mais surtout, les systèmes informationnels tels qu'ils sont aujourd'hui conçus et déployés dans les entreprises par les GAFAMs ne sont pas optimaux. Ils ne donnent pas tout le contrôle aux entreprises qui les utilisent et n'ont pas été développés pour répondre à leurs priorités. Certaines boîtes ont des centaines de milliers de SharePoints différents, autant de silos d'information qui ne se parlent pas, qui prennent autant de temps à être créé qu'à être retrouvé dans les terabytes du cloud. C'est un problème d'efficacité de la collaboration avant d'être un problème de démocratie. Mais c'est le même problème que le nôtre : la coopération à grande échelle dans un univers informationnel bouleversé. Tenter de le résoudre avec des briques open source (et non “libre” justement) dans les entreprises, c'est progresser sur la problématique démocratique plus large.
Ce qu'on propose, c'est d'aider les entreprises à mieux gérer la masse d'information contenue dans tous les documents mais aussi la connaissance implicite et non formalisée, bien plus stratégique, éparpillée dans les collaborateurs. Pour cela, on essaie de les accompagner pour développer des outils pour gérer eux-mêmes la recommandation au sein de leur écosystème en se basant sur l'expertise des salariés plutôt que d'adopter les systèmes de recommandation par défaut conçus comme ceux des réseaux sociaux grand public, optimisés pour l'engagement et non pour l'utilité.
2️⃣ En faisant financer les briques open source d’un numérique pour davantage d’efficacité collective par les entreprises pour en faire profiter par ricochet nos systèmes démocratiques
L'open source a été adopté massivement par les entreprises. Pas pour des raisons éthiques : parce que c'est efficace et moins cher. Linux fait tourner la quasi-totalité des serveurs dans le monde, y compris ceux d'Amazon, Google et Microsoft. Ces boîtes ont bénéficié du travail de milliers de contributeurs bénévoles sans nécessairement rendre grand chose en retour.
Notre idée : quand on accompagne une entreprise à développer des outils de coopération interne, on pousse pour que ces développements soient faits en open source. L'entreprise y gagne en efficacité. Et par effet ricochet, ces développements améliorent des outils open source qui peuvent ensuite être utilisés par des associations, des collectivités, des structures démocratiques, pas seulement des entreprises.
Ce n'est pas de la philanthropie. C'est de l'alignement d'intérêts.
3️⃣ En reversant 10% du (hors frais de structure mais AVEC les salaires) à des projets open source utiles aux démocraties.
10% du CA (moins les frais de structure mais avant les salaires) de Lyfe Catalyst est fléché directement vers des projets open source qu'on estime bénéfiques pour l'efficacité démocratique.