Détruire est à la portée de tous les individus quand la construction est une œuvre nécessairement collective

Un appel à passer de la critique facile à la construction collective, en prenant pour point de départ une autocritique surprenante de Curtis Yarvin sur la difficulté de proposer des alternatives aux systèmes qu'on dénonce.

"Ce qui est dur à dire, c'est par quoi ça devrait être remplacé ?" Je suis d'accord avec l'idéologue MAGA Curtis Yarvin ! Notamment quand il fait son autocritique 😅

Vers 8min45 de ce podcast (lien externe), il décrit une tendance très "humaine" mais qui est souvent, comme tous nos bas instincts, largement amplifiée par les systèmes de recommandation : "Les idées négatives sont beaucoup plus développées que les idées positives. Il est facile de dire j'aime pas ci, j'aime pas ça, j'aime pas ce système, j'aime pas cette structure. Ce qui est beaucoup plus dur à dire, c'est qu'est-ce que ça devrait devenir, par quoi ça devrait être remplacé ?"

Je n'aurais pas exprimé différemment ma motivation profonde depuis quelques années à consacrer une part de plus en plus grande de mon énergie à ce qu'on devrait tenter de bâtir plutôt qu'à parfaire mes arguments critiques. Qu'il s'agisse de notre environnement planétaire ou de notre environnement "virtuel", c'est finalement facile de dire pourquoi le système est garanti de s'effondrer.

Pour avoir commencé plutôt sur les premières, je peux dire que ce travers de la facilité de la critique est répandu. Mais comme je l'ai compris, notamment en réfléchissant aux 4 piliers du numérique démocratique (lien externe), pour mieux construire il faut nécessairement parfaire sa critique et comprendre en quoi ce qu'on propose serait "plus démocratique que TikTok". Donc on a quand même l'opportunité d'exercer son péché mignon favori, simplement on tente en plus de proposer autre chose. C'est plus dur et ça nécessite une énergie différente, notamment de collaboration. Car autant la critique peut se faire en solitaire, autant la construction et l'adoption de nouvelles pratiques sont forcément et par définition des œuvres collectives. Par quoi devrait-on remplacer les systèmes de recommandation actuels ? C'est une question qui, quand on prend le temps de se la poser, est véritablement abyssale. Si les systèmes actuels sont en place depuis 20 ans, c'est notamment car ils nous évitent en tant que société de nous poser des questions extrêmement difficiles 

  • Quels contenus faut-il massivement amplifier à l'échelle de la société ?
  • Qui choisit ? Par quel processus ?
  • Quelle est la proportion de contenu choisi car il crée du "commun", parce qu'il est "fédérateur", par rapport à la proportion choisie car elle correspond à mes goûts / croyances / idéologies individuelles ?

Questions éminemment difficiles mais auxquelles nous devons répondre si nous voulons sortir des réponses actuelles dramatiques qu'on a laissé les GAFAM diffuser et qui sont en train de détruire nos sociétés démocratiques. C'est typiquement à ce genre de questions que Tournesol, Lyfe Catalyst et Agora Citizen, entre autres, essaient de répondre. Et pour me racheter de toute la critique gratuite que j'ai pu produire depuis des années, c'est là où j'essaie désormais de mettre toute mon énergie.

  • Co-auteur "La dictature des Algorithmes" | Conférencier | Co-fondateur Lyfe Catalyst | Membre de l'association Tournesol | Fondateur de la chaîne ApresLaBiere | Numérique | Journaliste | Vulgarisateur