Anthropic dit ça comme si cette prudence était évidemment une folie. Mais est-ce que la folie, ça ne serait pas ce qu'on fait depuis des années ? Mettre des milliards de personnes en interaction avec des chatbots surpuissants, mimant les caractéristiques humaines à s'y méprendre, et se dire que tout va bien se passer sans AUCUNE prudence ?
Ce qui passe pour folie dans le texte d'Anthropic, c'est l'application d'un principe de précaution le plus élémentaire : si on pense qu'une technologie déployée auprès de centaines de millions de personnes a une grande probabilité d'impacts négatifs, que ce soit en termes de cyber-attaques massives ou de dégradation de la santé mentale des utilisateurs, on n'autorise pas la mise sur le marché. Basique.
Autrement dit : si tu ne peux pas garantir que ton modèle est sûr, tu ne le déploies pas. Et si une faille apparaît après déploiement, tu coupes. Ce n'est pas une sanction exceptionnelle. C'est une logique de fond. Celle qu'on appelle à Tournesol.app la présomption de non-conformité.
Aujourd'hui, la logique dominante dans le secteur tech c'est l'inverse : on déploie, on voit ce qui se passe, on corrige si ça chauffe (vraiment) trop. La charge de la preuve repose sur les régulateurs qui doivent démontrer sans qu'on leur donne les données que le produit est dangereux. En attendant, il tourne et fait des ravages.
La présomption de non-conformité renverse ça : c'est à l'entreprise de prouver que son modèle est conforme avant de le lâcher dans la nature. Pas l'inverse.
Là, une objection légitime se pose : conforme à quoi ? (comme on me l'a à propos rappelé sur bsky)